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Un pont entre agriculteurs et consommateurs

07-11-2019

Grand format

C’est tout frais

La microferme Cocagne de Gohelle est un projet hybride et étonnant. En plein cœur de la ville de Loos-en-Gohelle (62), elle travaille en collaboration avec une quinzaine d’agriculteurs bio du secteur. Ce reportage s’inscrit dans le cadre de notre grand format sur l’agriculture urbaine, « Ça pousse dans les villes ».

Tout commence en novembre 2016. « Un bailleur nous a proposé un terrain de jeu clôturé avec point d’eau, de 1 000 m2, à Loos-en-Gohelle », explique Audrey Chaillan Hays, animatrice coordinatrice territoriale de la microferme Cocagne de Gohelle. Ainsi naît cette structure, portée par l’association Les Anges Gardins (déjà active à Vieil-Église à Calais) et le réseau Cocagne.

Quatre personnes en insertion commencent à y travailler, mains dans la terre. Petit à petit, d’autres terrains leur sont proposés (prêtés). Les chantiers participatifs intéressent de nombreuses personnes, des bénévoles se joignent à l’aventure.

Sur le même sujet, découvrez aussi notre reportage photos sur
la ferme urbaine circulaire du Trichon à Roubaix.

Très vite, « l’idée est de créer un archipel fruitier dans le Bassin-minier et de vendre les produits au maximum 5 km autour de la microferme », poursuit Audrey Chaillan Hays. « Avec les fruits, on ne s’attaque pas au plus facile car il faut cinq ou six ans avant de produire ; ce n’est pas assez… juteux !, ironise Dominique Hays, directeur du projet et fondateur du réseau Cocagne. Mais nous, on le fait parce qu’on pense qu’il faut réintroduire les fruits dans notre région, les signaux sont alarmants.

Il poursuit : Aujourd’hui, il y a une problématique de disponibilité des produits de qualité ; donc sois je mets la main au portefeuille, sois je mets la main à la pâte, et nous, c’est ce que nous faisons (et ce qu’ils proposent aux habitants de Loos-en-Gohelle, ndlr). C’est une reconquête de soi, et une reconquête du temps. »

La microferme Cocagne fonctionne grâce aux prêts de terrain, au soutien des institutions, aux mécènes mais aussi en partie grâce à l’autofinancement. « Les gens disent qu’il faudrait qu’on se débrouille tout seul, estime Dominique Hays. Mais nous, nous avons inventé une monnaie locale pour récompenser l’investissement des gens qui s’impliquent pour ce qui n’a pas de prix. On va engrainer tous les gens qui le souhaitent : c’est ça qui fait notre modèle économique. »

Ruches, transformation, épicerie…

La microferme se compose aujourd’hui d’une dizaine de terrains éparpillés à travers la ville. L’association propose des « paniers, bio, locaux et solidaires ». Tout autour, gravitent des ateliers de transformation, une épicerie en ligne, un distributeur de légumes bio, mais aussi des ruches et des poulaillers avec un système d’adoption de poules. La microferme Cocagne, c’est aussi un volet « transmission », avec des animations en école, l’édition de manuels sur la cuisine et le jardinage…

C’est en février 2018 que la structure crée sa propre monnaie, la Manne. Un an plus tard, un tiers lieu est ouvert : le café Menadel et Saint-Hubert, « un lieu prétexte à la rencontre ou à diverses activités, et où circule la
Manne »
. Bref, ce ne sont pas les idées ni les ambitions qui manquent. Une cinquantaine de personnes (10 employés et 40 postes en réinsertion, dont une trentaine à Calais) travaillent autour de ces différents projets.

Un partenariat avec des producteurs

« Nous travaillons également en collaboration avec des producteurs bio du coin », poursuit Audrey Chaillan Hays. Ils sont entre 15 et 20 agriculteurs collaborateurs. Pour la microferme, l’avantage est qu’ils apportent de la diversité dans les paniers distribués, en complément de sa propre production.

Les agriculteurs, eux, voient une partie de leur production écoulée facilement : « Ils produisent ce qu’ils font traditionnellement, et on livre, souligne la responsable. Cela peut être un atout pour un producteur qui n’a pas le temps de livrer dix salades. C’est lui qui décide du prix de sa marchandise ; à part le conditionnement et le transport on n’ajoute pas de plus-value. On cherche une relation gagnant-gagnant. »

Les paniers sont livrés à près de « mangeurs » du Bassin-minier, tandis qu’ils sont entre 350 et 400 livrés chaque semaine à Calais, « en plus de la restauration hors domicile ».

« On accompagne toute la filière : on travaille avec le producteur et on accompagne le mangeur : on crée un nouvel écosystème, explique Dominique Hays. Les producteurs bio y ont leur place car on peut leur permettre de créer un pont entre eux et les consommateurs. »

« Le but n’est pas de se dire qu’on va être autosuffisant, poursuit Audrey Chaillan Hay. On arrive en complémentarité. J’aime être une représentante active des producteurs de mon territoire. On ne veut pas leur faire de l’ombre mais leur ouvrir des horizons, comme aux consommateurs. »

Et l’animatrice de révéler, à demi-mot « qu’un nouveau projet est en court pour permettre de multiplier les liens entre consommateurs et producteurs ».

Laura Béheulière

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