
« Vivement une route de la bière ! », sont-ils nombreux à rêver à voix haute quand on parle tourisme brassicole dans les Hauts-de-France. Évidemment ! Sauf que non seulement cette route existe déjà dans la région, mais qu’il en existe même plusieurs. La route des accords bières-fromages entre Cambrésis, Avesnois et Hainaut mise en avant par l’office de tourisme des Hauts-de-France (notre carte ci dessous) ; mais aussi le label Héritage bière à l’échelle de la métropole européenne de Lille ; la route touristique « au fil de la bière dans le Pas-de-Calais » ou encore des itinéraires dédiés dans l’Oise ou la Somme : les routes de la bière existent bel et bien dans notre région. Mais restent trop peu connues, y compris auprès des acteurs de la filière à en croire la surprise de ces derniers lors des rencontres nationales du houblon qui se sont tenues à Lille les 3 et 4 février.

La spécialiste de la bière Élisabeth Pierre y a livré ses conseils pour un développement du tourisme brassicole. « La bière est une boisson agricole et mon truc à moi, c’est de valoriser les territoires, annonce d’entrée de jeu la biérologue qui poursuit : Il y a aussi une dimension historique, mémorielle dans tout ça. Et la dynamique du renouveau de la brasserie en France peut nourrir une forme de tourisme. » C’est d’autant plus vrai dans le Nord-Pas de Calais où les houblonnières étaient foison il y a quelques décennies encore et où, par proximité avec les voisins belges, on a brassé de la bière depuis longtemps aussi. « La bière est un marqueur de territoire mondialement connu », formule-t-elle.
Par imitation des routes du vin, des routes de la bière ont émergé un peu partout en France ces dernières années : en Alsace évidemment, qui est l’autre terreau de la bière, où une carte, coproduction des brasseurs alsaciens, est récemment née mais pas encore bien mise en œuvre, juge la spécialiste. Idem en Lorraine.
Et notre région n’est pas en reste. Sur le site de l’office de tourisme des Hauts-de-France, on tombe notamment sur la Route régionale des brasseurs, qui part du Valenciennois, rejoint la côte via la métropole lilloise et boucle par Arras en passant par Amiens. Le site Voyages en terres de brasseurs propose, lui, sa Route du houblon. Toute une promesse, d’autant que les Flandres accueilleront, c’est important, la Cité de la bière à l’horizon 2028 : ce lieu implanté à Bailleul (nous y reviendrons) où convergera, c’est le projet, le tourisme brassicole. Et d’où il se déploiera aussi, sinon c’est raté, sur l’ensemble du territoire régional.
« On ne peut pas faire plus idéal que les Hauts-de-France pour développer des routes de la bière, dit Élisabeth Pierre. En raison du maillage de brasseries de tous âges, toutes tailles, mais aussi des nombreux lieux associés à l’image des estaminets, ou encore des mets qui se marient à la perfection avec la bière, comme les fromages dont la région est riche », explique celle qui prévient : rien de tel qu’un morceau de maroilles avec un verre de bière triple.
Pour l’experte, dans culture brassicole il y a culture. La gastronomie des terroirs en fait partie et il est essentiel de l’associer dans la démarche pense-t-elle. D’autres associations culturelles peuvent exister comme pour la route de la bière Lorraine qui, outre des brasseries et pas moins de quatre musées dédiés au breuvage, inclue le patrimoine architectural de la région, à savoir l’Art nouveau.
Côté stratégie toujours, Élisabeth Pierre milite pour « une professionnalisation des brasseries » et « un accompagnement dans l’accueil du public ». Le syndicat des brasseurs des Hauts-de-France gère notamment un dispositif financier en ce sens, informe-t-elle. Certaines maisons ont profité de travaux et investissements de taille pour intégrer la dimension touristique. On pense notamment à la brasserie Castelain, à Bénifontaine, et à son Spot : musée 2.0 dédié à l’histoire de la brasserie en particulier, et à la culture brassicole en général (notre édition du 30 août 2024).
Dans le même esprit, Élisabeth Pierre ne tarit pas d’éloges sur La Choulette expérience, à Hordain. Il y a aussi des marathons de la bière (la 3e édition du marathon Bière Flandre festival se déroulera les 26 et 27 septembre) ou encore des randos bière : nous vous avions notamment présenté le guide Randos bière en Hauts-de-France écrit par Damien Courcoux et paru chez Helvetiq en avril 2023.
Lire aussi : Une petite rando bière en Hauts-de-France ?
Sans oublier les événements nationaux auxquels il peut être pertinent de se greffer, comme la Moisson des brasseurs en juin : des dizaines de brasseries à travers la France qui ouvrent leurs portes au public. En somme, les ingrédients du succès du tourisme brassicole sont nombreux dans la région, reste à trouver la bonne recette.
Fondée en 2013, l’Échappée Bière est aujourd’hui la première agence spécialisée dans le tourisme brassicole en France et en Belgique. Son leitmotiv : « Mettre en avant le savoir-faire des brasseries et de toute la filière brassicole» à travers activités, dégustations, rencontres, visites, séjours… « Nous poussons les portes entrouvertes et braquons les projecteurs sur des producteurs, des bières et des savoir-faire qui sont autant de trésors à découvrir», communique l’agence qui multiplie les portes d’entrées. Jeux de piste et autres rallyes bière dans une douzaine de villes françaises, ateliers de biérologie, nuit de la bière, circuits guidés, croisières ou randos vélo, box expériences (jeux urbains, activités ou l’initiative Adopte un houblon que nous vous avions présentée dans l’édition du 13janvier 2023) mais encore organisation de séjours et voyages brassicoles: l’Échappée bière exploite tous les filons de la culture bière. De quoi apprendre et soutenir artisanat et producteurs locaux en s’amusant. Et inversement.
Justine Demade Pellorce

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