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12-10-2023

Récolte. Du houblon en quantité

La récolte du houblon vient de s’achever dans la région. Yvon Pruvost, houblonnier à Boeschepe et président de la coopérative Coophounord, annonce d’ores et déjà une bonne récolte, avec des rendements très satisfaisants.

À l’image de cette houblonnière de la ferme Beck, à Bailleul, cet été, le rendement en houblon est bon cette année. Reste à en connaître la concentration en résine désormais. © J. D. P.

  » Un très bon rendement, de l’ordre de 40 % supérieur à l’an dernier.  » En même temps, quand Yvon Pruvost avance cette progression, il n’oublie pas de rappeler que  » l’an dernier a été catastrophique : une année record… en négatif « . 40 % de plus, ça donne quelque chose comme 2 à 2,2 tonnes de cônes de houblon récoltés durant ce mois de septembre, contre 1 à 1,2 tonne l’an dernier.

Pour la qualité, qui se mesure en alpha en fonction de la concentration en résine présente dans les cônes (entre 3 et 15 %, en fonction des variétés cultivées aussi), il faudra encore attendre  » une quinzaine de jours  » que le houblon, après avoir été coupé et trié, ait séché dans les hangars des houblonniers de la région :  » On passera alors d’un produit à 80 % d’humidité à 10 %, ce qui permettra sa parfaite conservation « , rappelle celui qui produit du houblon  » depuis la naissance  » et même avant. Il détaille les dernières étapes de transformation : le pressage en ballots pour être centralisés à la coopérative qui les envoie chez trois prestataires en Belgique en vue de transformer les cônes en pellets (entre novembre et décembre) pour une livraison aux brasseurs,  » après toutes les démarches administratives « , à partir de janvier.

« J’ai passé mon temps à démonter et à remonter les houblonnières »

Yvon Pruvost est actuellement le président de Coophounord, la coopérative de producteurs du houblon des Hauts-de-France (11 des 12 houblonniers de la région y adhèrent, en rappelant que 10 des 12 producteurs régionaux sont installés dans le Nord, a fortiori les Flandres). Il est surtout producteur de houblon à Boeschepe (59).  » Comme mes parents avant moi qui ont cultivé jusqu’à 11 hectares. J’ai repris, subi la crise du milieu des années 80, passé mon temps à démonter et à remonter les houblonnières en fonction du marché, des catastrophes aussi comme cette fois où une tornade a décimé la moitié de mes houblonnières en 2004 « , égraine le producteur de l’or vert des Flandres.

Yvon Pruvost, houblonnier et président de la coopérative Coophounord recevait la vice-présidente régionale en charge de l’agriculture en 2022, pour évoquer les défis de la filière houblon. © E. P.

 » Puis à partir de 2008 ça a commencé à remonter, il y a ensuite eu le boom des microbrasseries, puis celui du consommer local : la demande a augmenté et on a suivi mais on est restés prudents, parce que le vent tourne vite « , formule-t-il au dernier jour de récolte, le 5 octobre dernier. Parmi les nouveaux installés, des producteurs bio qui se lancent sur de plus petites surfaces : ils sont cinq sur les 11 coopérateurs. Une démarche de production que l’ancien estime risquée,  » car une fois que tout le monde y sera allé, pas sûr que la demande soit si forte « , observe-t-il.

« Des centaines de variétés de houblon dont 12 ou 13 sont cultivées dans la région »

Le houblon dans la région, et en particulier dans les Flandres, c’est une longue histoire. Parce que les brasseries y étaient implantées, d’un côté de la frontière comme de l’autre, les producteurs y ont planté. Idem en Alsace, l’autre région historiquement productrice en France. Logique. Une question de terroir aussi ? «  À partir du moment où on sait mettre des pommes de terre on sait mettre du houblon « , avance comme image Yvon Pruvost : une bonne terre, argilo-limoneuse, et c’est parti. Jusqu’à 350 hectares ont été cultivés à l’âge d’or des houblonnières, pour chuter à 27 hectares au milieu des années 80. «  C’était devenu une culture en voie d’extinction « , lance le Flamand.  » Nous sommes aujourd’hui remontés à 45 hectares, heureusement que quelques-uns n’ont jamais abandonné.

Dont notre homme qui détaille : «  Côté variété, nous nous adaptons à la demande des brasseurs, en cultivant des houblons anglais, américains ou allemands. Il existe des centaines de variétés dont 12 ou 13 sont cultivées dans la région.  » Sur les variétés endémiques, il laisse venir. «  Je sais que la question commence tout doucement à se poser. À Douai*, ils ont une petite houblonnière où ils font des essais en plantant quelques variétés récoltées à droite à gauche dans les buissons.  » L’idée à terme : cultiver une variété locale.

En attendant, l’odeur caractéristique du houblon va continuer à flotter sur les Flandres quelques jours. Puis sonnera l’heure du repos végétatif avant le retour dans les houblonnières en mars : taille, accrochage des fils et reprise de la pousse des lianes. Pour une culture loin d’être une jungle.

Justine Demade Pellorce

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