
Parce qu’elle refuse que la formidable aventure humaine et sportive placée sous la signe de la solidarité dans laquelle s’engageaient les neuf femmes cheffes d’entreprise du réseau Entreprendre Hainaut soit résumée au scandale sanitaire qui a éclaté sur place, Mélissa Nabais-Moreno choisit de nous faire un récit en deux temps.
Pile, c’est donc une aventure solidaire dans laquelle s’engagent neuf cheffes d’entreprise du Hainaut : un trek au Maroc où elles partent pour trois jours de course d’orientation dans le désert et une ascension de la plus haute dune de Merzouga. Tout ça au profit de deux associations : Ruban rose (lutte contre le cancer du sein qui touche de près ou de loin beaucoup des participantes) et Enfants du désert, qui accompagne les familles précaires au Maroc. L’objectif des trois équipes de trois est aussi de « défendre l’entrepreneuriat au féminin », rappelle Mélissa Nabais-Moreno. Pour tout ça, c’est mission accomplie !

« Nous avons vécu une aventure formidable toutes les neuf et nous avons toutes passé la ligne d’arrivée », relate la directrice du Réseau Entreprendre Hainaut, à l’initiative de l’inscription des trois équipes. Et sur la partie compétition – les trois jours de course d’orientation -, c’est même l’équipe des Audacieuses, celle à laquelle appartient notre témoin, qui monte sur la première marche des équipes d’entreprises.
822 femmes sur la ligne de départ, dont une bonne part d’individuelles, ont dégainé leur boussole avec, « pour premier objectif de ne pas se perdre dans le désert », se marre Mélissa Nabais-Moreno. Elle, a fait un peu mieux puisqu’avec Cécile Masson et Amélie Chevalier, ses deux coéquipières, elles n’ont ajouté que 700 mètres aux 50 kilomètres de parcours programmé. Tout ça répartis en 10 à 11 heures de marche quotidiennes sous 42° en journée (10° la nuit). Un objectif sportif largement atteint, et une légitimité à pouvoir établir les traditionnelles parallèles entre le sport et l’entrepreneuriat.

« C’est classique, et ça peut être un peu bateau parfois mais maintenant, les images prennent leur sens », formule la cheffe d’entreprise. « Tracer son cap, se réguler (nous nous arrêtions toutes les dix minutes pour vérifier notre cap), s’adapter au terrain, la cohésion d’équipe… tout ça a pris un sens concret », raconte celle qui avoue avoir « réécrit des stratégies d’entreprise dans les dunes ». En parlant de dune, l’ascension de la plus haute d’entre elles, le quatrième jour, aura constitué un climax physique et solidaire : 150 mètres de dénivelé (c’est 102 mètres pour la dune du Pilat à titre de comparaison). « Une marche magique qui a duré une matinée, difficile aussi où la solidarité a joué à plein. » Et une descente, bien méritée, en roulé-boulé façon récré.
Une récréation pas toute rose : pour être exact, 150 des 800 candidates n’ont jamais pu grimper ladite dune. « Il y a eu un très gros problème sanitaire », expose Mélissa Nabais-Moreno en évoquant le côté face de l’aventure. « Plus de 300 femmes ont été malades, contaminées par la bactérie Shigella. Heureusement, l’une de nous est médecin et nous avons commencé un traitement antibiotique dès qu’elle a pu savoir quelle était la bactérie en cause », salue la jeune femme. Un traitement qui aura permis de retarder les effets seulement : des vomissements et diarrhées aiguës ont touché plus de 300 femmes, dans le désert et avec les conditions sanitaires qu’on imagine. « Les organisateurs n’ont eu de cesse de balayer la gravité de la situation, évoquant une gastro or c’est bien plus grave et certaines ont dû être hospitalisées », rage celle qui a pris l’initiative, depuis, de monter un collectif en vue de va déposer une plainte contre les organisateurs (il compte un millier de personnes, beaucoup de candidates de cette année mais aussi des éditions précédentes, où des problèmes avaient déjà eu lieu dans une moindre mesure).

« Desert tour, une entreprise française très efficace sur l’organisation de défis sportifs » mais beaucoup moins à cheval sur les conditions d’accueil de participantes dont une part, rappelons-le, sont en traitement ou en rémission d’un cancer. « Le bivouac où nous logions avait accueilli un autre événement, deux semaines plus tôt, où la bactérie avait déjà mis en danger la santé de participantes », explique la Nordiste qui imagine que la désinfection du bivouac n’a pas été faite. Résultat : des centaines de femmes malades, sous leur couverture de survie, dont certaines suppliaient les organisateurs de les rapatrier. En vain. « Et une quinzaine d’entre elles a dû être hospitalisée au Maroc, tellement affaiblies qu’elles risquaient l’arrêt cardiaque et deux d’entre elles ont même dû être réhospitalisées une fois en France car elles avaient développé une embolie pulmonaire », fait savoir Mélissa Narbais-Moreno qui poursuit : « Nous avons failli rentrer à sept, sur les neuf : deux d’entre nous étaient si faibles à l’aéroport – 7 et 9 de tension – qu’elles ont failli ne pas pouvoir embarquer » (un des trois avions ramenant la troupe rose en France a dû faire demi-tour en vol, l’état de santé de certaines femmes étant trop critique pour le trajet).

« Cauchemardesque », « apocalyptique » : ce sont les mots qui viennent à l’esprit de celle qui s’est, dans ce contexte, pourtant découvert une passion pour le trek. Choquées, en colère, les neuf aventurières du Hainaut soudées comme jamais n’ont pas dit leur dernier mot : reste le combat juridique et l’idée, qui trotte déjà, de repartir vers d’autres horizons.
Justine Demade Pellorce

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par Justine Demade Pellorce
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