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La vraie vie de Cyrille, éleveur, se dévoile en grand

25-02-2020

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Cyrille n’est pas acteur, mais éleveur en Auvergne. Un jour sa route croise celle de Rodolphe Marconi, réalisateur. « Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes » sort a cinéma ce mercredi 26 février 2020.

Pour filmer au plus près l’agriculteur, le réalisateur a passé plusieurs mois, chez lui logé tout près de l’étable. © Black dynamite films

Clap de début. Été 2018, côte atlantique, soleil, plage… Depuis trois jours, un garçon s’avance dans la mer, jusqu’aux genoux, pas plus. Il ne se baigne jamais. Un après-midi, on lui demande, pourquoi il ne se baigne pas. Il répond qu’il ne sait pas nager. Cyrille a 30 ans. C’est la première fois qu’il part en vacances. Il n’avait jamais vu la mer. Cela pourrait être le début d’un film. Mais c’est avant tout le début d’une rencontre entre deux mondes. Celui du parisien et réalisateur de film, Rodolphe Marconi avec un éleveur laitier auvergnat, Cyrille.

« Le film est né totalement par hasard puisqu’il est lié à cette rencontre improbable sur cette plage, détaille Rodolphe Marconi. Quand Cyrille a commencé à me raconter son histoire, ça m’a percuté de plein fouet. C’est étrange à expliquer, je ressentais un sentiment d’injustice profonde mêlé à une colère probablement renforcée puisque Cyrille n’en a pas. »

Vivre au rythme d’un éleveur

Cyrille a repris la ferme familiale il y a six ans. Pour cela, il a dû emprunter pour construire une stabulation afin de se mettre aux normes. Depuis, il se lève tous les matins pour la traite, l’écrémage, puis le nettoyage, le beurre qu’il baratte lui-même. Le soir, ça recommence. Jusqu’à tard dans la nuit.

Son beurre, il le vend le samedi matin au marché voisin, 3 € la plaquette. En ce moment, il ne peut pas vendre son lait. Car pour que la laiterie vienne le lui acheter, il doit livrer au moins 300 litres deux fois par semaine. Ce qui est impossible pour Cyrille qui n’a pas les moyens d’acheter de l’aliment l’hiver entraînant une baisse de la production. « Pourtant, ce qui émane de Cyrille, c’est la douceur, s’étonne le réalisateur. Pas d’amertume, ni de colère. Quelques heures après ma rencontre avec lui, le désir de faire un film m’a envahi. Lorsque je lui ai dit que j’étais sidéré, il m’a dit : dans la vie, faut prendre les choses comme ça vient. »

Le réalisateur est alors parti en Auvergne, caméra à la main et s’est installé à proximité de la stabulation, tout seul. « C‘était ma condition. Sinon il n’y a pas de film. » Il vivait au rythme de l’éleveur.  » j’étais physiquement lessivé et moralement perturbé, reconnait-il. Perturbé car il y a forcément un moment où l’on doute. Quand l’huissier arrive pour prendre la voiture, quand les vaches meurent les unes après les autres, quand Cyrille craque… on ne sait plus si on doit filmer tout cela. » 

Mais le point de vue de Cyrille était différent. Pour lui, grâce à ce film il n’était pas seul face à ce qu’il affrontait à cette période de sa vie. « Il m’a avoué à la fin du tournage que ces mois de descente vers la liquidation auraient été encore plus difficiles à surmonter s’il avait été seul. »

Questions sur le monde agricole

Bien sûr, le film soulève des questions sur l’état des lieux de l’agriculture traditionnelle en France. « On peut se demander pourquoi les banques sont capables de prêter 300 000 € à un jeune agriculteur pour qu’il s’installe mais refusent ensuite de le suivre pour qu’il puisse faire face à ses dettes, s’interroge le réalisateur. On se demande aussi pourquoi l’État n’intervient pas une bonne fois pour toutes afin d’imposer une fourchette de prix de vente du lait. Allons-nous encore longtemps laisser les industriels acheter le litre de lait entre 20 et 30 centimes aux producteurs pour qu’il soit vendu entre 1 € et 1,30 € dans le commerce ? »


Retrouvez la bande annonce du film

Agathe Villemagne et Lucie Debuire

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