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Houbline : des fleurs séchées, un peu, beaucoup, à la folie, localement

10-07-2020

Actualité

Bien dans ses bottes

Sophie Cardinael, 27 printemps cet été, a fait germer son entreprise, Houbline, en plein cœur des monts des Flandres (59). Elle commercialise des fleurs séchées, les plus locales et durables. Sa façon de rompre avec le côté éphémère des bouquets de fleurs fraîches.

L’atelier d’Houbline. © DR

Sophie Cardinael a la bougeotte. Elle a appris le commerce par monts et par vaux, de l’Afrique du Sud à Grenoble en passant par la Chine et les États-Unis. C’est pourtant à Bailleul, sur les monts des Flandres, qu’elle a enfin posé ses mallettes. « Je suis folle de ce côté vallonné, il y a une âme et un vrai terroir plutôt drôle ici ! » Installée dans le petit estaminet encore dans son jus de la maison familiale, elle rassemble de vieux flacons et accumule monnaie-du-pape, herbes de pampa et roses sauvages.

Liane des Flandres

De la fenêtre de son grenier, où sèchent, tête à l’envers, de gros bouquets, on verra bientôt fleurir les houblonnières du coin. Le moment que Sophie Cardinael préfère : « Le grenier se remplit de lianes, j’en accroche partout au plafond. Je fais en sorte de bien les densifier pour faire de belles guirlandes fournies ! » Une tradition, bien du coin, portée par ses grands-parents, qu’elle a choisie de remettre au goût du jour depuis qu’elle est « Houbline », vendeuse de bouquets de fleurs séchées. « Je dépoussière les vieux bouquets de nos grands-mères en ajoutant des couleurs, des vases rigolos », sourit la jeune fille sous ses cheveux blonds comme les brins de blés qu’elle ajoute à ses compositions.

Du frigo au vase

Après quatre ans chez Decathlon, cette fana de sport a lâché, fin 2019, son poste à Paris pour pousser les portes d’Euratechnologies avec une petite graine déjà bien germée en tête. « J’ai dû pitcher une minute pour présenter mon projet. J’ai posé le constat qu’on était de plus en plus exigeant sur la qualité et l’origine de notre alimentation. En revanche, pour les fleurs, on accepte d’acheter des bouquets, très traités, qui arrivent en avion du Kenya, de Colombie, du Pérou, qui voyagent ensuite en camion frigorifique… Et tout ça pour qu’ils soient beaux quatre jours ! Mon idée était donc de proposer des bouquets de fleurs séchées qui durent. »

Accueillie au sein de l’incubateur, section Agtech, Houbline, un peu ralentie malgré tout par le confinement, peaufine son projet. « J’ai été très bien guidée. J’ai retenu que je devais me fixer des règles. C’est vrai qu’on a envie de démarrer au taquet, mais si on ne s’impose pas des valeurs environnementales et vertueuses tout de suite, on ne le fera plus après. » Son axe de différenciation sur un marché tendance : le local et le durable. « On trouve des fleurs séchées partout dans les petites boutiques, mais là c’est pareil, attention à l’origine ! J’ai donc beaucoup travaillé sur le sourcing. » 

Graines et pompons

À commencer par les petits pompons verts de houblon qui font son identité… et craquer les parisiens. « La petite brasserie, c’est devenu très tendance ! » Les lianes viennent de la Ferme Beck, juste à côté, et d’Hazebrouck (Édouard Roussez). Le reste des fleurs viennent de producteurs français ou belges, déjà séchées. « Je fais partie du collectif « la fleur française », un réseau de producteurs de fleurs responsables. Mais le secteur des fleurs séchées est encore hyper restreint »…

La jeune femme a donc décidé de s’associer à Emmanuelle Delmotte, de la Petite graine à Laventies (62), productrice de fleurs coupées. « Elle ne traite pas et elle est tout proche. Je m’engage à lui acheter ses fleurs, et moi j’ai un super produit. Elle me propose même de tester des variétés pour voir comment elles résistent au séchage. » Quant à certaines fleurs… la jeune femme a mandaté sa grand-mère pour les faire pousser dans son potager !

Flacons chinés

Si le confinement a permis à Sophie Cardinael de lancer son site internet (Houbline.fr), il aura aussi freiné le marché qu’elle envisageait : « Au départ, je visais surtout l’hôtellerie et la restauration. Mais acheter des bouquets ne sera pas leur priorité. » Alors, en attendant qu’ils reprennent des couleurs, l’entrepreneuse développe d’autres canaux.

Et ça fonctionne plutôt bien : « Je propose aux particuliers des bouquets vendus dans des vases sur ma boutique en ligne. » Des compositions uniques puisque chaque contenant est chiné sur les brocantes, dans les vieux estaminets et pharmacies du coin. « C’est une façon de garder le côté durable. Rien ne sert d’avoir des fleurs de qualité pour les mettre dans un vase neuf produit en série ! »

Contre toute attente, c’est le secteur de l’entreprise qui se montre très réceptif : « Les sociétés me trouvent sur Instagram. Je propose de fleurir les bureaux, c’est élégant et sans entretien ! Je peux faire des décors pour certains événements ou proposer des ateliers en entreprise, ça plaît beaucoup. »

D’ici septembre, si l’été se poursuit ainsi, Sophie Cardinael espère pouvoir tirer un salaire de son activité. En attendant, elle partira en Bretagne, chez une fleuriste, pour se former à l’art du bouquet. Histoire de fleurir, un peu plus, son inspiration.

Agathe Villemagne

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