Votre météo par ville

Visite guidée d’une unité de méthanisation dans les Flandres

22-10-2020

Actualité

Terre à terre

Rencontre avec Stéphane Liévin qui a plaqué son job chez Danone pour rejoindre ses deux frères, Didier et Vincent, sur l’exploitation familiale à Volckerinckhove (59). Objectif : se lancer dans la méthanisation.

Unité méthanisation volkerinckhove
Cette unité de méthanisation a été installée au coeur de l’exploitation des frères Liévin, dans les Flandres, à Volkerinckhove, en 2017. © DR

Les dômes verts des digesteurs de l’unité de méthanisation de l’exploitation des frères Liévin, à Volckerinckhove, dans les Flandres, s’aperçoivent au détour d’un virage. Cette ferme faisant du porc en naisseur-engraisseur et cultivant 80 hectares s’est lancée dans cette activité complémentaire en 2017.

Chaque jour, des déchets agroalimentaires intègrent le premier digesteur, installé au cœur de l’exploitation. Leur composition ? Des déchets issus de coopératives de céréales, en provenance de l’industriel McCain, des tontes d’herbes fauchées le long des routes départementales et bien sûr les 15 m3 de déjections animales produites par les quelque 300 truies,

Un processus à chaud

Sous l’effet des bactéries et d’une température de 40° C, ces déchets solides sont progressivement dégradés et libèrent du gaz. Ce gaz monte progressivement sous le dôme, ce qui le fait gonfler. Trois bâches sont superposées pour éviter qu’elles ne s’arrachent ou n’explosent sous l’effet du gaz. “C’est une soupape de sécurité », détaille avec passion Stéphane Liévin, qui gère cette activité.

Les déchets resteront 42 jours dans cette première cuve, avant d’être dirigés par une pompe (qui retire 30 m3 par jour) vers le second digesteur. Là, les 20 à 30 % de gaz restant dans les déchets seront extraits pendant encore 42 jours. “Dans le deuxième digesteur, on affame les bactéries pour qu’elles dégradent ce qu’il reste de gaz dans les déchets.»

Unité méthanisation volkerinckhove
Stéphane Liévin dans l’antre de pilotage de son unité de méthanisation. © DR

Les digesteurs fonctionnent grâce à un moteur à injection électrique qui chauffe de l’eau qui va serpenter le long des cuves tous les trente centimètres, sur cinq mètres de hauteur, permettant de maintenir une température tropicale. 90 % de la chaleur est ensuite valorisée et permet de chauffer la nurserie des petits porcelets.

“Aller au bout des choses”

Le biométhane ainsi produit sur l’exploitation est transformé en électricité par cogénération, et représente la consommation annuelle de 500 foyers de quatre personnes. “Quand on s’est lancé, on ne pouvait pas être raccordé au réseau de gaz, c’est pour cela que nous le transformons en électricité », détaille cet ancien de chez Danone, intarissable sur le sujet.

Et pour cause, depuis le lancement de la réflexion avec ses deux frères, Didier et Vincent, en 2014, il s’est lancé à corps perdu dans cette aventure. “Mes deux frères étaient alors associés en Gaec et je travaillais chez Danone depuis vingt ans. Je faisais le lien entre l’usine et les producteurs de lait, détaille-t-il. L’idée avec la méthanisation, c’était d’aller au bout des choses. On avait un potentiel qu’on n’exploitait pas avec les déjections animales, et le but était aussi d’être autonome en engrais. »

L’idée, avec la méthanisation, c’était d’aller au bout des choses. On avait un potentiel qu’on n’exploitait pas avec les déjections animales, et le but était aussi d’être autonome en engrais. »

Stéphane Liévin

Des revenus stables

La réflexion s’est surtout engagée à un moment où les cours du porc étaient au plus bas et l’avenir financier de l’exploitation incertain. “Ça a permis de revaloriser l’élevage de porcs et de garantir des revenus fixes dans le temps », détaille-t-il.

Après deux ans de remue-méninges et une année de chantier, qu’ils ont en grande partie réalisé eux-mêmes, Stéphane Liévin a rejoint ses frères à temps plein. “Au départ, ce n’était pas prévu, mains on ne trouvait personne qui acceptait d’y travailler.»

Un suivi 24h/24

Il faut dire que la méthanisation “nécessite beaucoup de suivi. Il ne faut pas croire que tout se fait tout seul. La méthanisation, ça tourne 24h/24. Pour un oui ou pour un non, une pompe coince, une électrovanne se bloque et des alarmes résonnent. Vu les montants d’investissement, il faut être rigoureux ».

La méthanisation est une petite industrie, poursuit Stéphane Liévin. Tout est commandé par des électrovannes, des contacteurs. Le digesteur est une cocotte minute chauffée en permanence.»

Autre point de surveillance pour que les déchets se dégradent correctement, “il faut être très régulier à la fois dans la manière d’alimenter le digesteur et dans les matières qu’on y apporte. Il faut au moins 50 % de déjections animales. Les bactéries sont très sensibles à leur environnement.»

Rien ne se perd

La méthanisation génère également du soufre, “ce qui est mauvais pour le moteur ». Alors que le gaz monte en hauteur, un filet tendu en haut de la cuve, sous le dôme, retient le soufre qui sera récupéré pour nourrir les plantes dans les champs. Et comme rien ne se perd dans la méthanisation, le digestat, entendez par là les déchets restant du processus de méthanisation, retournent aux champs pour nourrir les plantes. Grâce à ce procédé, l’exploitation de 80 hectares est autonome en engrais depuis trois ans.

