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Ces enfants qui savourent la vie à la ferme

22-12-2022

Actualité

Bien dans ses bottes

Certains passeront les fêtes chez des agriculteurs du réseau « Vacances d’enfants à la ferme ». Des enfants, des adolescents dans des situations familiales difficiles qui trouvent à la ferme un cadre familial, des repères rassurants, un bol d’air de la campagne.

Depuis 30 ans, Édith Dufour ouvre les portes de sa ferme aux enfants en situation difficile. © L. T.

Installées dans la salle à manger d’Édith Dufour, Mélissa* et Amélie entremêlent patiemment les élastiques. Les bracelets se devinent déjà, leurs bras en sont colorés. Chaussons aux pieds, elles sont ici chez elles.

Depuis quatre ans, dès que l’école ferme ses portes, les deux sœurs de 12 et 13 ans quittent la banlieue parisienne et passent leurs vacances scolaires au vert. Elles mettent sur pause leur quotidien en foyer et troquent la vie en collectivité contre un cocon familial.

Besoin d’amour

Cela fait plus de 30 ans qu’Édith Dufour s’est lancée dans l’aventure, avant même de devenir maman. Accueillir des enfants qui en avaient besoin était pour elle une évidence. Depuis, elle s’est formée, a rejoint le réseau « Vacances d’enfants à la ferme » et ouvre ses portes dès que celles des écoles sont closes.

« Ce sont des enfants en souffrance, ils ont tellement besoin d’amour, confie l’agricultrice. Tout ce qu’on leur propose est bénéfique. » Ces enfants bénéficient d’une mesure éducative ou sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Certains sont séparés de leur famille biologique par une décision judiciaire et accueillis en famille d’accueil ou en maison d’enfants ou encore confiés à un tiers digne de confiance. D’autres vivent au sein de leur domicile et font l’objet d’un accompagnement socio-éducatif.

Au foyer où Mélissa et Amélie résident, ils sont 18 enfants. Les deux sœurs apprécient de se retrouver juste à deux. L’été, elles posent leurs valises pour un mois. « Avec Édith, on parle beaucoup toutes les trois le soir », lance Amélie. « On s’occupe des animaux, on cuisine, on fait nos devoirs, ajoute sa grande sœur. On découvre de nouveaux endroits, de nouvelles personnes, on goûte de tout. » Civet de lièvre, sanglier, pigeon, faisan : autant de plats qu’elles n’avaient jamais testés et qu’Édith leur cuisine pour éveiller leurs papilles et leur curiosité. « Bientôt, ce sera langue de bœuf ! » Le repas est préparé ensemble et partagé en famille, parce que « c’est important, c’est constructif pour elles ».

Le succès des animaux

Au cœur du Pays des Sept Vallées, la ferme de la famille Dufour occupe l’ancienne école de Hauteville-Caumont, dans le Pas-de-Calais. Il y a peu, le couple s’est associé à un agriculteur du village et ils cultivent ensemble pommes de terre, betteraves et endives.

Lorsque des enfants séjournent chez elle, Édith Dufour leur fait découvrir le métier, la vie à la ferme, l’esprit de famille. Les animaux rencontrent un franc succès. « On n’a plus de bovins, mais on a toujours des animaux, livre l’agricultrice. On ne peut pas vivre sans. » La liste est longue. Chevaux, ânes, poney, canards et autres volailles, poussin « presque domestiqué », chèvre « élevée au biberon, qui marche en laisse et monte sur la table sur commande », cochons d’inde, lapins, une douzaine de chiens, sans oublier le poisson rouge de 12 ans : la ménagerie a de quoi séduire les enfants.

Dans les Hauts-de-France, elles sont onze agricultrices – ce sont toutes des femmes actuellement -, dont dix dans le Pas-de-Calais, à accueillir le temps d’un week-end, d’une semaine ou d’un mois de vacances, des enfants ou adolescents en difficulté. Mais la demande est telle qu’il faudrait que le groupe, accompagné par l’association « À la rencontre de nos fermes », s’agrandisse pour accueillir davantage d’enfants.

Deux fois par an, les agricultrices du réseau se rencontrent. « C’est une activité où il ne faut pas rester dans son coin », explique Valérie Louchez, conseillère en diversification à la chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais, qui pilote l’association. « On donne le maximum d’outils aux agricultrices pour offrir des accueils de qualité qui répondent aux besoins des enfants, aux attentes des partenaires et qui conviennent aux agriculteurs. »

Soixante heures de formation sont requises, ainsi que le certificat prévention et secours civiques de niveau 1 (PSC1). Rachel Soudain, psychologue clinicienne, accompagne le groupe (lire aussi l’encadré en page ci-contre) et aborde certains thèmes tels que les besoins fondamentaux, le développement de l’enfant, la maltraitance et la bientraitance, la protection de l’enfance, les différentes lois qui la régissent, les mesures d’aides, le secret professionnel, la dépression chez l’enfant, le handicap ou encore les carences affectives. Chaque année, une formation thématisée est proposée. Le thème choisi en 2022 était « savoir déceler le mal-être ».

Pour rejoindre les 11 agricultrices de la région, il faut avoir la fibre sociale et que ce soit un projet de famille.

Pour se lancer, « il faut avoir la fibre sociale et que ce soit un projet de famille, reprend Valérie Louchez. Cette activité permet d’avoir un revenu complémentaire mais ce n’est pas l’objectif premier. » Le tarif est déterminé par l’agriculteur. En moyenne, l’hôte perçoit 60 € par jour et par enfant. Il doit avoir une chambre non mixte à disposition des deux ou trois enfants accueillis simultanément. Pour les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance, le séjour est pris en charge par le conseil départemental ou le foyer. Pour les enfants à domicile, une part reste à la charge des parents.

« Leur bonheur, c’est mon bonheur »

« Certains enfants sont compliqués, reprend Édith Dufour. On doit se protéger, protéger nos enfants. Quand ça ne va pas, il faut arrêter tout de suite. » Les formations aident à prendre du recul, déceler les signaux d’alerte, poser le cadre.

Édith Dufour a choisi de n’accueillir que des filles. Mélissa, Amélie, mais aussi Emy, Léa et tant d’autres ont trouvé à Hauteville-Caumont un foyer et en l’agricultrice une référence. Emy a découvert le contact des chevaux à la ferme et a choisi de suivre une formation de palefrenière. Quant à Léa, elle lui a récemment confié qu’elle se sentait « à [sa] place ici ».

« Le but est qu’elles aient des attaches quelque part, des repères. Certains ont été délaissés par leurs parents », lâche l’agricultrice. Certaines gardent le contact, des années durant. « Si on a pu les aider un peu, c’est encore mieux, ajoute-t-elle. Leur bonheur, c’est mon bonheur. » 

* Les prénoms des enfants ont été modifiés.

Louise Tesse

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