Interrogés à l’aube de l’été 2023, sept Français sur dix disent ressentir le changement climatique dans leur quotidien. Ils se sentent avant tout impuissants et anxieux, se demandant même s’ils vivent au bon endroit.
Quelle est « l’humeur écologique » des Français ? C’est à cette question qu’a voulu répondre la Fondation pour la nature et l’Homme, en sondant un échantillon représentatif de 3 000 personnes, du 16 au 24 mai.
Parmi les sondés, 71 % disent ressentir les effets du changement climatique dans leur quotidien. Les Hauts-de-France sont légèrement en deçà de la moyenne nationale, avec 69 %, mais bien au-dessus des Normands (52 %), par exemple. La première nuisance qu’ils souhaitent fuir est la pollution, quitte à envisager de déménager. 42 % des habitants de la région, de fait, ont déjà pensé à partir à cause du dérèglement climatique.
« C’est surprenant, on aurait pu s’attendre à ce que les Hauts-de-France soient davantage une région de destination que de migration, analyse François Gemenne, président du conseil scientifique de la Fondation. Mais il peut s’agir d’un déménagement de la ville vers la campagne : Lille est une ville assez minérale, le risque d’îlots de chaleur est élevé et ses habitants en ont certainement conscience. »
77 % des Français disent avoir modifié leurs habitudes de vie ces dernières années afin de préserver la biodiversité et le climat, pour autant « l’humeur écologique » des Français est loin d’être au beau fixe : les sentiments qui dominent sont l’impuissance, ressentie par 35 % des Français, l’anxiété (30 %) et la colère (15 %). Surtout, les habitants Hauts-de-France sont seulement 54 % à considérer que leur région se soucie réellement de ces enjeux. « Il faut travailler à l’échelle des territoires, qui sont des catalyseurs d’énergie. Instaurer des politiques locales, décentralisées permettrait d’œuvrer à des choses concrètes et de résoudre la crise de la démocratie représentative, qui est délétère pour la lutte contre le climat », insiste François Gemenne.
Et parmi les acteurs qui donnent le plus envie d’agir aux Français ? Les scientifiques (37 %), les associations environnementales (31 %), et les acteurs de terrain, dont les agriculteurs et les éleveurs. « Ces derniers sont au centre des problématiques écologiques et possèdent des leviers d’action au niveau de la gestion de l’eau, de l’alimentation, du stockage de carbone dans les sols… », conclut le politologue.
« Face à l’éco-anxiété, se mettre en action est salutaire »
Myriam Dahman
Alors que le changement climatique inspire impuissance et anxiété à la majorité des Français, pourquoi, à travers votre bande dessinée, prenez-vous le parti de l’optimisme ? Car il n’y a rien de pire que d’être englué dans une angoisse paralysante. Nous essayons, avec ma coautrice Charlotte-Fleur Cristofari et notre illustratrice Maurèen Poignonec, de cultiver un optimiste réaliste, qui ne dit pas que tout va bien et ne nie pas le constat scientifique, mais qui cherche à ouvrir l’éventail des actions possibles.
Quelles sont-elles, ces actions possibles ? Nous nous adressons à un public d’adolescents, qui s’apprête à faire des choix de vie. On souhaite leur montrer que nous ne sommes pas que des consommateurs, qu’il y a d’autres leviers d’action possibles : à eux de choisir pour qui voter, quelles informations diffuser, quelles études choisir, dans quelles carrières se lancer, dans quelles banques épargner, à quoi dédier leur énergie, leur force, leur temps.
Parmi cette jeunesse, avez-vous rencontré des cas d’éco-anxiété ? Je n’ai pas été confrontée à des angoisses maladives, mais, grâce à l’interview de la pédopsychiatre Laelia Benoit, j’ai compris que l’éco-anxiété venait souvent d’un décalage entre le sentiment de vivre quelque chose de très grave et l’absence de réponse de la société et du cercle familial. J’ai ressenti beaucoup d’angoisse chez les jeunes qui étaient très seuls. Se mettre en action est aussi salutaire dans ce sens où l’on s’entoure de gens qui partagent la même envie d’agir, le même intérêt pour la planète.