
« Nous avons voulu répondre à plusieurs objectifs : encourager la production d’énergie mais aussi protéger le foncier, et pérenniser l’activité agricole, d’autant plus que l’enjeu de souveraineté alimentaire est aujourd’hui réaffirmé ».
Telle est la manière dont Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a résumé l’esprit de la charte qu’elle a cosigné, le 19 janvier, avec le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), Sébastien Windsor, et le PDG d’EDF Renouvelables, Bruno Bensasson.
Les deux organisations professionnelles agricoles et l’entreprise publique entendent répondre en partie aux enjeux posés par le changement climatique, notamment à travers la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Elle prévoit de porter les capacités de l’énergie solaire photovoltaïque de 10 gigawatts (GW) aujourd’hui à environ 40 GW à l’horizon 2028-2030. « Mais pas n’importe comment. Développement oui, mais encadré », a dit en substance Christiane Lambert. Elle entend, comme Sébastien Windsor, « préserver le foncier afin d’assurer notre souveraineté alimentaire ».
Rien qu’en Seine-Maritime, ce sont environ 1 250 hectares qui disparaissent chaque année au bénéfice de l’artificialisation des terres. « À ce rythme, il ne restera plus un hectare de terre agricole disponible dans 250 ans », a précisé le président de l’APCA.
À ce jour, ce sont les friches industrielles, les délaissés d’autoroute, les anciennes décharges et les bâtiments industriels qui sont privilégiés pour développer le photovoltaïque au sol.
Les toits des bâtiments agricoles sont aussi concernés et les agriculteurs peuvent y voir l’occasion d’amortir tout ou partie de cette construction. D’autant que « demain, on aura sans doute l’obligation de doter nos toits de panneaux solaires », a ajouté Sébastien Windsor.
Reste que les opérateurs (Total, EDF, Areva…) lorgnent sur les terres agricoles dont le potentiel est important : 30 millions d’hectares. Il suffit « simplement » d’un hectare pour produire un mégawatt (MW), soit 1 000 ha pour 1 GW. Il faudrait donc environ 15 000 ha pour atteindre l’objectif de 40 GW à l’horizon 2028-2030 car à ce jour, 7,5 GW de projets sont en file d’attente, selon le Syndicat des énergies renouvelables.
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Le secteur agricole représente pour le moment 13 % de la production solaire photovoltaïque, a précisé Bruno Bensasson. Cette charte, fruit d’une négociation de plus de deux ans, entend aussi lutter contre les effets d’aubaine. Elle veut notamment empêcher que des agriculteurs ne viennent à convertir l’ensemble de leurs terres en fermes photovoltaïques.
« On veut éviter les effets d’opportunité chez quelques-uns », a affirmé le président de l’APCA. Reste que le photovoltaïque peut constituer un complément de revenu, pouvant aller jusqu’à 3 000 €/ha/an, a-t-il précisé. Tout dépend en effet du type d’installation.
Enfin, « nous souhaitons que l’agrivoltaïsme tel que nous l’entendons, mette fin aux conflits d’usage en rendant compatible le travail agricole et la production d’électricité durable », a conclu Christiane Lambert.
Christophe Soulard

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