Au cœur du parc naturel régional de l’Avesnois se trouvent plusieurs sommets du département du Nord, comme le mont de Baives. Mais le vrai point culminant se trouve bien sur la commune d’Anor. Ce n’est pas un pic, pas une cime, mais plutôt un plateau herbeux et tourbeux, assis sur un mont.
Le point culminant du Nord est situé au lieu-dit le Point du jour, à Anor, à 271 m au-dessus du niveau de la mer, aux confins du Nord, de l’Aisne thiérachienne et de la Belgique voisine. Avec le plissement des Ardennes qui s’est diffusé jusqu’ici, le relief s’accentue, laissant se faufiler le ruisseau d’Anor. D’où des hauteurs, sinon vertigineuses, du moins marquantes si l’on s’en tient aux altitudes négatives de la Flandre Maritime.
Certains farfelus, alpinistes amateurs et bons vivants ont eu l’idée d’en faire une ascension digne des Grandes Jorasses ou des Drus dans les années 80. Après tout, un sommet, ça se gravit quelle que soit sa hauteur. Esprits sérieux ou chagrins, passez votre chemin ! En témoignent, avec beaucoup d’humour, des coupures de presse de la Voix du Nord de 1985. « Des farfelus partaient même à la tombée du jour pour l’ascension des 271 m. Et au retour, marqués par les efforts d’un tel trek, ils se restauraient… ». Le tout heure par heure : « 14 h 50 : les cordées sont au pied de la montagne. Moment d’intense émotion, d’inquiétude mais surtout d’exaltation. L’aventure tant attendue commence ». Cela avait le souffle d’une épopée « vertigineuse » à tenter en famille et au milieu de la nature si l’envie vous en dit.
Le 18 novembre 2023, le maire d’Anor, Jean-Luc Pérat, conscient du potentiel touristique d’un tel patrimoine naturel, avait d’ailleurs souhaité, marquer le coup et inaugurer solennellement « son » sommet. Anor était déjà la commune la plus méridionale du département, bordant Hirson. Elle devenait également la plus haut perchée.
Plus tard, une bière ambrée, la Culminante, fut même brassée pour entretenir la notoriété du sommet nordiste.
Pour accéder au point culminant du Nord, rien de plus facile : il suffit de suivre suivez les panneaux du circuit des Gabelous qui jalonnent le parcours, à travers le bourg puis les chemins et pâtures. Jean-Lou le Gabelou vous parlera de l’école du Point du Jour, pour un dernier kilomètre instructif avant le sommet. Si vous recherchez le calme et l’immersion au cœur de la nature, il n’existe pas beaucoup d’endroits comme celui-ci dans le Nord-Pas de Calais. Ici tout n’est que prairies, où paissent des vaches paisibles, chemins qui serpentent vers la ligne bleue des sapins. Au-delà des frondaisons de résineux, Momignies et les Ardennes belges. « Un gabelou, c’était dans le temps un douanier. Ce circuit va à Momignies. Il rappelle aussi qu’il n’y a pas si longtemps, les habitants allaient chercher leur café, leur chocolat ou leur tabac en Belgique », rappelle Jean-Claude Couture, président du syndicat d’initiative d’Anor.
Ce circuit démarre du syndicat d’initiative d’Anor, rue du Général-de-Gaulle. Si vous le suivez par la rue des Anorelles, puis à travers la forêt par le sentier à droite, vous partez pour un circuit de 12 km qui vous mène vers le nord par le bois de la Haie d’Anor, puis celui d’Ohain. Une autre solution, pour une balade de 8 km, consiste à filer directement vers la Belgique, vers l’est par le chemin forestier et Momignies. Le retour par les petits villages belges en pierre du pays, permet de longer le ruisseau et la Galoperie. « C’est un ancien parc d’attractions fermé en 1983. Tous les week-ends, 50 bus arrivaient là-bas. Puis se sont créés les parcs comme Walibi en Belgique et la fréquentation s’est effondrée », témoigne Jean-Claude Couture.


Irriguant la terre avesnoise, des rivières et ruisseaux sourdent des plateaux élevés des contreforts des Ardennes, pour devenir des rivières. À un jet de pierre, l’Oise prend sa source près de Macquenoise (B), à 309 m d’altitude, pour rejoindre la Seine vers Conflans-Sainte-Honorine. Entre-temps, elle se grossit des eaux d’Anor : ruisseau d’Anor, Ri des Prenis, ruisseau de Saint-Hubert, etc. Une densité unique qui fait le charme des randonnées alentour (plus de 30 circuits possibles). Et le bonheur des pêcheurs, qui aiment à se regrouper à l’étang de Milourd. Dans le cadre de Natura 2000, une frayère naturelle avait même été installée, permettant la libre circulation des poissons entre la rivière des Anorelles et les étangs.
Cette présence de l’eau et de moulins, combinée à celle de minerai de fer à Glageon, Trélon ou Ohain, a permis l’installation de forges à Anor dès le XVe siècle. Un circuit des forges permet, vers le sud, de randonner sur les lieux de cette histoire plus que centenaire. Activité qui a perduré sous le nom de Fonderie d’Anor au XXIe siècle. Comme Vulcain, forgeant sous l’Etna, les fondeurs anoriens sortent de leurs fours des pièces pour l’industrie, les pompes ou de la robinetterie. Un pays décidément surprenant, qui recèle une vie incroyable. Allez donc rencontrer les gens du coin. Ils vous parleront du toit du Nord. Un monde où il fait bon se ressourcer.
Frédéric Douchet

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