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| Par Dylan Pique

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie », disait Confucius. Cette citation, Antoine Deltour, paysagiste, la met en pratique dans sa vie. La passion « pour son boulot » se lit dans ses yeux lorsqu’il parle de son métier et de ses débuts. « J’avais l’habitude de passer mes vacances à la ferme, chez des amis de la famille », raconte l’amoureux du vivant.
C’est donc naturellement qu’au début des années 2000, il se dirige vers le BTS aménagement paysager de l’institut de Genech (59). Diplôme dans sa besace, il se lance à son compte chez ses parents à Lecelles (Valenciennois) avant d’acheter un corps de ferme à Saint-Amand-les-Eaux près des thermes (à défaut de devenir agriculteur). De cette bâtisse, il en a fait son habitation, le siège de l’entreprise nommée Jardins de la Scarpe, mais également un lieu d’exposition. « Ici se trouvait une ancienne petite pâture, maintenant c’est notre jardin test », explique le propriétaire des lieux.
Sur ces 750 m2, il expérimente dix styles paysagers différents avant de les proposer à ses clients. C’est ici, au cœur de ce laboratoire à ciel ouvert, qu’il travaille en famille avec son frère, Rémi, et leurs trois salariés, pour prouver qu’une autre gestion de l’espace vert est possible.
Aujourd’hui âgé de 44 ans, le professionnel du paysage se dit « précurseur » dans la façon de créer et de gérer les extérieurs. Puisqu’Antoine Deltour – qui est aussi vice-président PME à l’Unep Hauts-de-France (Union nationale des entreprises du paysage) – défend une approche en faveur du vivant. Il en fait son fil conducteur.
Le paysagiste n’est pas peu fier de dire qu’il n’utilise plus de produits phytosanitaires* dans le cadre de ses missions depuis 2010. Dans cette logique, lorsqu’il crée un espace extérieur, il veille à penser à l’équilibre qu’il appelle « process biodiversité ». Un tout qui passe par le choix de l’arborescence (arbre), de l’arbustive (arbuste) et de l’herbacé (petites plantes).
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L’objectif recherché ? « Ramener de la vie dans nos jardins », poursuit l’Amandinois. Il prend pour exemple : « On demande aux agriculteurs de veiller à préserver le vivant, il faut que la réflexion se fasse aussi chez les particuliers, dans leurs extérieurs. » L’enjeu est de taille. « Il y a un million de jardins privés en France, soit une superficie totale de 1,2 million d’hectares et que 58 % des Français disposent d’un jardin privé », relève la Ligue de protection des oiseaux (LPO).
Pour cela, l’homme souhaiterait la fin des carrés de pelouse taillés façon terrain de golf ou, encore, des clôtures au profit des haies. « Vous n’avez pas de vie dans une pelouse coupée à ras et les haies représentent de formidables réservoirs de faune auxiliaire. » Les végétaux d’une part, sans oublier les animaux. Ce qui passe par leur libre circulation. « Lors de la réalisation d’aménagements dans le cadre d’un marché public, on nous impose l’installation de passes à hérisson. C’est une chose qui pourrait être mise en place dans tous les jardins », défend-il.
« La biodiversité dans les jardins est quelque chose qui doit parler à tous », estime Antoine Deltour. Il prend l’exemple de l’arbre. « Celui que vous voyez ici est à la fois un abri pour la faune sauvage et en même temps un superclimatiseur. » Il n’y a plus de temps à perdre, évoque le paysagiste. « Un arbre, si on veut qu’il soit efficace pour les prochaines sécheresses, il faut qu’il soit planté aujourd’hui. »
Utiliser le vivant pour s’adapter et savoir compter sur les prochaines générations pour adapter la profession. « Je trouve que les mentalités bougent », remarque le vice-président de l’Unep qui compte un alternant dans son effectif. « Je pense que la prochaine vague d’apprentis optera pour le modèle que nous défendons. » Une tendance qui s’observe :« En 2025, 84 % des Français déclarent avoir déjà modifié leurs habitudes ou envisagent de le faire pour mieux répondre aux effets du dérèglement climatique », d’après le baromètre Ifop 2025 pour l’Unep.
Pour accompagner ce changement de mentalité, l’Unep propose des formations et un guide biodiversité à ses adhérents. « On s’aperçoit qu’il y a une vraie méconnaissance des espèces végétales chez les professionnels du secteur. » D’où l’importance pour Antoine Deltour de cultiver auprès d’un public le plus large possible la culture en faveur du vivant.
Dylan Pique

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