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Gaspillage alimentaire : tous à la ramasse?

06-11-2019

Actualite

C’est tout frais

Après les supermarchés, les cantines privées et les industries agroalimentaires seront prochainement obligées de faire don de leurs invendus à des associations.
Lesquelles, à l’image de la Banque alimentaire, les récupèrent tous les jours.

La « base » d’Intermarché où sont stockées les denrées, dont une partie sera donnée à la Banque alimentaire. © DR

Il est 7 h 30. Alain est prêt à partir. Emmitouflé dans un épais manteau pour faire face à la fraîcheur matinale, le quinquagénaire monte à bord de son camion. Chauffeur-livreur pour la Banque alimentaire de Carvin (62), Alain effectue tous les matins ce qu’on appelle dans le jargon associatif « des ramasses ». Autrement dit, récupérer auprès de donateurs des denrées alimentaires invendables mais encore consommables. Et ce, en vue d’en faire bénéficier les plus démunis. Intermarché, l’entreprise de sandwicherie Daunat, le marché de Phalempin, telles sont les étapes de sa matinée.

La loi oblige les supermarchés sollicités à donner leurs invendus

Depuis le 11 février 2016, la loi Garot oblige en effet les supermarchés de plus 400 m2 à donner leurs invendus alimentaires s’ils sont sollicités par des associations. En cas de refus, l’enseigne est passible d’une amende de 3 750 euros. Ce mercredi matin, à l’Intermarché d’Avion (62), une belle collecte attend Alain. « C’est souvent le cas lorsqu’on est à l’avant-veille d’un week-end prolongé, dit-il fièrement. Qui dit jour férié, dit généralement magasin fermé et donc un jour en moins pour vendre le produit avant la date de péremption. L’entreprise a donc tout intérêt à s’en débarrasser dès maintenant ». Le malheur (relatif) des uns fait donc le bonheur des autres.

À l’aide de son transpalette, Alain charge toute une variété de denrées : fromages, yaourts, fruits, légumes, pâtes, conserves, tout ceci étant d’apparence de bonne qualité. Au fond du camion, une palette de choux-fleurs a légèrement craqué. En vérité, elle était déjà abîmée avant le chargement. Un détail pas si anodin.

« Dès qu’il y a un colis ou une palette qui présente une légère anomalie, l’entreprise n’a pas le droit de la commercialiser. Du coup, on en profite. »

Alain, de la banque alimentaire de Carvin

5 000 tonnes de dons annuels

Direction l’entrepôt de l’entreprise Daunat, vers Arras (62). Tandis qu’Alain charge des salades sous vide, la température à l’arrière du camion affiche 5 degrés. « Comme je suis en tournée pendant plusieurs heures, il faut absolument que certains produits soient maintenus à basse température. C’est d’ailleurs une obligation légale. On est tenus de respecter la chaîne du froid sous peine d’engager leur responsabilité en cas de problème ».

Par précaution, Alain préfère d’ailleurs décharger les produits frais à la centrale de la Banque alimentaire – quitte à perdre un petit peu de temps – avant de foncer vers le marché de Phalempin (59), où l’attendent des cagettes d’endives et de choux-fleurs. « Comme ça, les produits qui ne se conservent pas longtemps pourront vite être redistribués. »

Alain charge des salades sous vide dans l’entrepôt de Daunat. © DR

Chaque année, 5 000 tonnes de denrées alimentaires arrivent à la centrale de la Banque alimentaire de Carvin. Une quantité impressionnante partagée auprès de leurs bénéficiaires, d’épiceries solidaires et d’associations comme Emmaüs ou la Croix-Rouge.

Selon Jean-Michel Willmot, responsable de la Banque alimentaire de Carvin, près de « 15 % de dons alimentaires supplémentaires » ont été enregistrés depuis l’entrée en vigueur de la loi Garot. Laquelle prévoit de s’étendre prochainement. Les opérateurs de la restauration collective, préparant plus de 3 000 repas par jour, et ceux de l’industrie agroalimentaire réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros, seront également obligés de proposer une convention aux associations habilitées d’aide alimentaire pour le don de denrées consommables et non vendues.

La loi précise que chaque don fait l’objet d’une réduction d’impôt de 60 %. Et pour quantifier ce don, c’est le donateur lui-même, qu’il soit distributeur ou producteur, qui prend la responsabilité de chiffrer sa marchandise.

Le camion de chargement conduit tous les matins par Alain pour faire le tour des donateurs. © DR

Apprendre à cuisiner les légumes pour moins gaspiller

Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) datant de 2018, « 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France ». Un constat qui a vu naître nombre d’initiatives pour limiter le phénomène et amener de nouvelles ressources en fruits et légumes, notamment, aux associations.

« On a remarqué que de nombreux bénéficiaires ne savent pas cuisiner les légumes, souligne Gérard Dehain, responsable de la ramasse des Restos du Cœur dans le Douaisis. On a alors mis en place des ateliers pour leur montrer comment faire, pour qu’ils soient plus à l’aise et qu’ils en emportent davantage chez eux ».

Un moyen aussi d’éviter le gaspillage. Car faute de savoir comment le cuisiner, un légume posé dans un coin peut être un légume oublié, et donc ensuite jeté. Selon le rapport de l’Ademe cité précédemment, qui détaille la répartition des pertes et du gaspillage en poids des acteurs de la filière alimentaire, les cancres en la matière sont bien les consommateurs (33 %). Devançant aussi bien les producteurs (32 %) que les distributeurs (14 %). Comme quoi, finalement, on est tous un peu responsable…

Simon Henry

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Publiée par Terres et Territoires sur Jeudi 31 octobre 2019