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Les levuriers et les sucriers en bisbille

26-06-2020

Actualité

C’est tout frais

L'utilisation des coproduits du sucre en éthanol déséquilibrerait l'approvisionnement des levuriers. Ces derniers auraient du mal à se fournir en cette matière première. Explications.

Selon les levuriers, les sucriers préféreraient vendre leurs coproduits pour la production de bioéthanol que de levures. © Laurent Mayeux

La mélasse de sucre est devenue la coqueluche de l'été. Tous les levuriers la veulent. Pour faire de la levure alimentaire, certes, mais pas que : probiotiques à destination des humains ou des animaux, biocontrôle pour renforcer la nutrition des plantes, substances pour réduire la teneur en sel des aliments... Les utilisations sont multiples. « Chaque année, la France importe 250 000 tonnes de mélasse qui proviennent des pays producteurs de canne à sucre, explique Diane Doré, secrétaire générale à la Chambre syndicale française de la levure (CSFL). Ce manque de produit pèse également au niveau européen puisque l'Union européenne importe 1,8 million de tonnes de cette marchandise chaque année. »

La France ne produirait donc pas assez de mélasse ? Pas si simple, car ce coproduit issu des betteraves sucrières, peut aussi être utilisé par les industriels pour fabriquer de l'éthanol. Le biocarburant qui en découle est devenu, en quelques années, le principal débouché concurrent des levures. Entre alimentation humaine et énergie verte, il faut choisir.

7 % de produits agricoles

C'est ce qu'a fait l'Union européenne en 2015 en « limitant le taux d'incorporation à 7 % des productions alimentaires dans des biocarburants de première génération », poursuit la secrétaire générale. Mais depuis, la France, seul pays de l'Europe, a assoupli sa réglementation en permettant que les quantités de déchets type EP2, tels que la mélasse, ne soient pas plafonnées.

Depuis, les sucriers favoriseraient l'utilisation de la mélasse en éthanol au détriment des besoins des levuriers. « C'est une distorsion de concurrence, estime-t-elle. D'autant que si les levuriers veulent poursuivre leurs développements, leurs besoins en mélasse risquent d'augmenter. Ils ne pourront pas compter sur les sucriers français. C'est dommage, car nous voulons que cette filière française persiste entre tous les industriels. » Pour éviter cela, la CSFL veut revoir le statut de la mélasse en la qualifiant de substrat plutôt que de déchet, évitant ainsi l'amalgame.

Une guerre des prix ?

Bien sûr, les producteurs de betteraves ne l'entendent pas ainsi. Dans leur communiqué du 11 juin, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) s'explique : « Les sucriers français livrent régulièrement les volumes demandés par l'industrie de la levure et les autres industries de la fermentation, comme ils l'ont toujours fait. La production d'éthanol à partir des mêmes substrats reste inchangée depuis plus de dix ans tout comme la production globale d'alcool agricole en France. »

Et d'ajouter, « il est donc totalement erroné de laisser entendre que le bioéthanol se développerait au détriment de notre souveraineté alimentaire. » Le syndicat argue une guerre des prix que voudraient mener les levuriers. « Dans le cadre des négociations commerciales, la demande des levuriers est, en fait, d'obtenir, pour les mélasses et autres substrats sucrés, des prix très bas. » Entraînant ainsi une baisse du prix de la betterave, impensable pour la CGB. 

Lucie Debuire

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