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25-09-2025

Angélique Delahaye, présidente de Solaal France : « C’est dans l’ADN des agriculteurs de donner »

Elle a épousé l’agriculture en même temps que son mari : Angélique Delahaye préside l’association Solaal depuis sa création en 2013.

Angélique Delahaye Solaal © Solaal

« Le tournant a été cette crise du concombre tueur. » Angélique Delahaye ne parle pas d’un film Z. Elle explique quand – 2011 – et comment est née l’idée de Solaal. Solaal, pour solidarité agricole et agroalimentaire, cette association de mise en relation d’agriculteurs et de bénéficiaires pour faciliter les dons. Et il faudra un mariage puis deux enterrements, pour faire de la Tourangelle la présidente de l’association nationale.

Angélique Delahaye n’avait pourtant pas parié sur l’agriculture. Issue de la vallée du Cher, en Touraine, la fille d’industriel passe un Bac scientifique et vise une carrière dans le médical. Problème : « La vue du sang n’était pas mon truc ». C’est à cette même période qu’elle rencontre son futur mari, « au mariage de (s) a cousine » précisément. « Et j’ai fini femme de maraîcher », synthétise celle qui pense qu’épouser l’un c’est forcément épouser l’autre, « surtout pour les gens de (s) a génération ».

Mais elle poursuit sa vie à l’extérieur de la ferme. « J’ai fait des études de langues étrangères appliquées (LEA) : toujours pas de rapport avec la choucroute », lance-t-elle. « Je suis ensuite entrée dans cette boîte américaine qui faisait des semi-conducteurs, et j’y ai tout fait, de l’approvisionnement au service client », résume Angélique Delahaye qui dit avoir appris là « ce qu’était une entreprise ». Puis son beau-père décède brutalement, elle intègre alors l’entreprise familiale.

« Pauvres concombres »

Nous sommes en 1989. « Nous faisions du maraîchage de plein champs et sous serres ainsi que des endives. Tous types de production de légumes, 365 jours par an avec 43 équivalents temps plein avec une majorité de permanents. » Très vite, elle s’intéresse à la production, « la compta, très peu pour moi », prévient la sexagénaire. « Ce qui m’intéresse, c’est le vivant, comment à partir d’une graine on peut nourrir des gens. » Et ce qui lui plaît plus que tout, c’est l’innovation, la technologie au service de la production et elle se penche en particulier sur l’endiverie, à la culture sous serres, aux ordinateurs climatiques et autres outils pour piloter la production. Elle gère aussi les ressources humaines, « mais toujours pas la compta », appuie-t-elle.

2011, c’est la crise Escherichia coli : on accuse « les pauvres concombres » de contaminer les gens. Nous sommes fin mai/ début juin, il y a des morts en Allemagne. L’Europe brandit son principe de précaution et recommande d’arrêter de manger des crudités. « Et tous les jours les maraîchers cueillaient leurs concombres, et tous les soirs ils les mettaient à la benne, ça ne pouvait pas se reproduire. C’est dans l’ADN des agriculteurs de donner ce qu’ils ont en trop, ils cultivent pour nourrir. » La présidente se souvient être allée tous les week-ends sur les boulevards de Tours distribuer des concombres, « mais on en a jeté des tonnes et des tonnes ».

L’antigaspi des agris

C’est alors qu’elle commence à s’intéresser au gaspillage alimentaire en production. « C’est dans ce cadre que je rencontre Guillaume Garot, alors secrétaire d’État à l’alimentation (il est aujourd’hui député socialiste de la Mayenne, ndlr). Il se saisit du sujet et nous travaillons pas mal ensemble même si nous ne sommes pas toujours d’accord. » Et naît la loi Garrot sur le gaspillage alimentaire. Pour elle, les rayons antigaspis dans les supermarchés ou la création de start-up – aujourd’hui des multinationales, à l’image de Too good to go – qui monétisent l’antigaspi, menacent le don alimentaire.

Nous sommes en 2012 et Jean-Michel Lemétayer quitte ses fonctions à la tête de la FNSEA. « Ça fait un moment qu’il réfléchit à un outil antigaspi pour les agriculteurs. À cette période je quitte mes fonctions à la Fédération des légumes et nous créons Solaal ensemble. » Les statuts sont déposés en mai 2013, Angélique Delahaye est trésorière. « Et le 20 juillet, Jean-Michel s’en va brutalement. » Quelqu’un doit reprendre la présidence pour que le projet survive à son éphémère président, elle s’y colle.

Présidente depuis octobre 2013, elle entame son ultime mandat avant de passer la main, en 2028, avec encore deux missions sur sa feuille de route : d’abord, créer des antennes Solaal outre-mer (toutes les régions métropolitaines ont une antenne, Corse exceptée, soit douze au total dont celle des Hauts-de-France est la plus développée, ndlr), où le modèle devra s’adapter à d’autres pratiques (cueillette, échanges), et en Europe, « les collègues belges sont notamment très intéressés », fait savoir Angélique Delahaye. Ensuite, « faire reconnaître notre association comme toutes les associations d’aide alimentaire ». Solaal, faisant de l’intermédiation – elle ne possède pas de marchandise en propre – elle ne peut pour l’heure pas prétendre à l’habilitation.

« Les premiers indicateurs »

Au fil des ans, la présidente a pu observer « les effets directs de la conjoncture sur les dons », composés à 95 % des fruits et légumes, le reste en œufs, lait… Crises, guerres, canicules modifient la nature et le volume des dons – « nous sommes les premiers indicateurs d’un mal-être dans une filière » -, même s’il « y a toujours de nouveaux donateurs », salue la présidente.

Angélique Delahaye, qui a été maire de 2014 à 2020 et députée européenne de 2014 à 2019, passera la main à la présidence de Solaal mais elle continuera « à œuvrer pour l’agriculture française », sans savoir encore sous quelle forme. Sa place auprès de David Lisnard, président de l’association des Maires de France, maire de Cannes et vice-président du parti LR (lire notre édition du 21 mars 2025, ndlr) en est une des expressions. Mais on imagine sans difficultés qu’il y en aura d’autres pour celle qui savoure la chance « de vivre plusieurs vies ».

Justine Demade Pellorce

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