Autre paramètre à prendre en compte : l’asséchement nécessaire du gaz issu de la méthanisation avant de l’injecter dans le réseau. Le gaz passe ainsi dans un serpentin de 80 mètres installé dans le sol, qui est à une température moyenne de 10 °C. “C’est un puits à condensation. L’eau contenu dans le gaz se dépose dans le fond des tuyaux », ce qui permet de l’assécher.

Extension

Unité méthanisation volkerinckhove
Une extension est en cours de construction. Elle devrait être opérationnelle en 2021. © DR

Mise en service le 4 juillet 2017, cette unité sera bientôt rejointe par sa petite soeur. Les trois frères travaillent sur une extension. “Elle devrait déjà être en service, mais elle a pris du retard avec le confinement», confie Stéphane Liévin. Pour l’instant, la cuve n’est pas encore couverte.

Elle sera bientôt raccordée à une nouvelle canalisation de gaz toute neuve, de six kilomètres. Le chantier est en cours, pris à 60 % en charge par l’agriculteur et à 40 % par GRDF. Lors de sa mise en service, prévue en 2021, elle pourra alimenter jusqu’à 2000 foyers en gaz.

Claire Duhar

Facebook Twitter LinkedIn Google Email
Noël autrement (4/4). De garde avec les soignants
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Noël autrement (3/4). Une fête aux accents d’ailleurs
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Émilie roibet, itinéraire d’une reconversion bien pensée
Architecte paysagiste de formation, Émilie Roibet a quitté ses bureaux lillois pour créer sa ferme florale "À l'ombr [...]
Lire la suite ...

Une Cuma qui a le sens de l’accueil
Localisée à Bois-Bernard, la Cuma " L'accueillante " est confrontée aux départs en retraite de ses membres, souvent [...]
Lire la suite ...

DOSSIER ÉNERGIE. À la centrale de Lens, le bois devient énergies
Unique dans la région, par son genre et sa taille, la centrale de cogénération de Lens produit à la fois de l'élect [...]
Lire la suite ...

Inondations : après la pluie, se reconstruire
Une semaine après les premières crues, le Pas-de-Calais tente d'émerger peu à peu, malgré la menace de nouvelles in [...]
Lire la suite ...

Inondations : 50 millions d’euros pour les collectivités sinistrées
Le chef de l'État en déplacement à Saint-Omer et à Blendecques, le mardi 14 novembre, a annoncé un plan d'aide pou [...]
Lire la suite ...

À la ferme du Major, “on crée de l’énergie”
La ferme d'insertion du Major, à Raismes, emploie 40 hommes et femmes éloignés de l'emploi pour leur permettre, en ac [...]
Lire la suite ...

Jean-Marie Vanlerenberghe : « L’attentat à Arras a souligné les failles du dispositif »
Ancien maire d'Arras et doyen du Sénat, Jean-Marie Vanlerenberghe réclame « une réponse ferme » mais dans le resp [...]
Lire la suite ...

Changer de goût et agir pour le futur
Plus saine, plus durable, plus accessible, l'alimentation de demain doit répondre à d'innombrables défis. À l'occasi [...]
Lire la suite ...

Retour sur la première édition du championnat international de la frite
Le premier championnat international de la frite s'est déroulé à Arras le samedi 7 octobre 2023. Soleil et ambiance [...]
Lire la suite ...

Jean-Paul Dambrine, le patron sensas’
Il est l'icône de la frite nordiste. À 75 ans, Jean-Paul Dambrine, fondateur des friteries Sensas et président du jur [...]
Lire la suite ...

Quatre lycéennes d’Anchin à la conquête de l’Andalousie
Iris, Angèle, Louise et Eulalie, lycéennes à l'Institut d'Anchin, ont passé trois semaines caniculaires près de Sé [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Nord, plusieurs nuances de rose, plusieurs nuances de bleu : l’éparpillement façon puzzle
Avec 11 sièges à pourvoir, c’est le département à renouveler le plus grand nombre de sièges derrière Paris : le [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Pas-de-Calais, la droite (presque) unie, la gauche en ordre dispersé et l’éventualité du Rassemblement National :
Pour les prochaines élections sénatoriales, les gauches ne font pas bloc dans le Pas-de-Calais. La droite, elle, table [...]
Lire la suite ...

Bonne fête à toutes les mares !
Du 1e au 9 juin, dans le cadre de la fête des mares, plusieurs évènements sont organisés dans le Nord et le Pas-de-C [...]
Lire la suite ...

Recyclage : Bons élèves les agriculteurs ?
Films plastiques, ficelles, bidons vides, big-bags, produits hors d'usage, ferrailles, huiles usagées, déchets de soin [...]
Lire la suite ...

La nature colorée du Jardin des Lianes
Du 31 mai au 2 juin, les Rendez-vous aux jardins proposent à tous de visiter les jardins et parcs du Nord et Pas-de-C [...]
Lire la suite ...

Lait prairies du Boulonnais : Les secrets d’un fromage blanc médaillé
Créée en 2014, la coopérative Lait prairies du Boulonnais ne cesse d'étendre sa gamme de desserts laitiers. Du yaour [...]
Lire la suite ...

Adivalor : Objectif 100 % de déchets collectés et recyclés d’ici 2030
Adivalor est l'acteur incontournable en matière de collecte et valorisation des déchets agricoles. L'éco-organisme s' [...]
Lire la suite ...

Numéro 365 : 17 mai 2024

Au cœur des terres

#terresetterritoires