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| Par Jade Bruyère

L’aménagement de nouvelles zones industrielles entraîne la disparition de terres agricoles. Si cette perte ne peut être évitée, la loi prévoit des mesures destinées à compenser ses effets sur l’économie agricole. À Dunkerque, les partenaires ont choisi une compensation collective. Plutôt que d’indemniser uniquement les exploitants directement concernés, un fonds financera des projets profitant à l’ensemble de l’agriculture du territoire.
Sur un territoire dunkerquois en pleine transformation industrielle, l’agriculture locale représente près de la moitié des surfaces de l’agglomération. « Le monde agricole n’est pas opposé au développement économique. On a juste une prérogative : qu’il ne se fasse pas au détriment de son activité […]. L’ambition, c’est de ne pas perdre d’agriculteurs, de ne pas perdre de valeur, et d’assurer le renouvellement des filières », a commencé par dire Simon Ammeux, président de la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais, lors de la signature.
S’appuyant sur le principe de « Éviter, Réduire, Compenser », les acteurs locaux ont dû adapter la démarche aux réalités géographiques et économiques. Si, comme le rappelle Simon Ammeux, « éviter le bord de mer pour un développement portuaire est compliqué », l’enjeu réside dans l’optimisation foncière et la compensation collective.
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Pour Maurice Georges, président du directoire de Dunkerque-Port, cet accord s’inscrit dans une continuité historique. « L’histoire du port s’est faite sur l’acquisition de terres historiquement agricoles. Aujourd’hui, les investissements que nous faisons ne sont pas seulement de l’aménagement logistique ou industriel, c’est aussi de la coopération avec le monde agricole pour l’adaptation au changement climatique et la maîtrise de la biodiversité. »
La convention de compensation collective agricole volontaire liée à l’aménagement de la Zone de Grandes Industries 3 (ZGI3) est un dispositif rare. Il s’agit de la première convention de ce type dans le Nord, et de la deuxième dans les Hauts-de-France (après le canal Seine-Nord Europe). La démarche illustre alors très bien la volonté de concilier des usages parfois opposés.
Le préfet du Nord Bertrand Gaume souligne la singularité du projet. « C’est une démarche rare parce que peu de territoires se saisissent de cette possibilité législative. Elle témoigne de la conciliation de politiques publiques qui, à première vue, pourraient apparaître opposées. Il peut y avoir des contradictions, mais l’important est de savoir se parler pour concilier les usages dans le respect du monde agricole. »
De son côté, le maire de Dunkerque et président de la CUD, Patrice Vergriete, a tenu à rendre hommage à Sébastien Boquillon, figure agricole locale disparue l’année dernière, tout en rappelant le rôle clé des exploitants dans la transition énergétique. « L’agriculture est probablement le secteur le plus impacté par les questions de transition écologique. Les agriculteurs sont au cœur de la bataille. Il faut les accompagner dans cette transformation radicale des modèles économiques, notamment en faisant le lien avec la restauration collective. »
Financé par Dunkerque-Port et géré par la Caisse des Dépôts et Consignation, un fonds d’un million d’euros sera créé dans le but de soutenir des initiatives structurantes pour l’agriculture dunkerquoise.
Qui est concerné ? Le dispositif ne concernera pas uniquement les exploitants dont les terres sont directement impactées par l’aménagement de la ZGI3. Comme l’a expliqué Simon Ammeux, la compensation collective vise plus largement l’économie agricole du territoire. Un agriculteur pourra ainsi bénéficier du dispositif s’il participe à une filière ou à un projet collectif affecté par le développement industriel, même sans perdre de parcelle.
Quel calendrier ? Dès septembre 2026, un appel à projets ouvert aux structures collectives (CUMA, coopératives…) sera lancé. Puis, à la fin de l’automne, le comité de sélection va se réunir pour valider les dossiers retenus.
La Chambre d’agriculture sera présente aux côtés des agriculteurs et des collectivités pour les aider à monter leurs projets et répondre au cahier des charges.
Les projets doivent être des projets collectifs améliorant la valeur ajoutée, l’adaptation au changement climatique, en lien avec le Projet Alimentaire Territorial (PAT) de la CUD.
D’autres signatures sont certainement à prévoir dans les années à venir, notamment au sujet de la zone ZIA.
Jade Bruyère

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