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10-11-2021

Loin des éoliennes, ses vaches reprennent du poil de la bête

Après le déplacement le 1er octobre d’une partie de son troupeau loin des éoliennes et de la ligne à haute tension qu’il accusait d’affaiblir ses vaches, l’exploitation de Philippe Marchandier revit.

Philippe Marchandier, et (en fond) la ligne à haute tension et les éoliennes qu’il accuse de lui avoir gâché la vie. ©LDG

« Esquéhéries, c’est l’Amérique ! » Le ton est jovial, léger. Rien à voir avec le Philippe Marchandier abattu que nous avions rencontré au printemps dernier (voir le Terres et territoires du 11 juin 2021). « Le moral est meilleur, ça n’a plus rien à voir ! On m’accusait de ne pas prendre soin de mes bêtes, que le problème venait de moi… Aujourd’hui, j’ai la preuve que non. »

Il poursuit : « Les 25 vaches laitières que j’ai amenées ici avaient baissé leur production à 4,2 kg par jour. Certes, elles n’en feront plus 25… Mais j’étais heureux car ça a tout de suite remonté. Au bout de deux jours, il y avait 180 l de lait dans le tank. Et aujourd’hui, je suis arrivé à 1 000 l tous les deux jours. Avec les mêmes vaches ! Mes petits veaux avaient le poil hérissé sur le dos… Ici, c’est fini. »

« Trouvez une autre ferme »

L’éleveur de Mazinghien (59) rencontre depuis quelques années d’énormes difficultés (animaux très affaiblis, refus de boire…), dues selon lui à l’installation en 1994 d’une ligne à haute tension qui enjambe ses pâtures, puis de cinq éoliennes à proximité en 2019. Quand nous l’avions quitté, en juin dernier, le Groupe permanent pour la sécurité électrique (GPSE, dont la mission est de veiller à la sécurité électrique en milieu agricole) devait refaire gratuitement la mise à la terre de ses bâtiments.

En vain. « Ça a été pire : de 15 kg de lait par jour, je suis descendu à 4,2 kg. J’ai emmené les membres du GPSE voir mes bêtes en pâture à 10 km de la ferme, elles étaient magnifiques. Début août, ils m’ont dit de ne pas les ramener à Mazinghien, et de trouver une autre ferme. »

L’eldorado de l’Aisne

Il entend alors parler d’Esquéhéries, une commune de l’Aisne à 17 km, où un confrère qui a arrêté le lait n’utilise plus sa salle de traite. Le 1er octobre, il y amène 25 vaches laitières, ses vaches taries gestantes, et une trentaine de veaux. La location des lieux est financée par le GPSE avec une échéance qui va « de trois mois en trois mois ». « À Mazinghien, il me reste 10 taurillons, 20 aubrac, ainsi que des génisses et des vaches allaitantes et réformées. Leur état est catastrophique. »

L’éleveur compte bien éloigner tous ses animaux de Mazinghien. « Je ne ferai plus rien à Mazinghien, c’est terminé. Il y avait 22 volts dans le sol de la salle de traite début octobre. On était à 12 au printemps… Là on est à 22. Plus l’hiver avance, plus le sol est humide. » Mais tout ne rentre pas à Esquéhéries. « La ferme n’est pas assez grande ! Ou alors il faudrait faire des travaux. Je suis donc en train de chercher une solution. » A bon entendeur.

Lucie De Gusseme

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