Votre météo par ville

Tunnel sous la manche : un appel d’air pour l’économie européenne

03-05-2019

Actualité

C’est tout frais

Le 6 mai 2019, le tunnel sous la Manche fête les 25 ans de sa mise en service. L’occasion de revenir sur ce chantier pharaonique et les retombées économiques pour le Nord de la France, mais aussi pour d’autres régions qui se sont ainsi rapprochées du Royaume-Uni.

Navette camions entrant en Tunnel et une Navette passagers sortant du Tunnel sous la manche Terres et Territoires
Une navette camions entrant dans le tunnel et une navette passagers sortant du tunnel. © Groupe Eurotunnel

Il y a 25 ans, le 6 mai 1994, le tunnel sous la Manche était inauguré par le président de la République française, François Mitterrand, et la reine d’Angleterre, Élisabeth II. Après sept années de travaux, celui que l’on a baptisé « le chantier du siècle » offrait un lien fixe entre la France et le Royaume-Uni, après plusieurs tentatives avortées.

Long de 50 kilomètres, dont 37 sous la mer, le tunnel sous la Manche a créé une liaison directe – les documents d’archives parlent du « lien fixe transmanche » pour le qualifier – entre le Royaume-Uni et le reste de l’Union européenne. Lors de l’inauguration de l’ouvrage, qui restera un moment historique, François Mitterrand soulignera les retombées économiques bénéfiques du tunnel pour les deux pays de part et d’autre du détroit du Pas-de-Calais.

On lui doit aussi l’accélération de la desserte ferroviaire du Nord de la France, et l’intensification du réseau routier et autoroutier sur le littoral. 25 ans plus tard, ces espoirs ont-ils été comblés ? Selon un rapport commandé en 2016 par la société d’exploitation du tunnel au cabinet Ernst & Young, et publié deux ans plus tard (juin 2018), l’effet de l’infrastructure est clairement positif sur les économies européennes.

Des échanges commerciaux fructueux 

Rien qu’en 2016, on estime que le tunnel sous la Manche a « facilité » les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne à hauteur de 138 milliards d’euros (Mrd€), soit 26 % du total des échanges entre ces deux zones géographiques. À titre de comparaison, en 2014, ces échanges étaient de 113,5 Mrd€. Le Royaume-Uni est de fait le deuxième partenaire commercial de l’UE à 27, derrière… les États-Unis.

Avec un poids de 10,5 Mrd€, l’agroalimentaire est la deuxième catégorie de produits et services exportés de l’Union vers le Royaume-Uni – les poissons, crustacés, fruits et légumes pèsent pour 3,4 Mrd€ ; la viande pèse pour 2,3 Mrd€ –, derrière les services de fret postal et de messagerie rapide.
Le tunnel sous la Manche permet aussi le transport de marchandises de grande valeur, à l’image des produits pharmaceutiques, et/ou urgents. Une majorité de ces échanges s’effectue enfin avec des pays proches du tunnel, et connectés entre eux par un important réseau d’axes commerciaux : la France (10,9 Mrd€ d’exportations), la Belgique (12,9 Mrd€), l’Espagne (2,6 Mrd€) ou encore l’Allemagne (15 Mrd€).

Au-delà des échanges de marchandises et de services, le tunnel permet aussi le transit de passagers touristes ou en voyage d’affaires. Ainsi, en 2017, ce ne sont pas moins de 21 millions de passagers qui ont emprunté le tunnel, soit en voiture, soit via le service ferroviaire Eurostar.

Qu’en est-il pour la France ? Les voyants sont aussi au vert : « Le tunnel soutient les relations commerciales et culturelles uniques avec le Royaume-Uni », poursuit le rapport d’Ernst & Young. Les liens entre les deux pays y sont décrits comme « solides », avec un montant d’échanges commerciaux de 67,4 Mrd€ en 2016, dont 40,8 Mrd€ portent sur les exportations de la France vers le Royaume-Uni.

