Lors de la journée technique organisée par le Comité technique pommes de terre du Nord-Pas de Calais le 19 décembre, Guillaume Lidon, directeur général de l‘Union nationale des producteurs de pommes de terre, a dressé le bilan provisoire de la campagne 2024 et tracé les perspectives des marchés pour 2025.
« Si on prend le contexte au champ, le manque de plants était sur toutes les lèvres. Finalement, il n’y a pas eu de problème. Cela dit, quatre maladies de quarantaine ont été détectées sur le sol français, liées à l’utilisation de plants hollandais. Pour rappel, la mise en quarantaine peut aller jusqu’à une jachère noire de 15 ans sur la parcelle », explique Guillaume Lidon. «
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L’importante pluviométrie, quant à elle, a, à la fois, été une bonne et une mauvaise chose. Elle a rendu les « arrachages difficiles » et a entraîné « des plantations tardives », mais, elle a aussi permis « un développement plutôt optimal du tubercule ».
Certains lots ont toutefois été récoltés très dégradés, entraînant un refroidissement compliqué. Le mildiou a aussi profité de la situation météo.
Cela étant dit, avec 7,3 % de surface en plus au niveau national (soit environ 10 000 hectares de plus), la pomme de terre n’a jamais eu autant le vent en poupe, notamment auprès d’agriculteurs qui n’en faisaient pas, au détriment d’autres cultures de printemps, betteraves et céréales en premier lieu.
Au total, la France devrait atteindre le record de 8 millions de pommes de terre de consommation produites. « Le rendement est dans la moyenne décennale avec, tous débouchés confondus, une moyenne à 45 t/ha. Ce qui n’est pas exceptionnel mais correct. »
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Si on met ces résultats en perspectives avec les autres pays producteurs en Europe, soit les pays de la zone NEPG (groupe des producteurs de pomme de terre du nord-ouest européen), c’est la France qui connaît la plus forte progression en tonnage du rendement avec une tonne et demie en plus. Dans la zone NEPG, l’augmentation des surfaces est de 8,6 % par rapport à la moyenne quinquennale.
Côté commerce, pour le moment, la saison 2024-2025 ressemble fort aux saisons 2022-2023 et 2023-2024, c’est-à-dire une campagne qui a démarré doucement mais qui est très dynamique. « Le commerce est surtout tiré par l’export plus que par le marché intérieur », tempère Guillaume Lidon. Il en veut pour preuve les + 17 % d’export en août et en septembre.
« En 2023-2024, le marché du libre avait atteint des sommets, mais sur des volumes très restreints. Pour cette saison, on démarre sur des cotations plus élevées mais à ce stade (au 19 décembre, ndlr), ça semble moins dynamique. » Pour l’UNPT, le marché contractualisé est solide et le marché du libre va se raffermir plus tard.
« Par ailleurs, étant donné la perte de calibres cette année, les industriels sont prêts à payer plus cher pour certains calibres ! »
Pour 2025, selon une étude du Ceresco (cabinet de conseil en agroalimentaire et agriculture), de l’UNPT et du GIPT (Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre), la consommation de pommes de terre devrait évoluer de 17 % d’ici 2030 avec un taux annuel effectif global (TAEG) de 6 % par an, le tout à l’échelle mondiale.
« Ce qui est a noté, c’est que dans les pays de l’OCDE, ce TAEG ne serait que de 1,1 % et qu’en ce qui concerne la consommation de pommes de terre transformées (frites principalement, ndlr), la hausse de la consommation serait de 71 % d’ici 2030 ! »
En ce qui concerne la France, la production pourrait évoluer de + 30 % d’ici à 2030, portée par une hausse des surfaces de 38 %. Mais attention, l’UNPT reste prudente, « tous ces équilibres peuvent varier selon les évolutions géopolitiques ! »
Autre point de vigilance, l’augmentation de la production avant même que les débouchés ne soient créés. « Ce que les producteurs doivent comprendre, c’est qu’ils ne peuvent pas devancer la demande. »
En 2021, l’UNPT relevait une capacité industrielle en France de 1,25 million de tonnes. Ce potentiel, avec l’installation de multiples usines, pourrait passer à 3 millions à l’horizon 2027-2028, « 2030 si on est plus raisonnable », le tout porté par une potentielle augmentation des surfaces de 40 000 à 45 000 hectares.
Or, l’UNPT s’inquiète pour 2025 puisque déjà 10 000 ha ont été plantés cette année. « Ce qu’on craint, c’est que la même chose se produise cette année. Mais les usines ne sont pas construites ! Il faut donc être vigilant. » L’UNPT ne se risque cependant pas à donner un calendrier ou à conseiller une période aux producteurs… Et compte sur la possible ouverture d’une usine Ecofrost à Péronne (80) pour absorber le surplus de production.
Quant aux coûts de productions, ces derniers, tous débouchés confondus, devraient progresser d’environ 3 % en 2025 par rapport à 2024, atteignant la barre des 8 000 euros l’hectare. « Environ 50 % des charges se répartissent entre les plants et la mécanisation, ce qu’on ne constate dans aucune autre filière. » Autrement dit, « des baisses de prix de vente ne seraient absolument pas justifiées cette année. »
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Enfin, sur l’accord avec le Mercosur, l’UNPT le reconnaît, « il est question de supprimer les droits de douane sur l’export de produits transformés, donc pour la filière c’est une bonne chose. En revanche, personne ne fait que de la pomme de terre et pour l’agriculture française dans son ensemble, cet accord n’est pas une bonne nouvelle. L’UNPT reste solidaire des syndicats. »
Églantine Puel
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