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Élevages laitiers en faillite : réalité ou fiction ?

02-03-2020

Actualité

Élevage

Le documentaire « Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches… » dresse le portrait d’un jeune éleveur qui croule sous les dettes. Sa situation est-elle pour autant représentative de la réalité ?

Écoutez notre podcast avec les extraits et musiques du film :

“On voit régulièrement à la télévision ou dans les journaux que les agriculteurs laitiers vont mal. Le jour où j’ai rencontré Cyrille, j’ai eu du mal à m’en remettre”. Tels sont les mots du réalisateur français Rodolphe Maroni dont le documentaire “Cyrille, agriculteur 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes” est sorti au cinéma le mercredi 26 février 2020.

Celui-ci montre la descente aux enfers d’un jeune éleveur qui croule sous les dettes. De quoi dresser un tableau particulièrement sombre de la filière laitière. Mais sa situation est-elle vraiment représentative de la réalité ? Nous avons recueilli la réaction d’Emmanuel Béguin, chef de service “Approches sociales et travail en élevage” à l’Idele et membre de la Chambre régionale d’agriculture de Picardie, pour faire un parallèle avec l’élevage dans les Hauts-de-France.

Cyrille
Pour filmer au plus près l’agriculteur, le réalisateur a passé plusieurs mois, chez lui logé tout près de l’étable. © Black dynamite films

La spirale infernale de Cyrille est-elle un phénomène courant ?

Tout d’abord, il faut rappeler qu’il y a peu de liquidations judiciaires en agriculture : les cas de faillite sont rares, contrairement à d’autres secteurs. De plus, la région dont est issu Cyrille, l’Auvergne, a un relief montagneux. Ce n’est pas idéal pour un élevage laitier. Sauf s’il y a une valorisation AOP (Appellation d’origine protégée) comme le Comté notamment (en Franche-Comté, ndlr.).

Dans les Hauts-de-France, les conditions sont plus favorables : le climat est humide et tempéré et le relief favorable. C’est pourquoi nous avons de nombreux éleveurs laitiers dans l’Avesnois et dans le Boulonnais, territoires adaptés.

Comment se porte la filière dans les Hauts-de-France ?

Avec le fromage de Maroilles, les coopératives comme Sodiaal, les grands groupes comme Lactalis ou Danone (ou encore la Prospérité fermière, ndlr.), on peut dire que la filière se porte plutôt bien en Hauts-de-France. Les revenus sont à peu près corrects. Mais le prix du lait est plus variable qu’avant, c’est une réalité. De plus en plus d’éleveurs sont endettés et ont une trésorerie négative.

Comment l’expliquez-vous et comment évolue la situation ?

Depuis 2015, année de la sortie des quotas qui régulaient depuis 1984 les volumes de production, les éleveurs ont connu davantage de difficultés. 

Selon l’observatoire de l’élevage herbivore en Hauts-de-France, une exploitation laitière possédait en moyenne 54,5 vaches laitières en 2015 : le personnage du film en a seulement 20 !

Aujourd’hui, la majorité des éleveurs de notre région sont spécialisés en polyculture, justement pour éviter d’avoir une seule source de revenu.

“Il y a peu de liquidations judiciaires en agriculture”.

La filière laitière attire-t-elle les jeunes ?

La question de l’attractivité est au cœur de ma mission. Oui, les jeunes restent attirés par le secteur, mais il est vrai que la moyenne d’âge des éleveurs est de 51 ans.

Cette pyramide des âges inversée ne concerne pas seulement la filière laitière : c’est une problématique que connaît le monde agricole en général. Dans les Hauts-de-France, il y a eu 80 installations d’élevage laitier en 2016. Ce sont souvent des personnes qui viennent du milieu agricole et décident d’y retourner des années plus tard. Cela ne rajeunit pas la moyenne d’âge. 

Quel message voulez-vous faire passer aux jeunes éleveurs ?

Il faut rester optimiste. La filière laitière a de l’avenir. C’est un secteur avec beaucoup d’atouts : le métier est intéressant et varié. Il y a des éleveurs passionnés et une forte demande de la part des consommateurs en produits laitiers. L’agriculture de demain a besoin de l’élevage, notamment pour l’entretien des pâtures, le stockage de carbone et le développement de systèmes de fertilisation plus respectueux de l’environnement. D’ailleurs, beaucoup de jeunes choisissent de travailler en production bio.

Lauren Muyumba

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