À lui seul, le tunnel permet à la France de réaliser 27 % (en valeur) de ses exportations outre-Manche et 22 Mrd€ d’échanges commerciaux directs. Les secteurs les plus concernés sont le matériel de transport, les produits chimiques et le matériel électrique. Dans le secteur agroalimentaire, la filière brassicole profite pleinement du lien créé par le tunnel puisque le Royaume-Uni reste une destination d’exportation majeure de la bière produite en France (15 % des exportations de bière française en 2016, pour 42 millions d’euros). D’après Ernst & Young, « le tunnel permet la livraison rapide et le maintien des stocks des détaillants britanniques et du secteur de l’hôtellerie ».

À quel prix pour le pays du Calaisis ?

Porteur d’un certain nombre d’espoirs lors de sa mise en chantier, notamment pour l’emploi, le tunnel sous la Manche est aussi synonyme de craintes pour certains. « Les grands travaux occasionnent inévitablement des perturbations et des nuisances », rapporte en 1988 Alain Barré, maître de conférences à l’université de Lille 1, dans un document intitulé « Le tunnel sous la Manche et ses problèmes vus au travers de la presse française ».

En 1989, un autre rapport, corédigé par Pierre Bruyelle du laboratoire de géographie humaine de l’université de Lille 1 et Daniel Ghouzi, directeur de la Mission transmanche en région Nord-Pas de Calais, indique que les acquisitions foncières commencées en mai 1987 « sont pratiquement achevées ». Le rapport relève qu’elles ont concerné quelque 400 propriétaires. Néanmoins, preuve que les investisseurs n’ont pas regardé à la dépense, on constate que « 95 % des transactions portant sur 98 % des surfaces ont été réalisées à l’amiable ». En amont des négociations, et « à la demande des collectivités locales et des agriculteurs, un bureau foncier unique regroupant les trois maîtres d’ouvrage a été mis en place à partir de 1987 ».

Entre 70 et 80 exploitations seront touchées par ces emprises foncières, dont certaines seront entièrement rayées de la carte. « Bien sûr, les expropriés seront indemnisés et les maîtres d’ouvrage en cause (Eurotunnel, SNCF, DDE du Pas-de-Calais, ndlr) prendront en charge les dommages causés aux structures foncières, pointe le rapport d’Alain Barré. Mais où les cultivateurs souhaitant poursuivre leur activité pourront-ils retrouver des terres ? » L’étude d’impact réalisée sur 22 communes et confiée à la Safer Flandre-Artois avec l’appui de la chambre d’agriculture du Pas-de-Calais devait y apporter une réponse.

Au final, les acquisitions foncières auront porté sur quelque 890 hectares, répartis entre Eurotunnel pour la réalisation du chantier de Sangatte, la zone du fond Pignon (95 ha), le terminal (550 ha), la liaison entre Calais et le terminal (13 ha), la SNCF (85 ha) et l’état pour la création de déviations routières (150 ha). À elle seule, la zone du terminal Eurotunnel occupera 600 hectares sur lesquels 10 millions de mètres cubes de terrassements ont été effectués. 52 000 m2 de quais et de bâtiments y ont été construits, ainsi que 320 000 m2 d’aires ou de plateformes. Parmi ces zones, certaines d’entre elles sont encore loin d’être aménagées ou exploitées. Certains y verront la possibilité de développer de nouvelles activités quand d’autres regrettent de voir plusieurs dizaines d’hectares toujours en friche.

Vincent Fermon

Facebook Twitter LinkedIn Google Email
Noël autrement (4/4). De garde avec les soignants
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Noël autrement (3/4). Une fête aux accents d’ailleurs
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Émilie roibet, itinéraire d’une reconversion bien pensée
Architecte paysagiste de formation, Émilie Roibet a quitté ses bureaux lillois pour créer sa ferme florale "À l'ombr [...]
Lire la suite ...

