
Les microalgues dans les méthaniseurs, une bonne solution pour booster la production de biogaz sans recourir à des cultures ?
À l’heure où les méthaniseurs essaiment dans les Hauts-de-France en soulevant – à plus ou moins juste titre – une nuée de réactions, l’idée du projet « Algues 4 Biométhane » vaut le détour.
L’idée est simple : introduire dans un méthaniseur du fumier de bovin et des microalgues cultivées sur place afin d’améliorer la productivité en méthane.
« Les algues permettent d’augmenter la productivité en biométhane sur les installations agricoles qui traitent des lisiers et des fumiers, explique Thierry Ribeiro, enseignant-chercheur à UniLaSalle depuis presque 18 ans, spécialisé en bioprocédés et méthanisation. Avec ce genre de substrat, le potentiel méthanogène est assez faible car l’animal a déjà consommé une bonne partie du carbone, il n’en reste plus beaucoup dans les excréments. L’idée est, ici, de doper la production de biométhane en ajoutant dans le digesteur des substrats plus méthanogènes. »
Initié il y a plus de deux ans par le gestionnaire de réseau gazier GRT gaz et en partie financé par lui*, le projet avait besoin de partenaires scientifiques et techniques capables de tester cette solution. Pile dans les cordes de l’université technologique de Compiègne (60) d’UniLaSalle Beauvais (60).
Avec son élevage bovin laitier, cette dernière possède la matière sur laquelle travailler. « Les équipements sont volumineux, on n’est pas à l’échelle de la paillasse…, résume Thierry Ribeiro. À terme, l’idée est d’essaimer auprès de la profession par de nombreux supports : rapports techniques et scientifiques, journées portes ouvertes, visites, communication grand public comme le Printemps de l’industrie ou la Fête de la science… »
« Nous sommes en train de terminer la construction de la plateforme de démonstration. On peut imaginer avoir une production et les premiers résultats fin 2021. » L’équipement de l’expérimentation se compose de deux mini-digesteurs de 2 m3 chacun, alimentés avec les effluents de l’élevage d’UniLaSalle.

Et pour aller jusqu’au bout de la logique de circuit court dans la production d’énergie, il s’agit également de permettre aux agriculteurs de cultiver des microalgues sur leur ferme. « Nous testons deux chaînes de production de microalgues, explique Thierry Ribeiro. Un système ouvert, le Raceway, qui ressemble à une piste de course avec un liquide qui transite dans un bassin, et un système fait de photobioréacteurs, des tubes fermés dans lesquels la solution nutritive doit passer (voir photos). » À titre de comparaison, on produit 0,5 g par litre d’eau de microalgues en système ouvert contre 2 g par litre en système fermé.

Niveau temps de pousse, « cela dépend des souches », répond le chercheur, « souvent il faut compter entre 20 et 30 jours. » L’équipe s’apprête à tester deux types de microalgues : Chlorella et Scenedesmus. « Des souches bien connues, car elles sont faciles à cultiver. Certains les utilisent pour la production d’acides gras ou de protéines, ou encore pour des cosmétiques. »
Si les gains de productivité ne sont pas encore chiffrés, « nous ferons un bilan technico-économique à la fin, il faut que ce soit transférable et applicable. » Quant à l’arrivée des microalgues dans la cour de la ferme, « cela peut se déployer à très court terme, estime le chercheur. Même si dans les Hauts-de-France, l’ensoleillement n’est pas aussi fort qu’en Espagne ou en Afrique du nord, où les projets autour de microalgues pullulent. »
Lucie De Gusseme
Lire aussi : Inauguration du démonstrateur Algues 4 Biométhane (A4B)

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