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Le malaise paysan, une réalité à combattre

26-09-2019

Actualite

C’est tout frais

En France, un agriculteur se suicide chaque jour, d’après l’association Arcade Nord-Pas de Calais qui vient en aide aux exploitants en difficulté. Un sujet parfois tabou mais dont l’enjeu est de taille pour le monde agricole.
C’est la sortie du film Au nom de la terre, le 25 septembre 2019 au cinéma, qui a poussé les discrètes équipes d’Arcade Nord-Pas de Calais à s’exprimer. Édouard Bergeon, le réalisateur, y raconte l’histoire de son père, agriculteur en proie aux difficultés, qui ira jusqu’au suicide. « C’est un récit fort, avec des scènes parfois très dures, mais qui évoque malheureusement une triste réalité dans le monde paysan, indique Jean-Marie Lebrun, président d’Arcade, après avoir vu le long-métrage. Nous sommes là pour éviter ce genre de drame. » L’association enregistre une augmentation de 30 % du nombre d’appels de détresse ces trois dernières années dans le Nord et le Pas-de-Calais.

© Freepik

82 nouveaux appels en neuf mois 

Parfois, le bonheur n’est plus dans le pré. Depuis sa création en 1992 par un groupe d’agriculteurs pour aider leurs pairs en difficultés, Arcade a accompagné 2 300 exploitants agricoles. L’objectif des 30 bénévoles et 13 salariés de l’association est de venir en aide aux professionnels qui le souhaitent ou de faire un point sur l’évolution de leurs entreprises. « En 2018, nous avons accompagné 379 agriculteurs, dont 75 nouveaux en Nord et Pas-de-Calais, annonce Thérèse Dekervel, bénévole. Cette année, nous enregistrons déjà 82 nouveaux appels en neuf mois… »
Selon Arcade, les éleveurs laitiers sont les premiers à solliciter l’aide de la structure. Ils représentent 42 % des personnes bénéficiant d’un accompagnement, suivis par les éleveurs bovins viande (18 %) et les autres activités. « Il n’y a pas de profil type des fermes que nous tentons d’aider, souligne Jean-Marie Lebrun. Cela peut aller du petit maraîcher à la grosse exploitation de grandes cultures. »
Les causes du mal-être sont, elles aussi, variées. D’après Arcade, près de la moitié est d’ordre financier (endettement, aléas climatiques, variation des prix…) « mais souvent les problèmes vont au-delà de la sphère professionnelle », poursuit le président citant les relations parfois conflictuelles entre associés ou les accidents de la vie. Parmi les principales difficultés rencontrées par les agriculteurs, Arcade cite aussi la non-maîtrise du marché (fluctuations, volatilité), l’héritage agricole (le poids et parfois la pression familiale), le manque de reconnaissance, l’isolement ou la déshumanisation des relations.

Groupes d’accompagnement
Afin de lever ces freins, les bénévoles de l’association, formés en prévention suicide, constituent des groupes d’accompagnement favorisant l’échange, proposent des séjours de repos mais interviennent aussi pour aider dans les démarches (demandes d’aides sociales, déclarations…) et peuvent faire appel à un juriste pour répondre aux procédures.
Présent sur le territoire à travers trois antennes (Ambricourt, Avesnes-sur-Helpe et Hazebrouck), Arcade soutien également les artisans et commerçants en milieu rural depuis quelques années. « Nous constatons qu’un tiers d’entre eux appellent très tardivement, regrette Jean-Pierre Dugrain, bénévole. Dans ce cas, l’issue envisagée est principalement l’arrêt d’activité. La majorité des entreprises, boulangeries, cafés et autres petits commerces, qui nous appellent ont plus de dix ans d’existence. »
Des maux et des mots
Lorsqu’un agriculteur sollicite l’association, cette dernière suit des étapes bien précises. « Nous sommes tout d’abord dans l’écoute. Dès le premier appel, nous nous rendons, en binôme, directement sur la ferme de l’interlocuteur, présente Xavier Bonvoisin, coordinateur régional d’Arcade. Il est important de bien comprendre son histoire et sa personnalité, de prendre en compte l’ensemble de son malaise. Souvent, les personnes ont besoin de vider leur sac… »
L’association, qui travaille en toute confidentialité, met ensuite en œuvre un plan d’accompagnement, le tout gratuitement. Preuve que la solidarité rurale est une réalité.
Simon Playoult

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