
« Nous n’arrêtons pas la ferme, juste le lait. Nous venons de l’annoncer à l’équipe, nous n’avons rien à cacher. » Le « nous », c’est la Ferme des mille vaches, représentée par sa chargée de communication Véronique Retaux, qui à force de vivre cette « aventure humaine hors normes » a fini par faire corps avec ses clients.
Si cet arrêt ne marque pas la fin de toute la production à Drucat (80) – puisqu’il reste 1000 ha à cultiver –, c’est tout de même un tournant dans la vie de de cette exploitation malmenée depuis ses débuts, il y a une dizaine d’années. La décision, qui n’a pas été prise de gaieté de cœur, serait due à un faisceau de raisons.
« Cela fait six ans qu’on a démarré le lait, situe Véronique Retaux. Nous avions reçu un permis de construire pour une étable de 1000 vaches. Puis, une fois que la construction était finie, nous avons reçu une autorisation pour 500… Pourtant, avec 1000 vaches l’exploitation aurait été viable. » Une lésion dans son modèle économique qui s’ajoute aux nombreuses polémiques, notamment lancées par une association de riverains, Novissen. « Qualité du lait, pollution de la Somme… On a essuyé beaucoup d’attaques. À chaque fois qu’on prouvait que nous faisions correctement notre travail, ils revenaient avec un autre motif. »
Mais le battage médiatique, les pétitions et les appels au boycott sont les plus fortes. « Aucune laiterie française n’a voulu collecter notre lait. » L’exploitation travaille donc avec la laiterie belge Milcobel, qui leur a récemment annoncé vouloir recentrer ses activité en Belgique.
« On savait très bien qu’on était en train de défricher un chemin…«
Véronique Retaux
« Les attaques étaient le plus souvent fondées sur de l’émotionnel, et sur une profonde méconnaissance de notre fonctionnement. À chaque fois que nous avons fait visiter la ferme à un agriculteur qui y était opposé, il est reparti soulagé. »
Restera la satisfaction d’avoir débroussaillé un terrain encore vierge dans le secteur du lait français. « Les six éleveurs de la ferme voulaient expérimenter un modèle laitier qui fonctionne à l’étranger. Ils trouvaient que c’était une vraie réponse pour donner envie aux jeunes éleveurs de se lancer. J’ai grandi dans le monde rural. J’ai tellement vu des fermes dont les exploitants ne partaient jamais en vacances… C’étaient des conditions de vie très particulières, plus adaptées au monde d’aujourd’hui. Le modèle des mille vaches, je pense que c’est encore une voie possible. On savait très bien qu’on était en train de défricher un chemin.«
Lucie De Gusseme

Actualité

Actualité
Agriculture, Élevage, Machinisme

Actualité

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !
par Hélène Grafeuille
Ecoutez leur histoire !
