
Au cœur de Lille, à quelques pas de la Grand-Place, une boutique attire les regards et les gourmands. Derrière sa façade élégante, la Maison Méert perpétue depuis des siècles un savoir-faire unique. Fondée en 1677, cette institution s’est fait une place dans l’histoire de la capitale du Nord grâce à sa célèbre gaufre fourrée à la vanille de Madagascar, devenue un véritable symbole régional.
Charles de Gaulle, né à Lille en 1890, avait un lien particulier avec Méert. Enfant, il y accompagnait souvent sa grand-mère, fidèle cliente de la boutique. Les produits de Méert sont même mentionnés dans certaines correspondances familiales, attestant de l’attachement profond des de Gaulle à cette pâtisserie emblématique du Vieux-Lille.
Au fil des décennies, Méert a accueilli bien d’autres personnalités. Des artistes comme Clara Luciani, Dany Boon, ou encore des écrivains comme Amélie Nothomb ou Jean d’Ormesson, ont tous été charmés par les créations sucrées de la maison. Aujourd’hui, Méert est une adresse incontournable à Lille. Comme il est naturel d’acheter un macaron à Paris ou un cannelé à Bordeaux, goûter à la célèbre gaufre de Méert est un passage obligé pour quiconque souhaite découvrir les saveurs emblématiques régionales.
L’histoire de Méert commence donc en 1677, lorsque le sieur Delcourt s’installe comme confiseur chocolatier au 27 rue Esquermoise à Lille. La boutique devient rapidement une adresse appréciée des Lillois. Mais c’est avec l’arrivée de Modo de Rollez que la maison va véritablement prendre son envol. Grâce à ses fameuses glaces, Rollez transforme cette adresse en un incontournable de l’art sucré lillois.
En 1839, Modo de Rollez lance des travaux majeurs avec l’architecte Charles-César Benvignat, assisté par le peintre Stalars et le sculpteur Yves Huidiez. Ensemble, ils créent une boutique au style unique, que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Un mélange de styles pompéien et orientaliste, agrémenté de boiseries sculptées et de fresques. Ce décor, classé monument historique depuis 1980, confère à la boutique une atmosphère unique, distinguée et intemporelle.
En 1849, l’histoire de la maison prend un nouveau tournant avec l’arrivée du pâtissier belge Michael Paulus Gislenus Méert. Après s’être formé auprès des plus grands confiseurs d’Europe, il crée la fameuse gaufre fourrée à la vanille et l’estampille de son nom, transformant le nom « Méert » en véritable marque.
En 1904, la famille Cardon prend la tête de l’entreprise, et ouvre en 1909 un salon de thé appelé Family tea, conçu par l’architecte Cordonnier. Très vite, ce salon devient un lieu prisé de la bourgeoisie lilloise, où les clients se retrouvent pour déguster gaufres, pâtisseries et autres délices dans un cadre élégant, inspiré des salons de thé anglais.
Pour Thierry Landron, président de Méert depuis 1996, « l’objectif est de faire en sorte que Méert continue de séduire tant par son passé prestigieux que par ses créations contemporaines. Nous nous efforçons donc de garder intact cet héritage historique tout en y apportant des touches de modernité ».
Si Méert est avant tout connue pour ses gaufres, la maison a su diversifier son offre au fil du temps. Elle propose aujourd’hui une gamme variée de pâtisseries, chocolats, glaces maison, confiseries, et même un comptoir de thés. Plus récemment, Méert a élargi son activité en reprenant la brasserie du musée La Piscine à Roubaix, où les menus varient en fonction des expositions en cours.
Cependant, « le cœur de métier de la maison Méert reste et sera toujours la pâtisserie », rappelle Thierry Landron. Les classiques et indémodables pâtisseries, tels que le mille-feuille, le Saint-Honoré, ou encore l’éclair au chocolat sont des incontournables de la maison. « Ce qu’on recherche avant tout, c’est le goût. Et pour cela, il n’y a pas de secret : tout repose sur la sélection des meilleurs ingrédients. Pour la gaufre, nous utilisons des farines de haute qualité, du beurre de Surgères, et de la vanille de Madagascar. »
Méert privilégie aujourd’hui les ingrédients locaux en adoptant une approche bio et locavore. Thierry Landron souligne : « On cherche à être éthique dans notre sélection de matières premières. La démarche RSE est très importante pour nous. » Et cette philosophie va au-delà de la simple production de pâtisseries. Méert se positionne comme un acteur clé du tissu économique et culturel de Lille, collaborant activement avec des producteurs régionaux pour garantir la fraîcheur et la qualité de chaque ingrédient.
Si la boutique historique de la rue Esquermoise reste le symbole de la maison, les défis logistiques imposent des changements. Les 2 000 m² du bâtiment, qui abritent les ateliers, les bureaux et les salons, sont désormais devenus insuffisants. « On a de plus en plus de difficultés à travailler en ville », confie Thierry Landron. Un projet de délocalisation est en cours pour transférer une partie de la production vers l’écoquartier de Fives Cail, situé en périphérie de Lille. « On garderait un atelier de finition ici, mais le reste serait transféré à Fives », explique-t-il. En effet, les contraintes du centre-ville, telles que la logistique des livraisons, les nuisances sonores et le traitement des eaux usées, obligent l’entreprise à repenser son organisation pour satisfaire la demande croissante tout en préservant la qualité des productions.
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Mais le rayonnement de Méert ne se limite pas à Lille. Grâce à son site marchand, qui expédie ses célèbres gaufres à travers la France et à l’international, Méert se développe doucement mais sûrement. « Notre ambition, c’est de faire briller notre territoire bien au-delà des Hauts-de-France », affirme Thierry Landron. Deux nouvelles boutiques à Paris viennent renforcer cette ambition, dont la plus récente, ouverte en juin, dispose même d’un atelier sur place pour permettre une fabrication directe des produits.
La maison Méert reçoit chaque année de nombreuses sollicitations pour ouvrir des boutiques à travers le monde, avec des demandes venant du Japon, de Hong-Kong et même New-York. Dans ce contexte d’expansion, le principal défi est de maintenir la disponibilité de ses fameuses gaufres. « Notre défi principal aujourd’hui, c’est de garder un produit de qualité, et surtout de réussir à ne pas tomber en rupture de stock de gaufres ! », sourit Thierry Landron.
Julien Caron

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