La vocation de l’association Initiatives Paysannes est de « développer et promouvoir l’agriculture paysanne ». Les dimensions agronomiques et environnementales sont essentielles. Les questions sociales également et c’est dans ce cadre que des actions sont menées en faveur des femmes, dont on sait que dans le milieu agricole encore plus qu’ailleurs elles doivent se battre (lire aussi page 17). Pour faciliter l’installation de paysannes et améliorer les conditions de vie de celles qui le sont déjà, Initiatives paysannes multiplie les actions.
Il s’agit de moments où les femmes peuvent partager leurs expériences. « Nous organisons des temps d’échanges mixtes également. Suite à l’un de ces moments autour de la gestion du temps, certains sujets comme la charge mentale n’avaient pas pu être évoqués et les femmes présentes nous ont dit leur envie de les évoquer en non-mixité, chose a été faite pour la première fois début février », relaie Cathie Queinnec, accompagnatrice agriculture paysanne chez Initiatives paysannes et référente de la thématique des femmes en agriculture.
Partage du vécu et des frustrations, conseils sont distillés pendant et après les temps d’échanges, via des groupes WhatsApp qui permettent à ces femmes de faire communauté. « Des rencontres qui permettent à ces femmes dans un milieu d’hommes, y compris dans les réseaux paysans, de partager des sujets liés à la vie privée, au sentiment d’illégitimité ou de manque de reconnaissance en tant que cheffes d’entreprises », liste l’animatrice. Ces rencontres se déroulent dans l’Amiénois, l’Avesnois et en Flandre et de nouvelles dates sont déjà programmées pour cet été.
Trois journées pour s’initier aux travaux d’électricité sur une ferme : c’était au programme début décembre dans l’Avesnois, où une formation en non-mixité était proposée par Initiatives paysannes, en collaboration avec l’Atelier paysan. « Les garçons ont plus souvent des bases en bricolage que les filles n’ont pas reçues. L’objectif de ces formations est de réussir à se repérer, d’identifier ce qui peut être fait par elles, en sécurité, et ce qui doit être fait par un professionnel. Cela permet aux paysannes de prendre confiance et conscience, et de gagner en autonomie », déroule Cathie Queinnec. Utiliser une tronçonneuse en sécurité, et sans le regard jugeant de ceux qui savent, peut aussi faire partie des outils d’émancipation des femmes en agriculture.
Projet porté par le réseau Civam, avec plusieurs partenaires (Fadear, Fnab, Accueil paysan, Solidarités paysans, Reneta, Mouvement inter-régional des Amap, service de remplacement, réseau Trame), « le programme Dégenrons l’installation en agriculture vise à favoriser l’installation agricole des femmes, encore trop minoritaires, en prenant en compte les questions de genre, en analysant spécifiquement les freins rencontrés par les femmes et en identifiant les leviers permettant leur installation et la pérennisation de leurs activités », récapitule Cathie Queinnec.
Pour ça plusieurs actions : réalisation d’études sur les inégalités de genre en agriculture, actions de sensibilisation dans les organismes nationaux de vocation agricole et rural, auprès des futurs installées et des acteurs de l’installation agricole (par des modules de sensibilisation des élus, de l’enseignement agricole…), expérimentation des parcours d’accompagnement pour favoriser l’installation agricole des femmes (espace test pour des porteuses de projet chez des agricultrices, accompagnement et formation des agricultrices à prendre des responsabilités dans les instances professionnelles, associatives, syndicales…)
Dernière expérimentation en date dans les Hauts-de-France : le marrainage. L’idée est de créer des binômes paysanne installée / porteuse de projet. Lancée le 6 mars, l’initiative compte déjà quelques candidates et en accueillera volontiers de nouvelles. Elle doit aussi permettre de faciliter la réalisation de stage par les porteuses de projet. « L’objectif à terme est d’avoir un fonctionnement avec un réseau identifié de fermes dirigées par des paysannes, seules ou en association, qui puissent aider, conseiller, et accueillir des porteuses de projet en stage », se projette Cathie Queinnec.
Lire aussi : Livre. Hervé Leroy, l’homme qui aimait raconter les femmes – Terres et Territoires
Justine Demade Pellorce

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