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Les super-pouvoirs de la mousse

05-11-2021

Actualité

Hors-champ

Utiliser les surprenantes propriétés de la mousse pour revégétaliser la ville et purifier l’air intérieur : c’est le pari de Power Of Moss, start-up installée à Ronchin (59) et lauréate en septembre à Lille de l’un des deux prix de l’innovation du géant chinois Huawei.

Cachés entre la voie de chemin de fer et le McDonald’s de Ronchin, en banlieue sud de Lille, les locaux de Power Of Moss renferment un minerai non rare – assez inhabituel pour une start-up de la tech -, une matière première aux cinquante nuances de vert : de la mousse.

Outre ses vertus isolantes sur les toitures, cette dernière a d’autres atouts, scientifiquement connus mais rarement exploités. « La mousse est ultra-dense, explique Josse Le Blan, l’un des deux créateurs de cette jeune entreprise créée fin 2019. Dans la rue agitée d’une grande ville, 13 grammes de poussières fines sont émis en moyenne par an. Or, 1 m2 de mousse peut éliminer entre 13 et 22 g de cette poussière fine par jour. C’est l’équivalent de l’action de huit arbres à taille adulte ! »

Purifiante et résiliente

Power Of Moss propose, depuis 2020, des toitures en mousse et des murs intérieurs végétalisés, baptisés « totems ». Encadrés par du chêne de Picardie, ceux-ci fonctionnent grâce à un système de brumisation particulier. « Ce n’est pas de la vapeur d’eau, mais des gouttes ultra-fines propulsées sur la mousse. Celle-ci ne relâche que de l’oxygène et de l’humidité, ce qui rafraîchit l’atmosphère en cas de forte chaleur. »

©L.DG

Mais ce qui a décidé Josse Le Blan et son ami ingénieur agronome Arthur Lejeune à se pencher sur cette plante méconnue –  « qu’on s’obstine à vouloir enlever de nos jardins ! » – est tout autre. « Nous avons testé, avec des capteurs, sa capacité d’absorption des composés organiques volatils (COV) au laboratoire de l’École des Mines de Douai. Il faudrait 8 à 10 plantes par personne dans une pièce pour avoir le même effet. Or les plantes peuvent rejeter des COV la nuit, provoquer des allergies… Ce n’est pas le cas avec la mousse ! »

Sans compter la capacité de résilience de ce fameux tapis de verdure où il fait bon passer la main pour apprécier son toucher doux et rêche à la fois. Sa résilience : « Hallucinante, lâche Josse Le Blanc. On utilise une espèce particulière qui résiste très bien à la chaleur et à la sécheresse. On a eu des moments de fortes chaleurs, de pluie intense. Elle n’est jamais morte et est toujours repartie. »

Experts en mousse

Autant de qualités qui décident les deux « purs Nordistes ». « Nous avons senti une urgence à nous lancer sur des projets à impact positif sur l’environnement. On respire en ville un air de plus en plus mauvaise qualité, on souffre des îlots de chaleurs urbains l’été… Nos espaces urbains ne sont pas adaptés au changement climatique. Il faut revégétaliser les villes. »

Leur rencontre avec l’expert en mousse (bryologue) à Loos, Franck Olivier Denayer et spécialiste en toxicologie de l’environnement – « la qualité de l’air, il connaît ! » – achève de les convaincre que la mousse a son rôle à jouer dans leurs projets. Celui-ci leur détaille les forces de la mousse et les aide à percevoir comment en tirer le meilleur parti. « C’est la première plante apparue sur terre, sorte de croisement d’une algue et d’un champignon. Il en existe 25 000 espèces. Contrairement aux plantes traditionnelles, elle pas de racines. Elle est hyper légère à installer sur les toits. En termes d’assainissement de l’air elle est passionnante car elle capte ses nutriments dans l’air et attire de manière électrostatique les particules présentes pour les biodégrader. »

Plus responsable

Les deux entrepreneurs ont intégré Euratechnologies en février 2019 « avec trois diapositives sur le projet ». Ils trouvent alors leurs premiers financements. En 2020, ils installent leurs premiers prototypes de toitures et de totems, notamment chez le groupe Advitam à Arras. Le business a mis un an à prendre son envol. « De 2 000 euros de toitures en 2020, on est passés à 20 000 euros de toitures par mois cette année. »

©L.DG

Leur totem fait des émules aussi. « Nous aidons les entreprises à valoriser leur image : rendre leur univers plus responsable, accueillir la clientèle dans des espaces plus agréables, rassurer leur personnel sur la qualité de l’air intérieur. » Bouygues, Vinci, ou encore le groupe GSE ont passé commande. De quoi se faire mousser non ?

Lucie De Gusseme

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