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Emploi : La filière bois en manque de main d’œuvre

23-05-2023

Actualité

C’est tout frais

Énergie, construction… Le bois a le vent en poupe. Et le secteur recrute dans les Hauts-de-France, du travail en forêt à la transformation du bois. Mais les postes ont du mal à trouver preneurs. Explications avec les professionnels de cette filière.

Les métiers dans le secteur des travaux forestiers se sont beaucoup automatisés ces dernières années. © H.G.

La filière bois est une filière de poids dans les Hauts-de-France.

Selon des données de l’Urssaf et de l’Insee, 4 400 établissements ont une activité entièrement en lien avec la forêt et/ou le bois dans la région, soit 13 900 emplois.

Et si on ajoute à cela les entreprises qui ont une activité partiellement liée à la filière. On obtient 10 100 établissements et 29 700 salariés.

Le secteur continue à recruter. Selon Observabois Hauts-de-France, l’observatoire de la filière forêt bois de la région, “entre 5 800 et 7 100 embauches sont prévues pour cette année”.

“Ce n’est pas forcément des créations de postes”, précise Clément Messias, chargé de mission Observatoire filière. Avant d’ajouter “C’est un secteur où il y a du turn-over.”

“On recrute !”, confirme Fabienne Delabouglise, déléguée générale de Fibois Hauts-de-France.

Fabienne Delabouglise © H.G.

S’il existe un élan du public sur le matériau bois, celui-ci ne se confirme pas sur le secteur de la gestion forestière.

Ce dernier serait, en effet, le plus en difficulté en termes de main-d’œuvre. “Des coopératives ont des offres d’emploi qu’elles ne parviennent pas à pouvoir depuis deux, trois ans. Des entreprises de travaux forestiers refusent des chantiers faute d’employés”, énumère la déléguée générale.

Pour des raisons multiples

Des difficultés à recruter que Fabienne Delabouglise explique par plusieurs facteurs.

L’image de la société pèse :

“Aujourd’hui, lorsqu’on abat un arbre, on est mal vu. Pourtant, quand on coupe, il y a forcément une bonne raison, généralement c’est parce qu’il y a une crise sanitaire. Les arbres sont malades. Il n’y a pas d’autre choix que d’abattre. On ne coupe que ce qui est nécessaire. Car il faut aussi que les propriétaires des forêts gagnent de l’argent, sinon ils risquent de ne pas replanter. Un facteur à prendre en compte d’autant qu’un cycle forestier est très long. Et, en plus du bois, nous avons besoin de la forêt pour capter et stocker le carbone, rappelle Fabienne Delabouglise. En France, il n’y a pas de déforestation comme cela peut être le cas en Amérique du Sud ou encore en Asie. Et pour preuve, la surface de la forêt française augmente chaque année. Quasiment toutes les forêts ont, d’ailleurs, un document de gestion durable sur 20 à 30 ans.”

La pénibilité de ces métiers :

“Si aujourd’hui, tout est pratiquement automatisé. Cela reste un métier où l’on travaille dehors. On est tributaire du temps”, explique la déléguée générale de Fibois Hauts-de-France.

Tout comme dans le secteur agricole, l’automatisation des machines rend ces professions encore plus accessibles aux femmes. Toutefois, elles restent encore minoritaires dans le secteur, “elles ne représentent que 20 % des salariés”, souligne Clément Messias.

Une méconnaissance de ces professions :

“Les Hauts-de-France sont une petite région forestière. C’est un secteur est peu connu, nous devons donc promouvoir ces métiers.”

Sur le terrain, Laurent Debarge, gérant d’Easy bois, société d’exploitation forestière située à Saint-Omer (62), confirme cette tendance.“C’est un secteur où il y a du travail à tous les niveaux, de l’opérateur à l’encadrant. Mais ce n’est effectivement pas simple de recruter. C’est un sujet de préoccupation pour nous. Mais en cherchant, nous trouvons encore des jeunes motivés.”

Un avis partagé par Alexandre Verschaeve, à la tête de la société Vertilex dans la Somme spécialisée, notamment, dans l’aménagement des parcs. “Je refuse des chantiers très régulièrement car je n’ai pas assez de personnel. Plusieurs de mes offres d’emploi restent sans réponse… Je suis même prêt à embaucher des gens motivés qui ne viennent pas forcément de la filière mais qui ont une sensibilité rurale et que nous formerons sur le terrain.”

Des solutions

Certains ont trouvé une solution pour pallier ce manque de main-d’œuvre : ils font appel à des travailleurs étrangers. “J’ai commencé à chercher des salariés en France. J‘ai rapidement compris que cela serait compliqué, explique Arnoult De Lencquesaing, gérant de l’entreprise de travaux forestiers De Lencquesaing, basée à Verchin (62) dans le Montreuillois. Je me suis donc tourné vers des travailleurs venus de Pologne qui viennent trois ou quatre mois par an lors de notre pic d’activité. Ce qui permet à mes salariés permanents de souffler un peu car j’y tiens beaucoup !”

Il reconnaît que les postes qu’il avait à pourvoir n’étaient pas faciles. “Ce sont des métiers physiques, il faut porter des charges lourdes. On travaille le dos courbé, parfois sous la pluie et/ou dans la boue, les gestes sont répétitifs…”

Attirer les jeunes

Lors de l’événement Rendez-vous forêt-bois, organisé le 12 et 13 mai dernier au parc d’Olhain (62), les organisateurs, Fibois Hauts-de-France ainsi que le Centre régional de la propriété forestière Hauts-de-France, avaient convié quelque 800 collégiens et lycéens.

“Si parmi eux, une dizaine se dit, après cette visite : “OK, je vais peut-être y aller “. Cela serait déjà génial pour nous”, espère Fabienne Delabouglise.


Les formations peinent aussi à trouver des candidats

Le secteur connaît des difficultés pour recruter. Cette problématique se retrouve aussi en amont de la filière, dans les établissements de formation. Pour Jérémy Ferrant, enseignant en CAP charpentier et bac pro construction bois au lycée professionnel Bernard-Chochoy de Lumbres (62), cette difficulté provient en partie de l’image de la voie professionnelle.

“Cette dernière est encore considérée par beaucoup comme une filière poubelle. Nous voyons d’ailleurs de nombreux jeunes venir chez nous après avoir obtenu un bac général”, assure le professeur.

“Le CAP ou bac professionnel ne sont pourtant plus des finalités aujourd’hui. Les élèves qui souhaiteraient poursuivre leurs études pour sécuriser leur parcours ont la possibilité de le faire. Ce n’est pas parce qu’on est en filière professionnelle qu’on ne peut pas devenir ingénieur par la suite, insiste Ingrid Zielinski, directrice opérationnelle du campus des métiers et des qualifications du bâtiment et des systèmes énergétiques intelligents pour les Hauts-de-France.

Après avoir obtenu un CAP, ils peuvent se diriger vers un bac pro, puis un BTS, une licence, un master et même intégrer une école d’ingénieur.”

De nombreux établissements tentent de travailler sur leur attractivité.“Nous allons à la rencontre des élèves dès la 5e, pour leur faire connaître les métiers liés au bois”.

Hélène Graffeuille

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