Actualité
27-12-2024

Philippe Hirou, défenseur des haies au cœur des paysages agricoles

Philippe Hirou préside l’Afac – Agroforesteries, une association nationale dédiée à la promotion des haies dans les paysages agricoles.

Philippe Hirou © AFAC

« Des bulldozers, des haies arrachées, des arbres déchiquetés. » Philippe Hirou n’a que 10 ans lorsqu’il assiste à un remembrement agricole. À l’époque, un vieil agriculteur du secteur s’oppose pourtant fermement à ce chantier visant à réorganiser les parcelles pour les rendre plus facilement exploitables. « Si vous détruisez les haies, on aura des problèmes d’inondations !« 

Ces mots résonnent encore chez Philippe Hirou, aujourd’hui président de l’association française arbres champêtres et agroforesteries (Afac – Agroforesteries). Membre fondateur de l’association dès 2007, il consacre dorénavant tout son temps et son énergie à maintenir l’arbre et la haie au cœur des territoires ruraux.

Les paysages ruraux

Né à Paris en 1961 mais fasciné par les paysages agricoles depuis l’enfance, Philippe Hirou choisit de devenir ingénieur agronome. Diplômé d’une école à Angers, il consacre son mémoire de fin d’études aux effets négatifs du remembrement. Son travail de recherche s’effectue en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, qui lui confie en 1984 le soin de réfléchir à des stratégies concrètes pour minimiser les impacts des réorganisations foncières.

« L’Arbre et la haie est un ouvrage qui a profondément influencé ma réflexion sur la question à l’époque. Son auteur, Dominique Soltner, était un pionnier. Il parlait déjà des fonctions écologiques et économiques des haies dans les années 80, il était en avance !« 

À la suite de son mémoire, Philippe Hirou intègre le ministère de l’Agriculture, qui lui confie la tâche d’organiser les sujets d’examen de l’enseignement agricole. Ce début de carrière amorce un parcours professionnel riche de nombreuses expériences.

Entre 1984 et 2000, Philippe Hirou effectue de nombreuses missions, de la gestion d’espaces naturels au sein du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne, en passant par l’éducation à l’environnement au Centre permanent d’initiatives pour l’environnement d’Alsace, ou encore la création du bureau d’études Lisières à Limoges, spécialisé dans les espaces ruraux. En 2007, il intègre l’organisme de certification Écocert où il travaille sur la gestion différenciée des espaces verts. Passionné par l’histoire des paysages ruraux, il crée en 2018 l’association Histoires de paysages, un projet qui croise géographie et histoire.

Lire aussi : Quelles solutions pour développer les haies en Hauts-de-France ?

Défendre les haies

Il faudra attendre 2021 pour que Philippe Hirou prenne la présidence de l’Afac – Agroforesteries. L’association, reconnue d’utilité publique, rassemble aujourd’hui un réseau de plus de 400 organismes et plaide pour replacer l’arbre et la haie au cœur des pratiques agricoles et des politiques nationales. « C’est simple, avant la création de l’Afac, il n’y avait pas de politique en faveur de la haie en France. Le Pacte en faveur de la haie, présenté en 2023 par le gouvernement, est le fruit de notre travail d’influence« , se félicite Philippe Hirou. « Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que planter des haies ne suffit pas !« 

Chaque année, 4 000 kilomètres de haies sont replantés mais 23 500 kilomètres disparaissent dans le même temps en France. « Il faut donc impérativement changer les pratiques de gestion des haies, car leur entretien est souvent négligé, alerte le président de l’Afac. La gestion durable des haies est selon nous un facteur clé de succès. Des pratiques ancestrales, comme le recépage (taille des haies à ras du sol, ndlr) continuent d’être pratiquées aujourd’hui, et elles démontrent leur efficacité pour maintenir les haies en bonne santé ».

Développer une « économie de la haie »

Philippe Hirou en est convaincu : faire accepter la haie aux agriculteurs passe nécessairement par sa valorisation économique. « Cela devrait être une priorité. Car aujourd’hui, la haie est souvent perçue comme une contrainte. Elle occupe de l’espace et nécessite de l’entretien. Si la haie devient rentable, elle sera mieux acceptée.« 

Parmi les pistes les plus prometteuses pour créer une véritable « économie de la haie » : la production de plaquettes de bois pour alimenter des réseaux de chauffage collectif. « C’est une solution qui a largement fait ses preuves localement, notamment dans Nord et le Pas-de-Calais, où des collectifs comme Boulonn’haies ou AAAT Thiérache ont démontré que les haies peuvent devenir un véritable atout économique pour les agriculteurs.« 

Mais pour que ces projets se généralisent, des moyens financiers conséquents sont nécessaires. Or, le budget du Pacte en faveur de la haie, initialement fixé à 110 millions d’euros, pourrait chuter à 30 millions dès 2025, une baisse drastique de 72 % (lire notre édition du 25 octobre 2024). « C’est une menace pour tout le travail accompli par les acteurs de la haie en France« , alerte Philippe Hirou, qui préfère quand même voir le verre à moitié plein : « Même si on n’a que 30 millions on continuera à essayer de faire de la haie une priorité nationale.« 

Julien Caron

Partager l'article

Hauts-de-France

Dans la même rubrique

Martin Gosse de Gorre devant les nouveaux locaux de la coopérative. © D. P.

Actualité

Qui est Martin Gosse de Gorre, nouveau président de la coopérative linière Opalin ?

Lire la suite...
Alain Leclercq président crédit agricole Nord de France © C. D.

Actualité

Qui est le nouveau président du Crédit Agricole Nord de France ?

Lire la suite...

Actualité

Damien Carême : « Une autre Europe peut être extrêmement intéressante »

Lire la suite...
Qui est Stéphane Sirot ? Chercheur en histoire sociale ! ©JDP

Actualité

Qui est Stéphane Sirot ? Chercheur en histoire sociale !

Lire la suite...
Alice Milhamont

Actualité

Qui est Alice Milhamont, la nouvelle responsable RSE d’Advitam ?

Lire la suite...

Actualité

Vincent Vibert-Roulet, directeur adjoint des MFR Hauts-de-France : « Être en apprentissage c’est être acteur de sa formation »

Lire la suite...

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !

par Hélène Grafeuille

Ecoutez leur histoire !