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| Par Hélène Graffeuille
Transport décarboné, adaptation des villes aux événements climatiques, gestion de l’eau, stockage de l’énergie, protection des infrastructures critiques, reconquête de l’espace en surface… sont autant de défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Et pour Philippe Millard, président du congrès de l’Association française des tunnels et de l’espace souterrain (Aftes) les sous-sols ont une carte à jouer dans ces transitions.
« Au départ les tunnels ont servi pour le transport d’eau, d’énergie ou encore de personnes, mais aujourd’hui il faut que nous profitions des sous-sols pour faire autre choses », introduit-il avant de poser un constat : « L’étalement des villes et la multiplication des zones commerciales et d’activité en périphérie ont contribué à éloigner les habitants des centres-villes, tout en augmentant les déplacements en voiture mais aussi les besoins en chauffage et en climatisation, comme pour les grandes surfaces qui sont quasiment systématiquement chauffées ou climatisées mais aussi éclairées par de la lumière artificielle. »
Philippe Millard avance l’idée de réinstaller certaines activités au cœur des villes, en sous-sol lorsque cela peut être pertinent. « Évidemment on ne peut pas construire des logements en sous-sols, nous avons besoin de la lumière du jour pour vivre, cependant, nous pouvons imaginer y installer des cinémas, des équipements de loisirs, des salles de sport ou encore des plateformes logistiques », détaille le président du congrès.
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Ce dernier évoque, également, la possibilité d’installer les data-centers en sous-sol car un autre de leur avantage est les températures constantes qui y règnent. « Cependant il faut penser à la climatisation que ces équipements exigent ainsi qu’aux groupes électrogènes de secours indispensables en cas de panne qui fonctionnent avec de l’énergie fossile et nécessitent donc des cheminées d’une trentaine de mètres de hauteur afin d’évacuer les gaz et les disperser correctement. Nous pourrions aussi imaginer que la chaleur produite par les data-centers soit réutilisée pour couvrir les besoins des habitants en chauffage. » Ce dernier évoque aussi les possibilités de stockage de l’énergie comme l’hydrogène ou encore le dioxyde de carbone.
Face aux tensions internationales, Philippe Millard rappelle également, qu’en France, « nous n’avons pas d’abris souterrains, contrairement à la Suisse par exemple, qui dispose d’abris NBC (nucléaires, biologiques et chimiques) pour ses habitants. »
Les possibilités d’exploiter les sous-sols sont donc multiples pour Philippe Millard. Cependant, aujourd’hui, « les entreprises ont tendance à construire en surface et pas en dessous », constate-t-il.
L’un des freins à la construction en sous-sol reste le coût plus élevé car au budget des travaux s’ajoute celui de l’étude des sols, des soutènements, de l’évacuation des terres et des contraintes liées à la nature du terrain. Un surcoût difficile à chiffrer. Mais, selon Philippe Millard, le calcul mériterait surtout d’être élargi avec un bilan total des dépenses qui intégrerait le coût de la construction mais aussi des besoins énergétiques du bâtiment, son fonctionnement ou encore les déplacements qu’il génère.
Pour appuyer son raisonnement, le président de congrès de l’Aftes prend l’exemple de villes telles que Montréal et Singapour. « Les raisons sont différentes pour ces deux villes, à Montréal, ils ont exploité les sous-sols pour faire face aux conditions climatiques qui peuvent être extrêmes, à Singapour, c’est plutôt le manque de places qui a engendré cela. »
Si les sous-sols ne sont pas l’unique solution aux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, ils peuvent néanmoins jouer un rôle à la condition d’identifier les usages les plus pertinents et d’anticiper leurs contraintes.
L’exploitation des mines du territoire a été arrêtée au début des années 1990. Mais y a-t-il des solutions
pour les valoriser ? C’est la question que nous avons posée à Ali Kheffi et Christophe Perquy, respectivement président du groupement des membres belges et président du groupe de réflexion en exploitation souterraine de la Société de l’industrie minérale.
Et des valorisations existent déjà : « La Française de l’énergie (FDE) récupère le grisou, gaz inflammable,
constitué généralement de méthane presque pur, qui pouvait engendrer des explosions particulièrement
redoutées par les mineurs appelées le coup de grisou. On se souvient notamment de la catastrophe de Courrières en 1906 qui avait provoqué la mort de plus de 1 000 personnes. Ce gaz continue de s’échapper des anciennes mines encore aujourd’hui et engendre des gaz à effet de serre », explique Ali Kheffi. Le Parisien explique que ce gaz récupéré permet, depuis 2022, de chauffer à hauteur de 20 % quelque 12 500 logements dans sept communes du Pas-de-Calais. L’État a d’ailleurs autorisé, début 2026, l’exploitation de 18 nouveaux sites d’extraction du gaz de mine. Une bonne partie de ce grisou devrait notamment être utilisée pour alimenter des réseaux de chaleur.
Mais il existe d’autres voies de valorisation indique Ali Kheffi : « Des études sont en cours en Wallonie
pour faire de la géothermie dans d’anciennes mines. L’ambition serait de faire circuler de l’eau dans les
galeries ce qui permettrait de la chauffer à 70-75° et pourrait notamment servir dans les systèmes de
chauffage. C’est déjà le cas à Saint-Ghislain, près de Mons en Belgique, où un puits géothermique fournit,
depuis 1985, une eau à 72 °C qui sert directement pour le chauffage. »
Christophe Perquy évoque également les carrières et notamment les catiches (carrière souterraine d’extraction de craie ou de calcaire, typique de notre territoire, ndlr) qui peuvent être réaménagées pour
accueillir des data-centers, « cela pourrait permettre un refroidissement à bas coût. Elles pourraient également servir pour y stocker de la terre inerte (non polluée) ce qui aurait également l’avantage de les
sécuriser. Ce sont des pistes qu’il faut étudier », insiste-t-il.
Il existe déjà des valorisations de carrières « plus anecdotiques », ajoute-t-il : « Certaines sont devenues
des caves à vin, dans d’autres des balades pour piétons ou des circuits pour vélos y ont été créés. »
Hélène Graffeuille

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