Actualité
15-10-2026

Comment venir à bout des freins de la mobilité en milieu rural ?

Choisir sa mobilité en milieu rural. C’est l’objet du rapport-avis présenté par le Conseil économique social et environnemental. Ce dernier s’est penché sur le manque d’offre de transports dans les milieux ruraux pour émettre des préconisations.

5 minutes

Les problèmes de mobilité en milieu rural peuvent affecter des choix de vie décisifs. © L. T.

« Dans notre région, 80 % des communes sont rurales », rappelle Julien Tailliez, du Conseil économique social et environnemental (Ceser*). Mardi 6 octobre, le président de la commission mobilités-transports a présenté le rapport-avis « Pouvoir choisir sa mobilité en milieu rural ». Une nécessité alors qu’encore trop de personnes renoncent à un emploi, des études, un rendez-vous médical, des loisirs… à cause d’un manque d’offre de transports.

Pour illustrer au mieux cette problématique, les rapporteurs se sont appuyés sur les propos de 16 collégiens du Ternois et d’une élue locale de la communauté de communes du Plateau Picard venus témoigner au sein de l’hémicycle. Une manière d’avoir en tête quelles sont leurs problématiques concrètes et d’imaginer des pistes « collectives » pour demain. Tour d’horizon.

Des freins au quotidien

L’accès à la mobilité, facteur d’inégalité ? « Certaines communes bénéficient de la proximité d’une agglomération et d’infrastructures relativement accessibles. D’autres sont situées dans des bassins de villes beaucoup plus éloignés des réseaux de transport », reconnaît Patrick Taupier, l’un des rapporteurs. Un constat partagé par les élèves du collège : « Durant ce trajet [pour venir ici], sept d’entre nous n’avaient encore jamais pris le train. » Ces jeunes citoyens qui épinglent de manière générale le manque de transports en commun en milieu rural. « Quand on veut prendre le bus pour aller dans d’autres villages, ce n’est pas facile parce qu’il n’y en a pas beaucoup qui passent. » Une situation qui rend l’utilisation de la voiture quasiment systématique. « On dépend beaucoup de nos parents. » Quid du vélo ? Là aussi l’offre d’infrastructure peut parfois manquer. « Ce n’est pas pratique, il n’y a pas beaucoup de pistes cyclables et les routes sont dangereuses parce que beaucoup roulent vite », déplorent les collégiens devant les élus du Ceser.

Les jeunes citoyens ne sont d’ailleurs pas venus sans idée pour rendre leurs déplacements plus faciles. L’un d’entre eux évoque la mise « en place de navettes et de minibus pour passer dans nos villages ». Un autre propose l’utilisation des outils déjà à leur disposition. « Il faudrait développer une application sur l’ENT (plateforme numérique dédiée à la scolarité ndlr) pour le covoiturage. » L’une de leurs interventions résume : « Le problème, ce n’est pas la distance, c’est le manque de solutions pour se déplacer ».

De problématiques naissent les initiatives

Dans la communauté de communes du plateau picard, la question de la mobilité est aussi tout un sujet, comme l’expose Isabelle Barthe, maire de Cernoy et 2e vice-présidente de la communauté de communes. Cette intercommunalité de l’Oise compte 52 communes réparties sur 439 kilomètres carrés. La « plus grande commune étant Saint-Just-en-Chaussée » qui fait à peu près 6 000 habitants. « C’est un territoire très vaste avec les problèmes de mobilité que ça peut engendrer. » Notamment auprès des seniors. Pour ces derniers, l’intercommunalité a vu l’arrivée de Rezo seniors. Le dispositif s’appuie sur des conducteurs solidaires, validés par la collectivité, qui se rendent disponibles occasionnellement pour emmener des seniors sur de courts trajets du quotidien.

Julien Tailliez président de la comission Mobilités-transports, Milène Brochot chargée de mission mobilité et Isabelle Barthe maire de Cernoy et 2e vice-présidente. © D. P.

D’autres initiatives ont aussi vu le jour sur ce même territoire. À l’instar du plan de mobilité scolaire avec le lycée agricole d’Airion. Il s’agit d’une expérimentation pilote née de la coopération territoriale pour briser l’isolement de l’établissement. Sa situation géographique en pleine campagne l’excluait des circuits de transports scolaires classiques. Repenser les déplacements sans négliger le côté réduction des émissions. C’est « aussi important de pouvoir essayer de répondre et de construire des stratégies pour cette réduction des émissions », défend Milène Brochot, chargée de mission mobilité et planification pour la communauté de communes.

Quelles sont les préconisations du rapport ?

Si le problème de la mobilité en milieu rural est bel et bien identifié, reste à savoir quelles solutions pour quels territoires. Les différents interlocuteurs militent pour une démarche « collective » entre les acteurs. « Chaque problématique a peut-être un étage adapté. Parfois, la réponse, c’est la commune, parfois, l’intercommunalité, la Région pour les transports scolaires », estime Milène Brochot.

Lire aussi | Ces porteurs de projets engagés pour faire vivre la ruralité

La présentation du rapport-avis s’est achevée sur les préconisations : celles-ci se déclinent en quatre axes.

En premier : la garantie d’un socle minimal de mobilité rurale et d’accès aux droits. Il s’agit de définir un socle régional de mobilité rurale, de territorialiser les solutions aux réalités des territoires, de créer un pack de mobilité jeunes ruraux, de garantir l’accès aux services essentiels et de créer des points d’information et d’accompagnement mobilité rurale à destination de chaque commune.

L’axe deux consiste à renforcer l’ingénierie territoriale et la coordination des acteurs par la création d’un fonds régional d’ingénierie de mobilité rurale, la création d’un réseau régional de mobilité rurale, la clarification des rôles entre Région et Département.

Le troisième axe passerait par le développement de la mobilité solidaire. Pour cela, les rapporteurs envisagent de créer un programme régional mobilité et confiance pour « former et informer les acteurs sociaux de la mobilité, renforcer les plateformes de mobilité solidaires, créer des ambassadeurs de mobilité dans les collèges et les lycées ».

Enfin, intégrer la levée des freins psychologiques dans les politiques d’insertion professionnelle et sociale. « Pour tout cela, il convient de diversifier les solutions et de les adapter à l’offre des territoires », concluent Patrick Taupier et Nicolas Verhille, les deux rapporteurs. Un tout qui passera par la « modernisation du transport à la demande, la structuration du covoiturage local et rural, le développement des flottes partagées » ou encore l’importance de « sécuriser les liaisons cyclables intercommunales ». Autant dire que la route est encore longue… 

Partager l'article

Hauts-de-France

Dans la même rubrique

Actualité

Quelle place ont les jeunes dans l’espace démocratique ?

Lire la suite...

Actualité

Le Grand Arras lance une enquête pour encourager les déplacements à pied

Lire la suite...

Actualité

Des ateliers gratuits pour mieux maîtriser son budget dans l’Avesnois et le Cambrésis

Lire la suite...

Actualité

Pouvoir d’achat : et si vous faisiez vos réparations plutôt que jeter vos objets en panne ?

Lire la suite...
Julie Theret, maire de Tincques, où un ancien café a été transformé en supérette.

Actualité

Ces porteurs de projets engagés pour faire vivre la ruralité

Lire la suite...

Actualité

Le Camion Nord Santé propose trois dépistages pour les cancers en octobre

Lire la suite...

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !

par Hélène Grafeuille

Ecoutez leur histoire !