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« Il n’est pas possible de mettre ma population en danger »

06-01-2020

Grand format

C’est tout frais

Pour des raisons sanitaires, Guy de Saint-Aubert milite depuis des années pour raccorder Sains-lès-Marquion à l’eau potable. C’est désormais chose faite. La commune a finalement trouvé le financement qui lui manquait jusqu’ici. Un reportage qui s’inscrit dans notre grand format sur Sains-lès-Marquion.

Guy de Saint-Aubert devant la mairie de Sains-lès-Marquion. © DR

Au premier contact téléphonique établi avec Guy de Saint-Aubert, le maire de Sains-lès-Marquion paraît échaudé. Dépassé par la situation. Depuis le 9 octobre 2019, date du coup d’envoi des travaux du réseau de raccordement à l’eau potable, l’édile ne cesse d’être sollicité par la presse. Une couverture médiatique qui, au fil du temps, l’agace.

« Même la presse nationale s’est déplacée jusqu’ici. Et il faut voir leurs méthodes : ils sont venus avec un a priori et j’étais prié de leur apporter les réponses qu’ils attendaient. Si ce n’était pas le cas, ils insistaient. Je n’ai pas vraiment l’impression qu’ils cherchaient à comprendre les choses. Et cela s’en ressent dans leurs publications finales. »

Guy de Saint-Aubert, maire de Sains-Lès-marquion

« Pour beaucoup, cela nous dépeint comme un village arriéré »

Partant du constat que nous arrivions après la meute, Guy de Saint-Aubert était sur ses gardes pour notre demande de reportage. « Je veux bien vous recevoir mais je vous demande de m’écouter », dit-il en préambule. Que Sains-lès-Marquion soit enfin prochainement connecté à l’eau potable, oui il en est fier. Avec une pointe d’amertume, tout de même. « Pour beaucoup, cela nous dépeint comme un village arriéré. C’est juste que nous n’avions pas les moyens avant ».

Guy de Saint-Aubert, maire de Sains-lès-Marquion. © DR

Plusieurs fois, depuis son élection en 1995, Guy de Saint-Aubert a espéré mettre en place le projet. Mais la commune ne pouvait supporter un tel investissement. Même constat lorsque son père, avant lui, Jean de Saint-Aubert, était à la tête de la mairie. « Les analyses de l’eau n’ont jamais révélé de problèmes », tient-il néanmoins à préciser.

« Il y a une quarantaine d’années, du temps de mon père, les résultats de l’Institut Pasteur de Lille montraient même que l’eau était encore plus pure qu’une eau minérale ».

Guy de Saint-Aubert, maire de Sains-Lès-marquion

Pour autant, Guy de Saint-Aubert refuse de se satisfaire de ce système de pompage « largement dépassé au XXe siècle ». Et puis l’édile préfère prévenir que guérir. « Certes, les analyses n’ont jamais rien montré d’inquiétant. Mais les problèmes sanitaires peuvent survenir sans qu’on s’en rende compte ». D’autant qu’il y a une dizaine d’années, une administrée contracte une hépatite. La qualité de l’eau est suspectée. « Ça a achevé de me convaincre qu’il fallait trouver une solution. Il n’est pas possible de mettre ma population en danger ».

Transfert de compétences salvateur

Courant 2017, Sains-lès-Marquion abandonne la compétence de distribution en eau qui lui était jusqu’ici dévolue au profit du syndicat intercommunal de distribution d’eau (Siden-Sian). Une organisation originellement implantée dans le Nord (59), et chargée de remédier entre autres à une absence de nappes phréatiques dans une partie du département, altérant de surcroît l’approvisionnement en eau dans certains territoires.

Le champ de compétences du Siden-Sian s’est ensuite étendu au Pas-de-Calais, où Rodrigue Mroz en assure la vice-présidence. À son comité syndical, composé d’élus de la communauté de communes de Osartis-Marquion, dont fait partie Sains-lès-Marquion, il fait part de son souhait de la mise en place de travaux de raccordement à l’eau potable. « Par solidarité, assure-t-il. Seule cette commune ne bénéficiait pas de l’eau potable. Il n’y avait aucune raison qu’elle soit mise de côté ».

Encore fallait-il que les habitants de Sains-lès-Marquions souscrivent à la démarche. En s’abonnant auprès du Siden-Sian. « Il fallait un nombre d’abonnés suffisant pour commencer », souligne Rodrigue Mroz.

« On a bien sûr laissé le choix aux habitants. Même si certains y réfléchissent encore, on a constaté petit à petit qu’une bonne partie d’entre eux étaient prêts à franchir le pas ».

Rodrigue Mroz, vice-président du Siden-Sian du pas-de-Calais

De fait, le Siden-Sian débloque 750 000 euros. L’Agence de l’eau Artois-Picardie ajoutera 250 000 euros. Au total, un million d’euro est consacré au chantier. Rodrigue Mroz explique le cheminement de la future eau potable qui s’écoulera à Sains-lès-Marquion d’ici à la fin du printemps prochain : « Elle sera approvisionnée depuis le forage principal d’Estrée (62), pour ensuite rejoindre la canalisation de Marquion (62), bientôt branchée à celle de Sains-lès-Marquion ».

Rodrigue Mroz devant le panneau qui trône dans les rues de Sains-lès-Marquion. © DR

Aujourd’hui, il n’est pas rare de croiser engins de chantier et ouvriers dans les quelques rues de Sains-lès-Marquion. « Pour certains ouvriers, c’est sans doute la première fois qu’ils assistent à une telle opération », glisse Rodrigue Mroz. Le signe que Sains-lès-Marquion est bien une exception.

Simon Henry

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