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12-03-2026

À Arras, quand le logement social passe au bois

Le secteur du bâtiment génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre français. Et, si la réponse était en partie l’utilisation du bois ? Direction Arras.

À Arras, il n’aura fallu que six mois pour mettre sur pied cet immeuble très économe en énergie. © D. P.

Le béton et la brique ont toujours fait partie du paysage sur nos terres du Nord. Pourtant en coulisses, certains œuvrent à la démocratisation de l’utilisation de matériaux biosourcés, dont le bois pour la construction. Mais alors, pour quel résultat ? Exemple très concret à Arras où le bailleur social Pas-de-Calais Habitat vient d’achever la construction d’une résidence de 42 logements.

Ces derniers ont été intégralement conçus à partir d’une structure bois. Sur place, les finitions sont encore en cours, mais les habitants ont déjà emménagé. De l’extérieur, le matériau ne saute pas réellement aux yeux. « Sur la façade principale, on ne voit pas le bois car la couverture est métallique. En revanche, à l’arrière, le revêtement bois est bien visible », explique le président de Pas-de-Calais Habitat, Jean-Louis Cottigny. Le projet remplace un ancien ensemble de maisons, typiques des cités minières, qui appartenaient déjà au bailleur.

Une construction pensée différemment

La résidence propose différents types de logements, du T2 au T6. Pour le président de Pas-de-Calais Habitat, il s’agit d’une première. « C’est notre premier projet de ce type. L’idée est venue en regardant ce que nous savons faire dans la région. Nous avons un héritage industriel fort, avec des logiques de production à la chaîne comme dans l’automobile. Pourquoi ne pas imaginer des maisons fabriquées à la chaîne ? »

La façade est recouverte d’un bardage métallique. © D. P.

Le projet s’appuie sur un système de construction hors site développé par l’entreprise Technologies habitat, basée dans le Jura, une région riche de forêts, avec du bois qui proviendrait principalement de filières régionales ou françaises. Les éléments du bâtiment sont fabriqués en usine puis assemblés sur place une fois le terrain préparé. Un peu façon Lego. « Là où il faut de 14 à 18 mois pour un chantier classique, on est ici sur six mois à peine », se réjouit-il.

Comme bien souvent lors de constructions de logements sociaux, des fonds publics sont injectés. Le programme de la résidence Madeleine Didier (en hommage à une résistante arrageoise) représente un investissement de presque neuf millions d’euros. Plusieurs acteurs ont participé au financement. L’État avec 133 000 euros, la communauté urbaine d’Arras avec 83 000 euros ou encore le Département avec 893 000 euros.

Financièrement, les locataires sont gagnants. « On est sur un DPE A. Les locataires ne paieront quasiment rien en chauffage », assure Jean-Louis Cottigny.

« Pas plus compliqué de travailler avec du bois »

Pour le cabinet Moon architecture, qui a participé à la conception du projet, cette approche correspond à une évolution logique du secteur. « Nous travaillons depuis longtemps avec des matériaux biosourcés », explique son fondateur, Guillaume Hannoun. L’architecte évoque une méthode de construction différente. « Les architectes sont habitués à construire en béton. Avec le bois, il faut adapter les façons de faire. Ce n’est pas plus compliqué, mais il faut respecter les règles propres de chaque matériau. »

Ce sont plusieurs modules comme celui-ci qui sont ensuite assemblés sur les chantiers. ©Semaphore Studio-TH

L’utilisation présente aussi un intérêt environnemental. Contrairement au béton, il permet de stocker du CO2. Un argument de poids dans le contexte actuel de transition écologique. Depuis l’entrée en vigueur de différentes réglementations sur la construction, les pouvoirs publics encouragent davantage le recours à ces matériaux.

Une tendance amenée à se développer ?

Dans les Hauts-de-France, plusieurs acteurs accompagnent cette transition, notamment l’association CD2E, qui soutient les projets d’éco-construction. Une dynamique qui « s’inscrit dans le passé industriel de la région », analyse Guillaume Hannoun – qui considère que les Hauts-de-France sont plutôt en avance en la matière.

Pour autant, le bois ne remplacera pas forcément tous les matériaux traditionnels. « À l’avenir, il y aura probablement une alliance des matériaux pour répondre autant aux contraintes réglementaires (comme le feu, ndlr) qu’aux enjeux écologiques », estime le fondateur du cabinet Moon.

À Arras, cette résidence constitue donc une phase « de tests » grandeur nature. Une expérience que le bailleur social espère bien développer dans ses futurs programmes, comme à Frévent où un programme similaire est en cours. L’entreprise TH, avec laquelle le bailleur travaille, vient d’ouvrir une antenne à Saint-Quentin. Preuve que la filière bois commence lentement mais très sûrement à se tailler une place sur le marché de la construction dans la région. 

Dylan Pique

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Hauts-de-France Pas-de-Calais

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