⏱
| Par Maxime Schilt
Lors des visites d’exploitations qui ont ponctué l’été de Marie-Sophie Lesne, la vice-présidente de la Région en charge de l’agriculture avait martelé qu’elles déboucheraient sur des mesures d’accompagnement. C’est désormais chose faite. La Région Hauts-de-France a adopté lundi 5 octobre trois mesures d’urgence en faveur des agriculteurs. Objectif : apporter une réponse immédiate aux difficultés de trésorerie, accélérer l’adaptation des bâtiments d’élevage et aider à restaurer les prairies mises à mal par les conditions climatiques.
« Je parle bien de mesures et pas de plan », avait insisté Marie-Sophie Lesne quelques jours avant le vote. Pour l’élue, ces dispositifs ponctuels ne remplacent pas les actions de fond déjà engagées en matière d’adaptation au changement climatique.
Lire aussi | La Région veut accélérer l’adaptation des élevages aux fortes chaleurs
La première mesure vise directement les trésoreries des exploitations. La Région prendra en charge 50 % des frais financiers liés au report du remboursement d’un emprunt en cours et à la contraction de crédits court terme pour rembourser les précédents. Le dispositif avait déjà été mobilisé lors de la crise laitière. « Nous la réouvrons dix ans après, fort d’avoir répondu à l’époque à un vrai besoin et d’avoir été efficace », explique Marie-Sophie Lesne.
L’aide est plafonnée à 5 000 euros par exploitation. Ce plafond est porté à 7 000 euros pour les agriculteurs installés depuis moins de cinq ans. Le dispositif est ouvert jusqu’au 30 avril 2027. Pour en bénéficier, les exploitants devront se rapprocher de leur agence bancaire. Les banques assureront ensuite la remontée des dossiers auprès de la Région. Elle salue l’effort du secteur bancaire qui, de son côté, bonifie le taux de crédit à 2,5 % pour les agriculteurs.
Deuxième axe : les bâtiments d’élevage. Après les épisodes de chaleur de l’été, la Région veut accélérer les investissements permettant de mieux protéger les animaux. « On a été frappé par les pertes de production et surtout la mortalité dans les exploitations cet été », indiquait la vice-présidente.
Le dispositif concerne notamment la ventilation, la brumisation ou encore l’isolation des bâtiments. Il cible les investissements compris entre 5 000 et 30 000 euros, avec une prise en charge de 25 % de la dépense. Le taux passe à 30 % pour les agriculteurs installés depuis moins de cinq ans. Le plafond fixé correspond au seuil à partir duquel, selon Marie-Sophie Lesne, « le Préal, les fonds européens, prend leur compétence ». La Région entend ainsi soutenir « les plus petits agriculteurs ou les agriculteurs de taille moyenne qui n’ont pas les moyens de consentir un tel investissement ».
Les demandes devront être déposées sur la plateforme de la Région à retrouver via guide-aides.hautsdefrance.fr. Les éleveurs sont toutefois invités à se rapprocher de la chambre d’agriculture avant de choisir leurs équipements. « Il ne faut pas courir toutes voiles dehors sur un équipement qui ne serait pas complètement adapté », prévient Marie-Sophie Lesne. La Région entend s’appuyer sur le service de conseil existant, qui travaille déjà sur l’adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs.
Enfin, la Région réactive son aide au semis et au ressemis des prairies, déjà utilisée après la sécheresse de 2022. L’enjeu est de permettre aux éleveurs de retrouver plus rapidement un potentiel de production d’herbe et de reconstituer leurs stocks fourragers dès la prochaine campagne. Une attention particulière est portée à la luzerne. La prise en charge annoncée atteint 50 % pour l’achat de ses semences, contre 30 % pour le ressemis. « Quand l’herbe ne pousse plus, la luzerne pousse encore », résume l’élue, qui met en avant son intérêt pour l’autonomie alimentaire des élevages. Les demandes passeront, là encore, par la plateforme régionale.
Lire aussi | Comment protéger son exploitation face aux aléas ?
Au total, jusqu’à 2 millions d’euros pourront être mobilisés pour ces trois mesures. Un million d’euros est déjà fléché dans le budget 2026. Les dispositifs doivent s’arrêter au 30 avril 2027. « Les agriculteurs doivent s’en saisir rapidement », prévient Marie-Sophie Lesne.
Le gouvernement veut retirer 100 millions d’euros par an aux Régions à compter de 2027. La mesure figure dans le projet de loi de finances et concerne une dotation versée depuis 2023 pour accompagner les collectivités dans le cofinancement des aides agricoles à l’investissement et à l’installation.
Le gouvernement veut retirer 100 millions d’euros par an aux Régions à compter de 2027. L’annonce intervient alors même que plusieurs Régions renforcent leurs dispositifs face aux conséquences de la sécheresse et des canicules qui ont mis à mal la profession cet été.
Depuis la nouvelle programmation de la PAC, les Régions ont récupéré la gestion complète des aides non surfaciques du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural). L’État leur avait alors transféré 100 millions d’euros annuels ainsi que des moyens humains. Selon Agra Presse, les conseils régionaux gèrent aujourd’hui 700 millions d’euros d’aides Feader par an, auxquels ils ajoutent entre 400 et 500 millions d’euros de cofinancements. Régions de France dénonce un « choix incompréhensible » qui risque de « pénaliser directement la profession agricole ».
Dans les Hauts-de-France, la coupe représenterait 3,7 millions d’euros en 2027, selon Marie-Sophie Lesne. « Cette annonce nous paraît incompréhensible à l’issue d’un été qui a été catastrophique pour les agriculteurs », réagit-elle et au moment où les questions de renouvellement des générations et d’adaptation climatique sont mises en avant. Elle estime que cette décision va « à rebours des ambitions affichées » en matière d’installation et d’adaptation aux conditions climatiques, placées en ligne rouge par l’État.
La collectivité rappelle qu’elle mobilise déjà d’importants moyens aux côtés des crédits européens. Sur la programmation 2023-2027, Marie-Sophie Lesne chiffre à 144 millions d’euros les crédits européens mobilisés, auxquels s’ajoutent 65 millions d’euros de crédits régionaux. « Sans les crédits régionaux, il n’y aurait pas la possibilité de lever les fonds qui permettent l’investissement productif », insiste-t-elle.
« C’est un très mauvais signal », insiste Marie-Sophie Lesne. La Région dit chercher à convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision et étudie également sa légalité, estimant que la compensation devait courir sur l’ensemble de la programmation. Elle prévient déjà qu’elle ne pourra pas « compenser spontanément ce manque de dotation ».
Les Régions comptent désormais sur les débats parlementaires pour faire supprimer la mesure du projet de loi de finances. Si elle était maintenue, la baisse toucherait l’ensemble des territoires, avec des montants très variables selon les Régions. Selon Agra Presse, elle irait de 594 000 euros pour la Guyane à 17,09 millions d’euros pour l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Maxime Schilt

Actualité
Agriculture, Économie, Vie professionnelle

Actualité

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !
par Hélène Grafeuille
Ecoutez leur histoire !
