
37 % des salariées agricoles, et 25 % des cheffes d’exploitations. La journée internationale de la Femme rurale, le 15 octobre, est l’occasion de le rappeler : en agriculture, les femmes sont loin d’être une portion congrue. Depuis le Sud Ouest, le chercheur Valéry Rasplus a choisi de leur donner la place qu’elles méritent. Il est l’auteur de plusieurs études au niveau national sur la question du genre dans les mondes agricoles et sur la place et les pratiques des femmes agricultrices en France.
Pour son étude « Comment être une agricultrice en 2020 ? », publiée au mois d’août dernier, il est parti d’un constat : « J’ai remarqué que les questions liées aux conditions des femmes en agriculture sont bien étudiées et documentées en Afrique, en Asie, ou en Amérique du Sud, mais qu’elles étaient relativement délaissées depuis plusieurs années en France où la communauté des sociologues travaillant sur le sujet reste assez restreinte. Or ce monde féminin en agriculture est à la fois très riche et très dynamique. »

Sur son site, agrigenre, le sociologue décortique la place des agricultrices, véritables « couteaux suisse » de l’ombre dans les exploitations. Mais pas reconnues pour autant. À la question : « Pensez-vous que les questions liées au partage des tâches domestiques, à la pénibilité au travail, aux inégalités de salaire… qui touchent les agricultrices sont suffisamment prises en compte par l’ensemble des syndicats agricoles ? », les résultats étaient sans appel. Négatif pour 85,8 % des votants sur Twitter, négatif pour 75,7 % des votants issus du monde agricole. De là à penser que la question d’une meilleure répartition du travail domestique intéresse peu un syndicalisme essentiellement masculin… Il n’y a qu’un pas.
«Les agricultrices modernes sont globalement moins isolées que leurs aînées. Elles tendent à trouver des stratégies d’actions communes pour s’entraider professionnellement et se soutenir moralement.»
Valéry Rasplus, sociologue
Et pourtant. Pierre angulaire du monde agricole, l’agricultrice version 2020 en est un vecteur de lien social fondamental du monde rural. « L’environnement agricole change du côté des mentalités, même si l’on trouve encore des stéréotypes sexistes, résume Valéry Rasplus. Les agricultrices modernes sont globalement moins isolées que leurs aînées. Elles tendent à trouver des stratégies d’actions communes pour s’entraider professionnellement et se soutenir moralement. Comment penser une éventuelle transition agroécologique sans prendre en compte la part féminine du milieu agricole ? Où cette dernière joue une part non négligeable dans les transformations à la fois des pratiques mais aussi en termes de projets de transition ? »
Lucie De Gusseme

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