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Légumes transformés : des négociations qui laissent un goût amer

07-04-2021

Actualité

Terre à terre

Olivier Morel, président de l’Unilet, interprofession des légumes en conserves et surgelés, mais aussi directeur général de la division “surgelé” du groupe Eureden revient sur les négociations commerciales qui ont eu lieu avec la grande distribution. Il fait également un point sur le marché actuel des légumes transformés quelque peu bousculé.

Olivier_Morel_President_UNILET
Olivier_Morel, président d’Unilet, l’interprofession des producteurs de légumes d’industrie. © Unilet

Vous sortez de plusieurs semaines de négociations avec la grande distribution, quel est votre ressenti ?

Le résultat de ces négociations me préoccupe beaucoup. Cette négociation à trois maillons de la filière est essentielle. Pour assurer la production qui est de plus en plus technique et avec des coûts de production qui augmentent, nous devons revoir la rémunération des agriculteurs. Toutefois, cette valorisation n’est pas répercutée jusqu’à la grande distribution. Pourtant, la demande est supérieure à l’offre et la loi Egalim devrait encadrer tout cela.

Je pense que c’est une erreur de se battre sur les prix des légumes transformés. Les prix d’achat sont déjà très bas, ce n’est pas en augmentant de quelques centimes que nous perdrons des consommateurs. Les distributeurs se trompent de débat, le pouvoir d’achat des légumes surgelés et de conserve ne pèse pas. Par contre, il faut que la GMS (les grandes et moyennes surfaces) prenne conscience de la qualité des produits qu’ils vendent. Les légumes français répondent à des normes de qualité, sont toujours disponibles et produits localement, ce savoir-faire des producteurs à un prix.

Qu’en est-il des certifications de qualité ?

Certains industriels sont passés aux certifications qualité depuis très longtemps, d’autres commencent à y réfléchir seulement maintenant. Le problème est que cette certification coûteuse et chronophage n’est ni reconnue ni valorisée par la grande distribution, ça ne peut pas convenir. Par contre il semblerait que ces certifications, HVE notamment, soient mieux valorisées en restauration. Dans ce cas, il faudra la développer.

Depuis un an et les confinements à répétition, le marché des légumes de conserves et surgelés ne cesse d’évoluer. Qu’en-est il à ce jour ?

En mars 2020, la vente de légumes transformés a bondi de 30 % dans les grandes surfaces alors que le débouché des restaurants s’est arrêté brutalement. Même schéma lors du deuxième confinement avec une hausse de la consommation établie à 50 % par rapport à la même période en 2019. La restauration hors foyer (RHF) avait diminué de 80 %.

Avec le nouveau confinement, il est difficile d’analyser les reports de consommations pour le moment. Toutefois, avant l’arrêt des écoles et donc des cantines, l’activité reprenait petit à petit. Le débouché RHF n’était en baisse que de 25%.

Si les volumes se sont compensés, voire ont subi une hausse, il faut tout de même se rendre compte que ce ne sont pas les mêmes conditionnements écoulés, ni les mêmes cahiers des charges. Beaucoup d’industriels ont dû déstocker leurs marchandises. À cela s’ajoute une récolte de légumes faible. La campagne 2020 est donc déficitaire et les stocks à la fin de premier trimestre 2021 sont très très bas. D’où la volonté d’augmenter les surfaces de légumes de plein champ afin de permettre aux industriels de reconstituer du stock.

Cette tension est-elle aussi palpable au niveau mondial ?

Oui, les pays de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord sont très demandeurs de nos produits. La consommation de légumes transformés outre-Atlantique est très importante. Les légumes surgelés sont de plus en plus plébiscités et les industriels investissent dans de nouveaux surgélateurs. Nous ne sommes pas inquiets sur les niveaux de consommation de légumes dans le monde.

Face à ce constat, quelles sont les perspectives pour les industriels français ?

Nous aimerions que cette hausse de consommation de légumes transformés se pérennise. Que cette situation ne soit pas que temporelle. Mais pour le moment nous naviguons à vue. Nous avons beaucoup d’incertitudes que ce soit sur la date de réouverture de la RHF, la vitesse de la reprise ou même les capacités des industriels à fournir tout le marché dans des conditionnements appropriés et suivant les normes adéquates. Toutefois, la filière française assure la production même pendant cette période compliquée. Globalement, les usines tournent et nous alimentons le marché sans interruption.

Propos recueillis par Lucie Debuire

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