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10-07-2025

Cinq raisons d’aller pêcher l’écrevisse

Chaque année, le parc naturel régional (PNR) de l’Avesnois organise une pêche à l’écrevisse américaine. Plus que de réguler l’espèce envahissante, elle permet de faire connaître le milieu aux habitants et de les sensibiliser à sa nécessaire préservation. Cinq raisons d’y participer.

Le PNR de l’Avesnois organise chaque année deux pêches aux écrevisses grand public et une pour les scolaires afin de sensibiliser à la préservation des écosystèmes. © pnr

Une pêche à l’écrevisse américaine est organisée samedi 19 juillet de 14 h à 17 h à Wallers-en-Fagne. Une opération renouvelée deux fois par an pour le grand public ainsi qu’une fois pour les scolaires qui vise, plus qu’à réguler l’espèce envahissante, à faire connaître le milieu naturel et la nécessité de le préserver. Strictement encadrée, la sortie, encadrée par les animateurs Natura 2000 du Parc et la Fédération de pêche du Nord, est accessible gratuitement à tous, sur inscription obligatoire sur parc-naturel-avesnois.fr.

Pour en savoir plus sur le PNR de l’Avesnois

Élise Zimny est animatrice Natura 2000 pour le parc naturel régional (PNR) de l’Avesnois notamment des sites de l’Est du territoire « Forêts, bois, étangs et bocage herbager de la Fagne et du plateau d’Anor » et « Forêt, bocage et étangs de Thiérache ». Sa mission : « Mettre en place des actions qui visent à préserver les espèces et leur habitat naturel » en s’appuyant sur deux dispositifs européens.

La directive habitat, faune et flore d’abord, qui concerne entre autres, pour ce territoire, la mulette épaisse : une moule d’eau douce qui a besoin d’une très bonne qualité d’eau pour se développer. La Lamproie de Paner, un poisson ressemblant à une anguille, vit elle aussi dans les eaux douces de bonne qualité. Elle a également besoin d’un habitat spécifique, lui permettant notamment de se reproduire.

La directive oiseaux enfin, appliquée ici aux espèces présentes en périodes de repos, d’hivernage, de migration… « Ici, la Cigogne noire et le Martin-pêcheur nichent sur les sites », rappelle Élise Zimny. Ces oiseaux sont indirectement dépendants de la qualité et de la quantité de l’eau, car tributaires des espèces dont ils se nourriront. Spécificité des zones Natura 2000 : la préservation (ou restauration) de la biodiversité tout en prenant en compte les enjeux du territoire et en y permettant notamment l’activité économique. « Ces sites protégés ne sont pas mis sous cloche et nous travaillons avec beaucoup de structures différentes, collectivités, écoles, forestiers, pêcheurs, agriculteurs… », liste l’animatrice.

c Pour découvrir des richesses à préserver

Le bocage du PNR de l’Avesnois se caractérise par trois milieux naturels : les prairies et le réseau de haies qui les ceignent, les méandres et chevelus des cours d’eau des milieux bocagers et forestiers et, enfin, le milieu forestier (l’un des plus vastes de la région). Chacun de ces milieux abrite une faune et une flore endémiques (historiquement présents), que des espèces exotiques envahissantes viennent déséquilibrer. « En organisant ce type d’activité ludique et familiale, les informations sont mieux retenues », estime l’animatrice.

Pour tout savoir sur les écrevisses

Dans les cours d’eau du PNR, des écrevisses notamment. Les espèces locales : l’écrevisse à pattes blanches et celle à pattes rouges sont de plus en plus rares et sont de fait strictement protégées. En cause notamment, la présence d’autres espèces, dites exotiques car non endémiques : l’écrevisse américaine et l’écrevisse californienne, toutes deux regroupées sous l’appellation « écrevisse américaine ».

Leur entrée dans les cours d’eau (probablement suite à des échappées d’élevages qui se sont un temps multipliés) a entraîné des déséquilibres à plusieurs niveaux avec deux impacts directs : elles sont porteuses d’une maladie surnommée « la peste des écrevisses » et si elles sont porteuses saines, elles la transmettent aux écrevisses endémiques qui en meurent.

L’impact a commencé à se faire ressentir il y a un peu plus de 20 ans car à cette mortalité liée à la maladie s’ajoute la concurrence directe de l’espèce. « Les écrevisses américaines ont une capacité à se développer et à se multiplier très importante : elles supportent davantage d’être hors de l’eau et sont capables d’aller coloniser un autre cours d’eau si celui dans lequel elles se trouvent est à sec : en ça elles sont bien plus robustes aux conditions climatiques difficiles. Elles arrivent également à maturité sexuelle plus rapidement et peuvent se contenter d’une eau moins pure que leurs congénères locales », liste la spécialiste.

Pour préserver l’écosystème

« Les écrevisses invasives, parce qu’elles mangent beaucoup, ont un impact sur les autres espèces. Et parce qu’elles ne sont pas dans leur habitat d’origine, elles creusent des galeries dans les berges, ce qui va les fragiliser et participer aux problèmes d’érosion », décrypte encore l’animatrice Natura 2000. « La terre des berges va aller colmater le fond des cours d’eau, se déposant entre les graviers et les enrochements ce qui empêchera les poissons de frayer », poursuit-elle sans oublier d’évoquer les pertes de surfaces fourragères, liées à l’effondrement des berges, ou encore les conséquences en aval avec le dépôt accru de sédiments.

Pour manger des écrevisses !

Ce n’est pas le but premier mais ça fait toujours plaisir : les apprentis pêcheurs pourront repartir avec leur butin du jour. « Comme il s’agit d’une espèce envahissante, elle ne peut être transportée sans avoir été châtrée : on enlève le système digestif des écrevisses qui sont ainsi condamnées à mourir mais pas immédiatement. Il faudra ensuite les transporter dans une glacière, bien les rincer puis les cuisiner et les consommer rapidement », conseille Élise Zimny.

Rappelons qu’il est strictement interdit de pêcher les écrevisses à pattes blanches ou rouges. La pêche des écrevisses américaines est, elle, strictement encadrée par un permis de pêche et la nécessite d’utiliser le matériel adéquat : des balances (espèces de passoires métalliques) dont les mailles laissent passer les plus petites écrevisses endémiques et capturent les autres. 

Justine Demade Pellorce 

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