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| Par Hélène Graffeuille

Une pelleteuse de 42 tonnes a pris place au milieu des étangs du Romelaëre (62), à quelques pas de la Grange nature de Clairmarais. Depuis 2025, Eden 62 mène un vaste chantier de restauration écologique au sein de la réserve naturelle nationale. Un projet qui s’inscrit dans un plan de gestion 2022-2026 du syndicat mixte, chargé de protéger et d’aménager les espaces naturels sensibles du Pas-de-Calais dont il a la gestion, mais aussi de sensibiliser le public à leur préservation.
L’objectif de ces travaux d’envergure :« Recréer des conditions propices à des habitats humides devenus particulièrement vulnérables face à l’évolution du climat, mais aussi favoriser le retour d’une faune remarquable », explique Eden 62.

Ici – comme ailleurs – la question de l’eau est devenue centrale : « En plus de l’atterrissement naturel (amas de sédiments déposé par les eaux, ndlr), nous subissons une pression sur le niveau des eaux. Dans le marais, nous avons perdu une dizaine de centimètres et même un mètre dans les casiers hydrauliques dans lesquels sont installées les roselières », pointe Bruno Cossement, chargé de mission marais audomarois à Eden 62.
Ces roselières, qui constituent des habitats essentiels pour de nombreuses espèces, ont besoin de conditions hydrologiques favorables pour se maintenir. Or, la baisse du niveau d’eau menace directement leur développement et, plus largement, l’équilibre de ces milieux.« Notre mission première est de protéger la biodiversité. Si nous ne faisons rien, il y aura de moins en moins d’eau et cette zone humide risque de disparaître », alerte Emmanuelle Leveugle, présidente d’Eden 62.
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Or, les zones humides jouent un rôle essentiel dans notre écosystème. Elles contribuent notamment à la régulation de l’eau, à l’atténuation des effets du changement climatique ou encore à la préservation de la biodiversité. Leur maintien représente un enjeu environnemental majeur, particulièrement dans le contexte de sécheresses et d’évolution du climat que nous connaissons.
En restaurant ce milieu, Eden 62 espère aussi voir revenir certaines espèces qui se font de plus en plus rares dans les Hauts-de-France. « Plusieurs espèces associées aux roselières sont en danger critique dans les Hauts-de-France, c’est notamment le cas du butor étoilé. Il est encore observé chez nous tous les ans, mais seulement de passage. Cela fait plusieurs années qu’on ne l’a plus vu nicher ici », regrette Bruno Cossement.
Les travaux engagés au milieu des étangs du Romelaëre doivent justement permettre de recréer des conditions plus favorables à la reproduction de ces espèces. Un objectif qui s’inscrit dans le temps long, car la restauration d’un habitat naturel ne produit pas nécessairement des effets immédiats.
Les premiers résultats sont toutefois encourageants. Les surfaces mises à nu par les travaux réalisés en 2025 ont permis à plusieurs espèces de petits échassiers de s’installer temporairement. L’échasse blanche a notamment niché pour la première fois au Romelaëre. Une première qui illustre l’intérêt de ces travaux et donne de l’espoir aux équipes d’Eden 62. « Cela montre que les travaux peuvent rapidement bénéficier à certaines espèces », souligne le syndicat.
Pour restaurer ces habitats, Eden 62 a recours à une technique appelée l’étrépage. « Au total, 12 000 à 13 000 m³ de matériaux vont être extraits sur plus de cinq hectares grâce à l’étrépage. Cette technique consiste à retirer 20 à 40 cm de terre afin de retrouver des niveaux d’eau plus favorables au développement des roselières », explique Bruno Cossement.
La première phase de travaux a été réalisée en 2025, avant une reprise au cours de l’été 2026. Le chantier s’étale sur plusieurs années, notamment en raison des contraintes liées à la présence de la faune. Les interventions ne peuvent en effet être menées que sur une période relativement courte, entre la fin du mois d’août et la fin novembre, afin de limiter le dérangement des espèces présentes sur le site. Les matériaux extraits vont être réutilisés pour « renforcer la digue de l’un des casiers hydrauliques et permettre de construire une berge en pente douce qui accueillera également une roselière », détaille Bruno Cossement.
Cette nouvelle berge s’étendra sur environ 300 mètres de long, pour une largeur comprise entre 10 et 25 mètres selon les endroits. Sa particularité : une pente progressive permettant de créer une transition entre les milieux aquatique et terrestre. « La pente douce contente ainsi différentes espèces qui vont pouvoir trouver la bonne profondeur ou encore la bonne température pour la reproduction, par exemple », poursuit le chargé de mission.

Pour construire cette berge, une pelleteuse de 42 tonnes a pris place dans l’étang afin de positionner quelque 550 pieux de châtaignier, un bois résistant à l’eau et non traité. Ces pieux, d’une longueur de six mètres, sont enfoncés à plus de 3,5 mètres dans le sol tourbeux. D’ici quelques jours, cette deuxième phase de travaux doit se terminer, avant une reprise l’année prochaine pour y amener la terre.
Au total, le coût des travaux s’élève à un million d’euros. Le financement est assuré à 70 % par l’Europe et à 30 % par Eden 62. Un investissement conséquent mais nécessaire face aux évolutions constatées dans le marais audomarois.
Hélène Graffeuille

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