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Julie Delevaque, objectif campagne

26-08-2021

Actualité

Hors-champ

Fille d’éleveur, la photographe Julie Delevaque s’est mise à suivre son père aux champs durant le premier confinement. Un tournant dans la carrière de cette jeune avesnoise qui se consacré, depuis, à la photo agricole.

Julie Delevaque
Julie DeleJulie Delevaque, dans la ferme familiale à Taisnières-en-Thiérache. ©LDG

Le comble de la photographe est-il de fuir les objectifs ? « Des photos de moi, il n’y en a pas beaucoup… », confesse Julie Delevaque, chignon châtain, tee-shirt rouge brique, et petit sourire mutin.

Il faut dire que tout le monde n’a pas son tact. « Je n’aime pas faire poser mes modèles. Je suis meilleure sur la photo volée. Alors quand je dois faire un portrait posé, je mets généralement un objet dans les mains de mon sujet. Ça lui donne une contenance. On ne sait jamais quoi faire de ses mains quand on vous prend en photo… Avec les éleveurs c’est facile, mime-t-elle en superposant ses mains comme sur un buzzer imaginaire, on utilise leur bâton… »

Du champ de course au champ tout court

La prise de vue agricole est une spécialisation récente pour la jeune avesnoise, autodidacte du boîtier « complètement Nikon ». Après un bac ES à Avesnes-sur-Helpe (59) en 2011, une licence d’arts plastiques à Valenciennes (59) puis des études d’architecture d’intérieur jusqu’en 2016, elle décroche un premier stage dans une agence photo pour comprendre comment créer la sienne un jour.

Cette ancienne cavalière devient alors en 2017 prestataire pour l’agence de photo hippique nordiste Myzoom. « J’ai commencé en faisant de la photo équestre, retrace-t-elle. On m’avait offert un appareil, j’allais tous les week-ends photographier mes amis à cheval. »

Confinement, le tournant

Arrive le premier confinement, où elle se réfugie dans son Avesnois natal. Pour soutenir le moral des citadins parqués en ville, elle se met à publier chaque jour un cliché du quotidien de son père Franck, éleveur bio d’un troupeau de 45 mères charolaises. « Elle s’est mise à me suivre pendant le premier confinement, à chaque fois elle venait avec son téléphone ou son appareil », raconte-t-il, avec une pointe d’émotion et de fierté dans la voix.

« Mon père c’est mon modèle préféré, il est facile d’accès ! reconnaît dans un éclat de rire celle qui n’a pas toujours été aussi volontaire pour le suivre dans les champs. Quand j’étais petite, je passais beaucoup de temps avec lui. Puis, adolescente, je n’ai plus voulu entendre parler de la ferme… Au premier confinement, je me suis remise à le suivre dans les champs. Ça m’a fait redécouvrir l’agriculture. J’en gardais une image très “boulot, dodo”. Je savais qu’il fallait être passionné pour faire ce métier, mais quelque chose m’échappait. Là, j’ai compris. Aujourd’hui, je sais que je veux faire partie de ce monde. Pas au point de reprendre l’exploitation, mais en gravitant à sa périphérie. »

Bouche-à-oreille

Grâce au bouche-à-oreille et aux quelques endroits où son travail est exposé (clinique vétérinaire de Maroilles, magasin de producteurs locaux…), sa sensibilité aux problématiques agricoles en fait aujourd’hui une prestataire demandée. Elle qui, avant mars 2020, n’avait au compteur que deux reportages en milieu agricole, court aujourd’hui par monts et par « veaux ».

Reportages photo pour des coopératives, des marques (de viande Unebio, le lait équitable Faire France), des cliniques vétérinaires rurales… Ou simplement des exploitants qui souhaitent peaufiner leur communication ou immortaliser les moments clé de leur histoire : passage en bio, dernière récolte de maïs, dernière traite pour cause d’arrêt de l’élevage, changement de race bovine…

Des moments que cette fille d’agriculteur comprend mieux que quiconque. « Je pense que si mon père n’était pas agriculteur, je ne ferais pas ce que je fais là. Durant mes reportages pour Unebio j’ai pas mal bougé en France. Souvent, à mon arrivée, les éleveurs étaient sur la défensive. Je sentais qu’ils se demandaient : Que va-t-elle faire des photos ? Va-t-elle comprendre ce que je fais ?… Alors je leur disais d’entrée : “Mon père est agriculteur”. Et là, je sentais les gens se détendre. »

Cachée derrière son objectif, Julie Delevaque saisit les mutations du monde agricole… dans tous les sens du terme. « Le consommateur aime voir comment ça se passe, d’où vient ce qu’il achète… Avant, le monde agricole n’avait pas besoin de se montrer. Maintenant, on sent qu’il réfléchit à son image. »

Lucie De Gusseme

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