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« En ville, on ne va pas pouvoir tout produire »

07-11-2019

Grand format

C’est tout frais
Anne-Cécile Daniel, cofondatrice de l’Association française d’agriculture urbaine professionnelle. © DR

Pour Anne-Cécile Daniel, cofondatrice et coordinatrice nationale de l’Afaup, l’agriculture urbaine est un outil permettant de valoriser d’autres activités. Elle répond à nos questions dans le cadre de notre grand format « Ça pousse dans les villes ».

Association née à la fin de l’année 2016, dont le siège est situé dans le Gers, l’Afaup (Association française d’agriculture urbaine professionnelle) a pour objectif de fédérer les initiatives et les porteurs de projet, de communiquer auprès du public et d’accompagner le mouvement de l’agriculture urbaine.

Qu’est-ce que l’agriculture urbaine ?

C’est une manière de mettre un peu d’urbanité dans le monde agricole, de remettre au goût du jour des pratiques culturales et de favoriser les connexions entre mondes rural et urbain.

C’est aussi une première porte pour ceux qui veulent se reconvertir à l’agriculture ; on commence avec quelques plants de tomates, puis un jardin partagé et on s’invite dans de plus gros projets.

Elle permet également de répondre aux maux de la ville, de se reconnecter à la nature.

Quand est-elle apparue ?

Les fermes pédagogiques, les fermes périurbaines… certains projets ont toujours existé. En France, on a commencé à véritablement parler d’agriculture urbaine vers 2012 notamment avec les projets d’AgroParisTech sur les toits de Paris.

Le nombre de projets se multiplie depuis les années 2014-2015 et depuis 2018, il y a une accélération du mouvement. En Amérique du Nord, cela se développe depuis au moins 15 ans.

Où se développe-t-elle principalement aujourd’hui ?

Lille, Bordeaux, Lyon, Clermont-Ferrand, Angers… ce sont surtout dans les grosses villes que l’on voit apparaître les projets. Mais cela ne concernera pas qu’elles. On voit aussi des projets dans les moyennes et petites villes.

Dans quel cadre juridique s’inscrivent les fermes urbaines et qui sont ces agriculteurs urbains ?

Il n’y a pas une seule forme juridique mais plusieurs. Parmi les porteurs de projets, il y a des producteurs, des animateurs, des formateurs, des consultants… ou tout cela à la fois. Mais l’agriculture urbaine, ce sont aussi des citoyens, que l’on encourage à jardiner.

Les porteurs de projet en agriculture urbaine ne sont généralement pas issus du milieu agricole mais j’ai rencontré quelques fils d’agriculteurs dans ce réseau. Pour eux, c’est une autre manière d’appréhender le métier, de façon plus urbaine, et d’être véritablement dans l’innovation, dans le high-tech.

D’après vous, comment est perçue l’agriculture urbaine par le monde agricole ?

Il y a des visions différentes. Ceux qui ont visité des projets sont les plus convaincus. Dans les Pays de la Loire, j’ai vu chez les Jeunes agriculteurs un intérêt à travailler avec nous. Ils considèrent l’agriculture urbaine comme une agriculture à part entière. Les enjeux majeurs autour de l’agriculture urbaine, comme pour l’agriculture en général, sont le foncier et le renouvellement des générations : c’est pour eux un vivier intéressant.

Lire aussi le point de vue de Dominique Werbrouck, directeur du Pôle légumes région Nord et membre de la chambre d’agriculture Nord-Pas de Calais : « Ce n’est pas parce qu’on a un potager qu’on est agriculteur ».

L’agriculture urbaine n’est-elle pas en concurrence avec la première ?

Elles sont complémentaires. En ville, on ne va pas pouvoir tout produire. C’est un outil de support pour valoriser d’autres activités. Ce ne sont pas les mêmes moyens ni les mêmes enjeux.

Il y a certainement de nouveaux modèles qui vont émerger et bouleverser les codes classiques du monde agricole mais aujourd’hui il est encore difficile de voir ce qui va fonctionner ou pas.

Existe-t-il aujourd’hui des fermes urbaines rentables ?

On ne voit pas encore de salariés vivre uniquement de la production de légumes sur des fermes urbaines. Il y a souvent des activités annexes, les producteurs ont quasiment tous diversifié leur activité. Mais comme dans le cadre d’une installation classique, il faut attendre au moins cinq ans pour pouvoir faire un premier bilan.

Des producteurs urbains peuvent-ils prétendre aux mêmes aides que les autres agriculteurs ?

La DJA (dotation jeunes agriculteurs) est disponible pour les projets d’agriculture urbaine, mais il y a très peu de demandes. Les aides viennent parfois de la BPI (Banque publique d’investissement), des collectivités, ou du secteur privé.

Qu’en est-il de l’agriculture urbaine dans la PAC ?

Le terme urbain n’apparaît pas dans la PAC. Aujourd’hui, ça fait débat. Pour certains, il serait légitime de l’intégrer, mais comme le premier pilier est lié à la surface, ce n’est pas encore à l’ordre du jour. Pour d’autres, s’il y a des aides de la ville, cela ne peut être lié au monde agricole. Aujourd’hui on ne sait pas. Pour moi ce n’est pas incompatible dès lors qu’on a une activité agricole. Mais il est vrai que cela bouscule, interroge.

Comment est assurée la qualité des fruits et légumes produits en ville ?

Les agriculteurs urbains sont soumis aux mêmes réglementations. Des analyses sont faites sur ces produits. Un plan de maîtrise sanitaire adapté au fonctionnement des fermes urbaines devrait voir le jour.

Propos recueillis par Laura Béheulière

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