
Pour synthétiser, un beffroi est une construction verticale qui permet de suspendre une cloche communale, cet ancêtre des carillons et autres horloges qui a permis rien de moins que l’émancipation des communes par rapport aux seigneurs (donjons) et à l’église (clochers). Sonner le temps civil, celui des marchands et non plus celui des messes, est la raison d’être des beffrois, symboles de pouvoir et de richesse. « Une architecture fonctionnelle et de propagande », résume Cédric Ludwikowski qu’on retrouvera à l’occasion des Journées du patrimoine.
104 mètres : c’est le plus haut beffroi civil existant. L’archétype du beffroi comme symbole de la commune. Nous sommes au lendemain de la Première Guerre mondiale et les finances sont au plus bas mais Roger Salengro, alors maire de la capitale des Flandres, veut un beffroi qui dise la puissance de la ville. Inauguré en 1932, il est construit en béton armé, technique révolutionnaire alors.
Deux beffrois à Dunkerque dont celui de l’église Saint-Eloi qui illustre un cas de figure plus prégnant en Belgique : c’est l’ancien clocher religieux qui accueille un temps les cloches civiles, une forme de compromis vis-à-vis d’un pouvoir religieux très puissant. On s’émancipe, mais en douceur. Une forme de pragmatisme qu’on retrouve également à Cambrai, dans la région.
Ici, la cohabitation cloches civiles / église (Saint-Géry) dure un temps (trois siècles). Au XVe siècle l’envie et la nécessité de signifier la richesse et la puissance de la ville s’incarnent dans l’édification d’un beffroi qui sera inauguré en 1555. 90 ans pour un chantier qui avançait en fonction des finances : en regard, l’hôtel de ville accolé sera construit en sept ans (1501-1508).
Dans un territoire qui a largement subi les conflits mondiaux, « le beffroi de Douai est peut-être l’un des plus authentiques » ayant échappé à la majorité des destructions de guerre ou à la Révolution. Il possède « un splendide carillon, le plus beau de la région », prévient notre guide qui rappelle qu’à Douai, le carillon a été présent sans interruption depuis 1391. Il sonne sa ritournelle (à chaque ville la sienne) chaque quart d’heure, qui permettait d’annoncer l’heure à venir dans des villes médiévales très bruyantes.
Il est l’unique représentation du beffroi de halle en France, la Belgique en compte davantage à l’image de celui d’Ypres. Ancêtre de l’hôtel de ville, la halle marchande a un rôle très important au Moyen Âge. La reconstruction tardive du beffroi de Bergues (1958-1961) reprend en grande partie la physionomie de l’ancien édifice, à quelques décorations près, comme pour « gommer » les ravages de la Seconde guerre mondiale sur l’édifice.
Il est LE beffroi qui incarne le mieux la « permanence de l’existence des beffrois », l’un des critères reconnus pour le classement Unesco avec l’aspect sériel (tous différents avec des points communs). Le beffroi actuel, achevé en 1932, n’est pas moins que la cinquième édition reconstruite au même endroit suite aux destructions successives. La tour repose sur une salle gothique du XIIIe siècle et est surmontée d’une magnifique girouette – seuls les lieux de pouvoir pouvaient en posséder -, représentant la sirène mélusine, figure protectrice des Bailleullois.
Probablement celui qui ressemble le plus à un donjon féodal : un choix à la fois architectural et qui rappelle l’histoire du château des comtes de Boulogne, qui vendirent leur donjon datant du XIIe à la ville. S’il a connu des ajouts architecturaux jusqu’au XVIIIe siècle, son allure demeure : une tour extrêmement massive (le strict contraire des beffrois très décoratifs de Douai ou d’Arras).
Il s’agit d’un beffroi isolé, pas le plus courant aujourd’hui (il a longtemps été accolé à une halle marchande disparue depuis). On y retrouve beaucoup de marqueurs d’usage : le logement du guetteur, le carillon visible. « Entre la puissance de la pierre et l’élégance féodale de la charpente, il possède un équilibre qui lui est propre », observe notre guide.
Pour l’élégance de son architecture (lire ci-contre) et la portée très symbolique : marquer une nouvelle centralité entre les villes unies de Saint-Pierre-lès-Calais et Calais.
Au XVIIIe siècle, le beffroi achevé en 1355 menace de s’effondrer, mais la mode n’est plus à la construction de beffrois : un gros retour de la royauté ; un pouvoir de nouveau centralisé, peu favorable aux bourgeois. La ville obtient toutefois l’autorisation, à contre-courant, de rebâtir son beffroi dans un atypique style classique à la française, reprenant les codes antiques pour un résultat très simple et élégant.
Lire aussi : Calais : un beffroi pour les rassembler – Terres et Territoires
J. D. P.

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par Hélène Grafeuille
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