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Intergénérationnalité : Il n’y a pas d’âge pour vivre ensemble

20-12-2023

Actualité

C’est tout frais

Depuis plusieurs années, les structures intergénérationnelles se développent dans les Hauts-de-France. À l’Ehpad de Marchiennes, des enfants viennent créer, des œuvres d’art et des liens, lors d’atelier pour renforcer l’intergénérationnalité.

Jean, 98 ans, et Emilio, 3 ans, ont peint ensemble pendant cet atelier intergénérationnel. © E. P.

En ce matin brumeux, dans le hall de l’Ehpad Émile Dubois de Marchiennes (Nord), une drôle d’installation se met en place. Sur une table basse, des bidons de peinture, des assiettes en plastique, des pinceaux et autres rouleaux… Deux grilles sur lesquelles sont accrochées quatre grandes feuilles blanches trônent au milieu du passage.

Et puis soudain, l’arrivée de Marie-Thérèse, 86 ans, Sylviane, 93 ans, Jean, 98 ans, et Marcelle, 87 ans, au milieu de ce décor. Ces quatre résidents de l’Ehpad vont en effet accueillir quatre enfants pour peindre avec eux. C’est un atelier intergénérationnel.

Art-thérapie pour tous

À l’origine de cet atelier, Marie-Ketty Desfossez et Marion Lepers. Éducatrices spécialisées, elles ont l’idée d’ouvrir une microcrèche. « On cherchait des locaux et c’est le directeur de l’Ehpad de Marchiennes qui nous a proposé de le faire ici. » Si finalement ce projet ne se fera pas, il lance les ateliers intergénérationnels dans l’Ehpad. « Le but était à l’époque d’habituer les résidents à la présence d’enfants », explique Marie-Ketty Desfossez. Aujourd’hui, ces ateliers font partie du quotidien. D’ailleurs, une association devrait être créée sous peu par Marie-Ketty Desfossez pour faire perdurer ces ateliers.

« J’ai appris beaucoup de choses avec les animations à l’Ehpad et avec les enfants, appuie Jean. On fait aussi de la gymnastique douce avec les enfants du centre de loisirs. » Et d’ajouter : « Je pense que c’est bien que les enfants viennent car un jour ils seront comme nous », dit-il, sourire en coin, ravi d’avoir fait rire ses comparses. Pour Marie-Thérèse, ces ateliers sont un moyen de vivre l’éloignement : « Ça permet de voir des enfants, ça nous fait du bien, étant donné qu’on ne peut pas voir nos petits-enfants comme on le voudrait. »

Divers ateliers ont donc été réalisés depuis plusieurs mois : peinture, maquillage… Celui-ci a même été récompensé à Paris par le prix du jury du concours des Girafes awards. « C’était un atelier où les enfants ont maquillé les résidents. Ils avaient des paillettes et tout ! » Les modalités ont aussi évolué : en grand comité, en plus petit, avec des enfants plus ou moins âgés. « Ce qu’on a remarqué, c’est que c’était plus facile pour les petits d’aller vers les personnes âgées. Le lien se fait plus facilement qu’avec les plus grands », décrit Marie-Ketty Desfossez.

Pour l’éducatrice spécialisée, si les effets de l’art-thérapie sur les résidents étaient attendus, ceux sur les enfants l’ont beaucoup surprise : « La présence des personnes âgées fait qu’ils s’imposent les limites d’eux-mêmes. Très instinctivement, ils vont faire attention à ces personnes, se calment. Et plus ça va, plus ils s’habituent à la différence mais aussi au handicap puisque souvent, ces personnes âgées sont en fauteuil. »

Confiance et affection

En parlant des enfants, les voilà qui arrivent. Ils ont été inscrits par leurs parents via un événement Facebook. Emilio, 3 ans, Émile et Mia, 5 ans, ainsi que Louise, 7 ans, vont passer une heure avec les résidents et peindre un tableau façon Keith Haring. « D’habitude, on donne un thème général. Là, c’est la première fois qu’on cadre un peu plus et aussi qu’on le fait en si petit comité ! »

Première étape : chaque enfant se plaque contre une des feuilles installées dans la position qu’il souhaite. Son binôme doit en dessiner le contour. Emilio se retrouve avec Jean, Émile avec Sylviane, Louise avec Marie-Thérèse et Mia avec Marcelle.

Il faudra ensuite que les résidents posent leurs mains sur la feuille, et c’est leur binôme qui en fera le tour. Les silhouettes seront peintes et un cœur sera dessiné pour relier les « corps » et les mains. Enfin, ça, c’était la consigne…

À lire aussi : Quand les personnes pagées accueillent des étudiants

Car si au départ, tout le monde est un peu timide, au fur et à mesure que les minutes passent, on ne voit plus la différence entre les habitués de ces ateliers et les novices. Les enfants prennent de l’assurance, les résidents aussi. Si Marie-Thérèse était réticente à l’idée de faire de la peinture, épaulée par Louise, on ne l’arrête plus ! Il en va de même pour Marcelle qui, arrivée fatiguée, se lève même de sa chaise pour peindre ! « C’est quelque chose qu’on voit à chaque atelier. Les résidents arrivent avec des troubles et le temps de l’atelier, c’est comme s’ils n’existaient plus ! », explique Hélène Carneau, aide-soignante et responsable des animations.

Quant à Emilio, un habitué de ces ateliers, il prend vite ses marques avec Jean. Entre ces deux-là, la peinture se fait en silence mais on se comprend pourtant très bien. « Il me dit tout le temps qu’il va voir les papys et les mamies pour jouer avec eux, raconte Nathalie, la grand-mère d’Emilio. Ils les réclament ! »

Les parents aussi profitent de l’intergénérationnalité

Mais l’intergénérationnel, ce n’est pas qu’entre les enfants et les personnes âgées. Les accompagnateurs se prennent aussi au jeu. « J’ai inscrit Mia car elle adore l’art et je trouvais que ce lien avec les personnes âgées c’était vraiment une bonne idée. C’est une première mais je la réinscrirai », sourit Coralie, sa maman.

Julie, maman d’Émile et Louise, n’en est pas à son premier atelier : « C’est la troisième fois qu’ils viennent. J’adore le principe de mélanger les générations. On en profite aussi en tant que parents ! Les personnes âgées peuvent beaucoup nous apprendre, à nous et aux enfants. » Elle aussi a parfois été surprise par ce qui se jouait dans ces ateliers. « Je ne m’attendais pas à ce que de la complicité arrive si vite. Par exemple, lors du premier atelier, il y avait une résidente qui s’appelle Juliette. Avec Émile ça a été un coup de foudre. Il a pleuré de ne pas la voir au second atelier par exemple ! » D’ailleurs, le petit Émile est effectivement un peu sur la retenue aujourd’hui avec Sylviane… Même s’il a imposé la couleur rouge pour le tableau !

Après une heure de peinture, il est temps de boire une grenadine, manger un petit gâteau et se dire au revoir. Les dessins seront exposés dans le hall, parmi les nombreuses photos des ateliers précédents. On traîne un peu, on prend le temps, on repousse la séparation. Puis instinctivement, les enfants et leurs accompagnateurs raccompagnent les résidents à leurs chambres. Quand soudain, le visage d’Émile s’illumine : Juliette est venue lui rendre visite.

Eglantine Puel

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