Sandrine Delory a fait des études de commerce avec une conviction : sans résultat économique, on ne peut rien faire. Mais l’argent est loin d’être une finalité pour elle, « les résultats financiers sont nécessaires mais non suffisants. Ils doivent permettre d’apporter de la résilience aux entreprises qui sont confrontées à un millefeuille de crises et se doivent de relever de multiples défis. » Et cela passe, selon elle, par la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et l’innovation.
Une conviction qu’elle n’a cessé d’appliquer durant toute sa carrière professionnelle. Après avoir passé huit ans dans l’industrie pharmaceutique, Sandrine Delory intègre la Prospérité fermière, dont le siège social se situe à Saint-Pol-sur-Ternoise (62). Créée il y a plus de 75 ans, cette coopérative rassemble 500 salariés et 1 000 éleveurs.
Une entreprise qu’elle dirigera pendant 10 ans et pour laquelle elle conduira de nombreux projets. Elle contribuera, notamment, au développement d’un laboratoire au sein de l’Institut Charles Viollette de l’université de Lille. En 2023, la coopérative est certifiée B Corp, une labellisation exigeante, à la renommée internationale, qui valorise les pratiques sociales, sociétales et environnementales des entreprises.
La Prospérité fermière fut également la première, en France, à obtenir l’homologation d’un Label rouge en lait de consommation. Sans oublier les nombreux investissements réalisés afin de concilier performance environnementale et économique. « On me disait souvent que c’était mon quatrième bébé, et c’est vrai, sourit cette mère de trois enfants. Cela n’a pas été facile tous les jours, nous avons traversé des choses difficiles mais j’étais galvanisée. »
Ce n’est donc pas sans un (gros) pincement au cœur qu’elle a quitté l’entreprise l’année dernière. Elle décide alors de se consacrer pleinement à ce qui l’anime et devient vice-présidente du réseau Alliances (réseau d’acteurs économiques engagés pour impulser une économie plus responsable, ndlr), dont elle avait déjà intégré le conseil d’administration en 2021, avec un objectif en tête : se consacrer aux sujets à impact ESG (environnement, social et gouvernance).
« Je souhaitais mettre mes compétences aux services d’organisations qui partagent les mêmes valeurs que moi et qui souhaitent bouger sur un de ces trois piliers », souligne la nouvelle vice-présidente du réseau Alliances. Elle lance en 2024 le cycle (re)Générer, un collectif pour décarboner l’agriculture et l’industrie agroalimentaire des Hauts-de-France qui fédère une grande diversité d’acteurs.
« Il faut passer de la responsabilité sociétale des entreprises à la responsabilité territoriale. L’objectif est de le faire collectivement. Dans la région, il y a des entreprises qui sont déjà très avancées sur ces sujets et d’autres qui ont l’envie mais ne savent pas comment s’y prendre. L’idée est d’être dans la coopération. »
Sandrine Delory est aussi animée par d’autres combats comme celui de la place des femmes. Celle qui a été l’une des rares femmes à la tête d’une entreprise intermédiaire – 12 % des PME ou ETI sont dirigées par une femme en France, selon le réseau Alliances – veut faire changer les choses. « Les femmes sont hyper compétentes mais nous devons déconstruire toutes les inhibitions liées à 1 000 ans d’histoire. »
Encore une fois pas question pour la vice-présidente de mettre en compétition les femmes avec les hommes mais plutôt de mettre en avant la diversité : « Elle est nécessaire, nous avons besoin d’hommes, de femmes, de personnes d’origines et de cultures différentes. Parce qu’un modèle unique, c’est triste à mourir ! » Pour y parvenir, Sandrine Delory est convaincue qu’il faut passer par l’instauration de quotas, « sans cela, les choses mettent trop de temps à bouger… » Et elle donne aussi de sa personne, « je suis le mentor d’une jeune éleveuse laitière, je veux qu’elle se sente légitime dans ce monde. Lui montrer que tout est possible. Et puis à 56 ans, je suis aussi à l’heure de la transmission ».
Un joli parcours – qui n’est pas terminé – distingué il y a quelques semaines. Sandrine Delory s’est vue remettre, au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, la médaille de vermeil de l’Académie d’agriculture de France. Cette médaille honore des personnalités dont le travail a marqué durablement le monde de la recherche et de la culture scientifique. Une distinction qui l’a « beaucoup émue » : « Cela est d’autant plus une fierté que cette médaille est attribuée par mes pairs. Elle honore une aventure humaine et coopérative à laquelle j’ai consacré toute mon énergie. »
Hélène Graffeuille

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