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« Les innovations peuvent être pensées depuis les territoires »

06-07-2023

Actualité

Les rencontres

Alexia Noyon, directrice de l’association de la Fondation de la Chartreuse de Neuville, défend le rôle moteur des territoires.

Alexia Noyon, directrice de l’association de préfiguration de la fondation de la chartreuse de Neuville © J. D. P.

Originaire de Tourcoing, Alexia Noyon a fait une école de commerce puis s’est investie dans l’humanitaire, en Bolivie, avant de rejoindre l‘association Hôpital sans frontière où elle gère l’implantation d’hôpitaux d’urgence dans les pays en guerre ou en voie de développement. Alors parisienne, elle accompagne le retour aux sources de son mari, originaire de Tardinghen (62).

L’ex- (ultra) citadine que vous avez été est aujourd’hui une rurale épanouie.

Lorsque mon mari, Christophe, a voulu reprendre la ferme familiale – 65 hectares qui n’étaient pas viables -, nous avons créé la Brasserie des 2 caps où je l’ai accompagné pendant cinq ans. Lauréats du réseau Entreprendre, nous sommes alors suivis par un chef d’entreprise qui me parle un jour de la Chartreuse de Neuville. J’ai atterri ici en 2007. Mon parcours non linéaire m’a finalement rendue légitime vis-à-vis du privé, du public et de l’associatif. Partout il y a des gens extras et j’aime le démontrer. À 53 ans, je suis devenue une inconditionnelle de la campagne.

Comment le grand patrimoine est-il géré dans les territoires ruraux ?

L’entretien du grand patrimoine a généralement deux modèles : 100 % privé avec la transformation en hôtellerie, de luxe en général, ou 100 % public (financé par l’État, les collectivités) avec ouverture au public, souvent dans une vocation culturelle. Nous souhaitons ici expérimenter un nouveau modèle, un mixte public/privé.

La loi Malraux, ou loi de défiscalisation des monuments historiques, permet aux personnes qui paient l’IFI (ex-ISF) de défiscaliser le montant des travaux : ça marche assez bien dans les métropoles où l’hébergement ainsi créé fonctionne. Ça ne peut pas marcher en milieu rural, au regard du décrochage territorial qui concentre les moyens et les publics dans les métropoles. Il existe un fort enjeu sur la préservation du grand patrimoine, comme outil culturel mais aussi comme moteur territorial.

Qu’implique ce clivage métropoles / territoires ruraux ?

J’ai réalisé à quel point les territoires ruraux manquaient de confiance en eux et, c’est lié, manquaient d’ambition à cause de cet esprit métropolitain qui domine. En France, toutes les bonnes idées viennent des métropoles dont on fait ensuite des antennes dans les territoires tout en passant notre temps à dire aux campagnes « vous n’avez pas les bonnes idées ». Or ce n’est pas la même culture et donc pas les mêmes solutions. On commence à se rendre compte que les innovations peuvent être pensées depuis les territoires.

C’est à la croisée de ces enjeux que vous placez l’avenir de la Chartreuse de Neuville.

Si on remonte au Moyen-Âge et jusque 1905 (loi de séparation des Églises et de l’État), les abbayes jouaient un rôle de moteur territorial : un rôle culturel certes, mais aussi social, économique (avec des propriétaires terriens, de l’industrie ou de l’artisanat : ici c’était une imprimerie) ; un rôle éducatif et même d’innovation. Les abbayes étaient comme des phares dans les territoires ruraux qui avaient la capacité de dialoguer avec les métropoles, nous avons perdu ça au XXe siècle. C’est l’ambition que porte la Chartreuse de Neuville.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le modèle économique qui s’invente ici ?

Nous visons 60 % de recettes propres, 20 % de mécénat et 20 % de subventions. Cela nécessite la création d’un fonds d’investissement impact : ces fonds qui ont des rendements moindres mais qui ont un impact social. En gros, au lieu d’un rendement de 4 % à horizon 5 ou 7 ans, il s’agirait d’un rendement de 2 % à horizon 30 ans. Nous avons besoin de ce temps long. Et nous avons tellement lutté pour faire avancer notre projet que j’aimerais que ce modèle puisse servir à d’autres. Nous sommes régulièrement appelés par des monuments français, parfois européens et même du Canada.

Concrètement, comment le projet autour de la Chartreuse ambitionne-t-il de nourrir son territoire ?

Les actions que nous menons déjà, la dynamique que nous avons créée ont rallumé le phare : nous commençons à donner envie, certaines structures qui œuvrent elles aussi au développement territorial, comme “6 000 rebonds”, choisissent d’installer leur siège ici. L’histoire des lieux et son architecture, directement liées à la philosophie de l’ordre des Chartreux (lire aussi en pages 48 et 49) résument les grands traits de notre approche : complémentarité, équilibre individu/collectif, innovation. Nous portons une double mission, la réflexion et l’action à travers trois axes : artistique, citoyen et expert.

Pour ça, l’accompagnement de projets innovants, l’organisation d’activités de répit, l’accueil de séminaires ou des réceptions, des ateliers pour les entreprises, des visites guidées, des résidences d’artistes et une programmation culturelle, des soirées débat ou rencontres avec des experts. Encore les jardins avec, notamment, le précieux jardin conservatoire Vavilov (nous y reviendrons, ndlr), l’accueil de stagiaires, des formations pour la remobilisation… 

Alexia Noyon en quatre dates

1990-1994. Volontariat en Bolivie (enfants des rues) puis responsable des projets d’Hôpital sans frontière.

1995-2001. Naissance de ses 3 enfants et conseillère principale d’éducation en Normandie et Île-de-France.

2002-2007. Cofondatrice de la brasserie artisanale des 2 Caps avec son mari, Christophe Noyon.

Depuis 2008. Directrice de l’association de préfiguration de la fondation Chartreuse de Neuville.

Lire aussi : La chartreuse de Neuville, joyau régional

Propos recueillis par Justine Demade Pellorce

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