Une Cuma qui a le sens de l’accueil
Localisée à Bois-Bernard, la Cuma " L'accueillante " est confrontée aux départs en retraite de ses membres, souvent [...]
Lire la suite ...

DOSSIER ÉNERGIE. À la centrale de Lens, le bois devient énergies
Unique dans la région, par son genre et sa taille, la centrale de cogénération de Lens produit à la fois de l'élect [...]
Lire la suite ...

Inondations : après la pluie, se reconstruire
Une semaine après les premières crues, le Pas-de-Calais tente d'émerger peu à peu, malgré la menace de nouvelles in [...]
Lire la suite ...

Inondations : 50 millions d’euros pour les collectivités sinistrées
Le chef de l'État en déplacement à Saint-Omer et à Blendecques, le mardi 14 novembre, a annoncé un plan d'aide pou [...]
Lire la suite ...

À la ferme du Major, “on crée de l’énergie”
La ferme d'insertion du Major, à Raismes, emploie 40 hommes et femmes éloignés de l'emploi pour leur permettre, en ac [...]
Lire la suite ...

Jean-Marie Vanlerenberghe : « L’attentat à Arras a souligné les failles du dispositif »
Ancien maire d'Arras et doyen du Sénat, Jean-Marie Vanlerenberghe réclame « une réponse ferme » mais dans le resp [...]
Lire la suite ...

Changer de goût et agir pour le futur
Plus saine, plus durable, plus accessible, l'alimentation de demain doit répondre à d'innombrables défis. À l'occasi [...]
Lire la suite ...

Retour sur la première édition du championnat international de la frite
Le premier championnat international de la frite s'est déroulé à Arras le samedi 7 octobre 2023. Soleil et ambiance [...]
Lire la suite ...

Jean-Paul Dambrine, le patron sensas’
Il est l'icône de la frite nordiste. À 75 ans, Jean-Paul Dambrine, fondateur des friteries Sensas et président du jur [...]
Lire la suite ...

Quatre lycéennes d’Anchin à la conquête de l’Andalousie
Iris, Angèle, Louise et Eulalie, lycéennes à l'Institut d'Anchin, ont passé trois semaines caniculaires près de Sé [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Nord, plusieurs nuances de rose, plusieurs nuances de bleu : l’éparpillement façon puzzle
Avec 11 sièges à pourvoir, c’est le département à renouveler le plus grand nombre de sièges derrière Paris : le [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Pas-de-Calais, la droite (presque) unie, la gauche en ordre dispersé et l’éventualité du Rassemblement National :
Pour les prochaines élections sénatoriales, les gauches ne font pas bloc dans le Pas-de-Calais. La droite, elle, table [...]
Lire la suite ...

Numéro 368 : 7 juin 2024

Terres en fête. Dans les pas des champions du Savoir vert
Terres en fête, c'est l'occasion pour le grand public de découvrir un monde parfois trèèèèès inconnu. Des dizaine [...]
Lire la suite ...

Terres en fête : 85 000 visiteurs, 550 exposants et des organisateurs contents
Terres en fête s'est déroulé du vendredi 7 au dimanche 9 juin à Tilloy-lès-Mofflaines. 85 000 visiteurs ont arpen [...]
Lire la suite ...

Flandre : Florian Djebouri a transformé sa passion pour les chiens en métier
Sur Terres en fête, Florian Djebouri faisait des démonstrations de chiens de troupeau. L'occasion de rencontrer ce tou [...]
Lire la suite ...

Élections européennes et dissolution : avec quelles conséquences ?
Quelles conséquences sur le monde agricole vont avoir les élections européennes et la dissolution de l'Assemblée nat [...]
Lire la suite ...

« Il n’y a pas d’ambiguïté, notre objectif est de produire »
Pour Agnès Pannier-Runacher, « si on nie le dérèglement climatique - comme le fait l'extrême-droite - on tue l'agr [...]
Lire la suite ...

Au cœur des terres

#terresetterritoires