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Biodiversité. Bruno David : « À l’époque, on ne savait pas. Aujourd’hui, on ne veut pas »

11-04-2024

Actualité

Les rencontres

Bruno David a passé sa vie à se pencher sur la vie. Le paléontologue a notamment présidé le Muséum national d’histoire naturelle de 2015 à 2023.

Bruno David, chercheur, ancien président Muséum d’histoire naturelle © Grasset

Bruno David donnera mardi 16 avril à Fruges une conférence intitulée « Biodiversité, une malade imaginaire ? » et on vous fait l’économie du suspens : la réponse est non. Bien sûr que l’heure est grave et que les réponses ne sont pas à la hauteur. C’est pourquoi le paléontologue, qui a présidé pendant huit ans le Muséum d’histoire naturelle, prend la parole dans les médias (notamment sur France culture), au fil des pages (il est l’auteur de plusieurs livres dont Le jour où j’ai compris) ou lors d’événements et autres tribunes. À Fruges, il parlera de fragilité mais aussi d’éthique.

Dans ce livre, Bruno David raconte son cheminement vers la prise de conscience écologique © Grasset

Vous êtes paléontologue de formation, chercheur au CNRS à l’origine et vous vous êtes très rapidement adressé au grand public : pourquoi cette ouverture ?

Les chercheurs au CNRS (Centre national de la recherche scientifique, ndlr) n’ont pas l’obligation d’enseigner, mais je l’ai fait très vite parce que j’aimais ça. J’aime communiquer, expliquer, et notre directeur de laboratoire nous poussait à publier des articles de vulgarisation, à monter des expositions. Je n’ai plus jamais arrêté. La présidence du Muséum national d’histoire naturelle a été un accélérateur considérable, son implantation parisienne également. L’histoire naturelle a participé à forger les sociétés à certains moments de l’histoire, à construire la manière dont les sociétés se pensaient elles-mêmes sur la planète et aujourd’hui où on en aurait le plus besoin, on n’en a jamais été aussi éloigné.

Dans quelle mesure ce partage des savoirs est-il nécessaire ?

Les connaissances scientifiques n’ont jamais été aussi grandes et, en parallèle, celles des citoyens infimes. On ne l’apprend plus. On veut tellement coller à la science moderne qu’on en oublie les bases : les jeunes font de la biochimie moléculaire mais ne savent pas faire la différence entre une salamandre et un triton. C’est pourquoi nous nous adressons autant aux publics sensibilisés qu’aux enfants de 3 ans (avec la série audio Bestioles, partenariat Muséum d’histoire naturelle / France culture) : après les gens se comportent comme ils veulent, protègent ou non la biodiversité, mais le font en responsabilité.

Votre livre s’intitule “Le jour où j’ai compris” mais il évoque en réalité votre cheminement vers la prise de conscience écologique. Quelles en ont été les grandes étapes ?

Forcément il y a l’incendie de la raffinerie de Fezin, en 1966 (18 morts, 84 blessés, 1 475 habitations endommagées, il est qualifié de « première catastrophe industrielle moderne », ndlr) ; ce moment aussi où j’interroge le responsable de la raffinerie de Fos-sur-Mer, en 1975 ou 1976, sur la pollution du site, et que ce dernier me répond : « y’a pas de problème, il y a le mistral ». Enfin cette fois en 1999 où, plongé à 2 500 mètres de profondeur avec le Nautile de l’Ifremer, j’ai aperçu ce seau en plastique… Un choc.

La pollution et l’action de l’homme sont clairement à l’origine du problème pour vous ?

Oui, et donc de la solution. La pollution était sensible dès les années 1960 – 1970 : elle était visible aux yeux d’un enfant (né d’un père écologue, comme lui, ça aide peut-être un peu déjà, ndlr). Par contre, ses effets sur le changement climatique étaient eux plus difficiles à percevoir, à l’exception de quelques précurseurs de la question, notamment sur l’effet de serre. On n’était pas dans le même monde. La bétonisation, les autoroutes c’était le progrès, nous n’avions pas le versant négatif des choses. À l’époque, on ne savait pas. Aujourd’hui, on ne veut pas. C’est pour ça que j’ai coutume de parler de climato-négationnisme et non de climato-scepticisme. Au final la question est de savoir si l’Homme saura s’adapter à l’Homme. Le problème c’est nous, et la solution c’est nous aussi, ce qui me rend relativement optimiste.

Quels sont les freins à un accroissement de cet optimisme ?

La réponse est forcément comportementale, donc politique au sens large du terme. Or, nos réponses ne sont pas à la mesure des enjeux. On est toujours en train de se chercher des excuses. Voyez l’agriculture et l’utilisation des produits phytosanitaires dont les premières victimes sont, rappelons-le, les agriculteurs eux-mêmes. Tout ça est un système, se joue à l’échelle européenne aussi, mais il faut que ça bouge. Le glyphosate pour ne citer que lui, devrait être interdit depuis longtemps : on le sait et on ne veut pas le voir. Il y a bien une prise de conscience, on sait à peu près ce qu’on fait, mais ça ne nous empêche pas suffisamment de le faire.

Un dernier message ?

Eh bien oui, puisque nous sommes dans le Nord, je voudrais pousser un coup de gueule contre les chasseurs, et leur chef Willy Schraen. Je n’en peux plus d’entendre tout justifier par les traditions. Piéger les oiseaux avec de la glu alors que 40 % des oiseaux ont disparu en plaine par « tradition » ? Le monde a changé. Moi, quand j’ai passé le permis de conduire, il n’y avait pas de limitations de vitesse et je roulais à 170 km/h sur les nationales. Imaginez si je roulais à cette vitesse aujourd’hui encore, en justifiant que c’est ma tradition ! 

Propos recueillis par Justine Demade Pellorce

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