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14-08-2026

Les écosystèmes aquatiques mis à mal par la sécheresse

Avec des cours d’eau au plus bas et des températures élevées, la sécheresse ne menace pas seulement la ressource en eau dans la région. Elle fragilise aussi directement les poissons et l’ensemble des écosystèmes aquatiques.

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La baisse du débit de l’eau, comme ici dans le fleuve de l’Aa, entraîne des risques pour la faune et la flore aquatique. © Francis Fortier

La situation hydrologique continue de se dégrader dans le Nord et le Pas-de-Calais. Pour preuve : les éléments présentés au comité de ressources en eau (CRE) de la préfecture du Pas-de-Calais, auxquels a assisté Francis Fortier, vice-président de la Fédération du Pas-de-Calais pour la pêche et la protection du milieu aquatique. Juillet 2026 affiche un déficit pluviométrique de 97 %, avec seulement 3,4 mm de pluie enregistrés dans le département (lire aussi notre édition précédente). Plusieurs secteurs ont déjà atteint des niveaux de restrictions élevés, tandis que le bassin de l’Yser passerait en niveau de crise (lire aussi en page 3).

Lire aussi | Chaleur, déficit de pluie… : Juillet pulvérise tous les records

Mais derrière les restrictions d’usage se joue aussi une autre bataille. Celle de la survie des milieux aquatiques. « Les deux facteurs qui impactent la vie, c’est peu d’eau et la température », résume Émilie Ledein, directrice régionale adjointe de l’Office français de la biodiversité (OFB) dans les Hauts-de-France.

Des cours d’eau au plus bas

L’OFB suit chaque été l’état des cours d’eau à travers le réseau Onde qui permet de mesurer leur écoulement. Dans les Hauts-de-France, 150 cours d’eau sont suivis chaque mois pendant la période estivale. Lors de la dernière campagne, réalisée fin juillet, 40 stations étaient en assec (situation où il n’y a plus du tout d’eau visible), soit près d’un tiers du réseau. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 21 cours d’eau étaient en assecs ou présentaient un écoulement non visible, dont 12 dans le Pas-de-Calais (lire aussi notre précédente édition). « C’est la pire situation jamais observée depuis que le réseau Onde a été mis en place en 2012 », constate Émilie Ledein.

La faiblesse des débits réduit mécaniquement les volumes d’eau disponibles pour la faune. Dans certains cours d’eau, le débit minimum nécessaire au maintien de la vie aquatique devient difficile à assurer. « Si les débits ne sont pas suffisants, la biomasse et l’écosystème souffrent », alerte Francis Fortier.

La situation est particulièrement préoccupante dans les petits cours d’eau et les têtes de bassin, où les assecs peuvent rapidement fragmenter les habitats. Les pêcheurs sont d’ailleurs appelés à rester particulièrement vigilants. « On va surveiller les assecs, les petits ruisseaux et les cours d’eau qui sont asséchés », explique Francis Fortier. La présence des pêcheurs sur le terrain permet également de signaler des mortalités de poissons, des pollutions ou d’autres anomalies.

Quand l’eau chauffe, l’oxygène diminue

À la baisse des niveaux s’ajoute la chaleur. Une combinaison particulièrement défavorable aux poissons et aux autres organismes aquatiques. Dans les étangs et les plans d’eau, où l’eau circule peu, les températures peuvent grimper rapidement. L’OFB indique ainsi que des températures de 30°C ont été observées dans certains étangs en juillet.

Cette eau chaude contient moins d’oxygène, alors même que les poissons et autres organismes en ont besoin pour vivre. Les secteurs peu profonds ou à faible débit sont donc particulièrement vulnérables. « Ces facteurs entraînent des taux d’oxygène qui baissent, donc il peut y avoir des mortalités », explique Emilie Ledein. Le vice-président de la fédération de pêche du Pas-de-Calais précise qu’à partir des 16 °C dans l’eau, les poissons arrêtent de se nourrir et sont en état de stress. Aux environs des 20 °C la température peut être létale.

Des cas de mortalité ont déjà été observés dans plusieurs étangs et cours d’eau à faible débit. À Mortagne-du-Nord, des poissons se sont retrouvés piégés dans une masse d’eau devenue trop chaude et pauvre en oxygène, rappelle Francis Fortier. Le phénomène n’était pas lié à une pollution, les poissons avaient cherché une zone plus fraîche avant de se retrouver piégés lorsque les conditions se sont dégradées.

La chaleur favorise également le développement rapide de certaines plantes et algues, notamment les lentilles d’eau. Un phénomène qui peut à son tour perturber l’équilibre du milieu et contribuer à la diminution de l’oxygène disponible. Une prolifération de lentilles d’eau a par ailleurs été observée à Mortagne-du-Nord.

Moins d’eau, plus de concentration des polluants

Enfin, la baisse des débits rend les éventuelles pollutions plus problématiques. « Quand on a peu d’eau, toute pollution devient grave », souligne l’OFB. Un rejet anormal provenant d’une station d’épuration ou d’une installation industrielle est alors beaucoup moins dilué. L’OFB a notamment constaté des mortalités liées à ce type de situation dans l’Aisne.

L’enjeu dépasse largement la seule pratique de la pêche.

Pour la fédération de pêche, l’enjeu dépasse largement la seule pratique de la pêche. « Dans des cas extrêmes comme ça, on priorise la défense des milieux aquatiques pour avoir une pêche qui perdure dans le temps et soit tenable », résume Francis Fortier. La fédération a ainsi sensibilisé les pêcheurs à adapter leurs pratiques. L’amorçage est notamment déconseillé dans les secteurs les plus fragiles, car il peut contribuer à dégrader davantage la qualité de l’eau et à réduire son oxygénation.

La situation pourrait encore se tendre dans les prochaines semaines. Le déficit accumulé des derniers mois pèse sur les nappes comme sur les cours d’eau, tandis que les prévisions présentées au CRE ne laissent pas entrevoir d’amélioration sur les usages. Francis Fortier rappelle que la préservation de cette ressource tient de la responsabilité collective, « On alerte pour ne pas s’acheminer vers une guerre de l’eau. L’eau est un bien commun et doit être répartie équitablement pour tous. »

Lire aussi | Malgré un printemps prometteur, les apiculteurs subissent la chaleur

Jade Bruyère

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