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Édouard Bergeon : « Je veux amener les urbains à la ferme »

26-06-2020

Actualité

Hors-champ

Après le lancement fin mars 2020 de sa webtélé CultivonsNous.tv, entretien avec Édouard Bergeon, réalisateur d’Au nom de la terre et point de rencontre idéal de l’agriculture et des médias.

Edouard Bergeon Terres et territoires
Édouard Bergeon, réalisateur du film Au nom de la terre, entend montrer la réalité des fermes modernes avec sa plateforme de vidéo à la demande CultivonsNous.tv. ©Philippe Vandendriessche

La caméra au poing et les pieds dans la terre. C’est le quotidien d’Édouard Bergeon, fils d’agriculteurs, journaliste et réalisateur, devenu l’un des porte-voix du monde agricole.

Pendant le confinement, vous avez lancé le site CultivonsNous.tv, une chaîne de vidéos à la demande, dédiées à la production alimentaire, du champ à l’assiette. Quelle est la genèse du projet ?

J’ai un pied chaque monde : je suis fils d’agriculteur, mais aussi journaliste. Au cours de ma carrière, j’ai régulièrement fait des documentaires sur le monde agricole. Manger, c’est comme respirer. La terre, c’est la base de tout. Et on en parle trop peu. D’où ma chaîne.

Comment choisissez-vous les documentaires proposés ?

Avec mon estomac ! Il faut que les films aient du sens par rapport à mon expérience de la terre, mais aussi de journaliste et de documentariste. Je m’attelle à ce que CultivonsNous.tv soit apolitique. Je ne suis pas là pour juger de ce qui est bien ou pas, nos documentaires parlent du bio comme de l’intensif. Mais il faut qu’il y ait tout de même une envie de vertu, d’amélioration des systèmes. Pour moi, les phytos sont un outil de l’agriculteur parmi d’autres, mais il faudra essayer d’en sortir un jour. Ce n’est pas possible d’augmenter chaque année leur consommation – qu’ils soient conventionnels ou bio. Je sais de quoi je parle. Je suis associé dans deux restaurants parisiens qui ont leur propre maraîchage dans la Nièvre. Et avec ma mère, cela fait quinze ans que nous sommes en agriculture de conservation, et utilisons donc du glyphosate une fois par an.

D’un autre côté, ce que le grand public ne comprend pas, c’est que d’une région à l’autre, les conditions ne sont pas les mêmes et font parfois qu’on traite plus, notamment avec le réchauffement climatique… En tout cas, je ne suis pas là pour faire la morale. Juste pour montrer la réalité.

Cette vision fait-elle défaut ?

Avec la sortie d’Au nom de la terre, Guillaume Canet et moi avons animé énormément de débats avec le public partout en France. Après la projection, ce qu’on entendait souvent, c’était « Ah, c’est ça être agriculteur ? » Puis venaient les questions : comment peut-on changer les choses, aider, mieux consommer ? Il y a un déficit d’informations sur l’agriculture. Un défaut de pédagogie aussi. Ça m’étonne que les chaînes de service public ne proposent pas de magazine sur l’agriculture, l’environnement, le bien manger… Il y avait une place à prendre.

Au Québec, l’émission Arrive en campagne fait passer deux jours à une famille urbaine dans une ferme moderne. Ce genre de programme coûte cher, on sent que le syndicat agricole du Québec est derrière. Avec Antoine Robin, mon partenaire sur le site, nous aimerions l’adapter en France. C’est tout le principe de CultivonsNous.tv : amener les urbains à la ferme par de la pédagogie, et se retrouver tous à table pour goûter la production en question.

Combien d’abonnés avez-vous ?

Au lancement, nous avons enregistré plus de 1 200 abonnés en un mois. De gros partenariats arrivent, qui devraient nous en amener 50 000. Certains mécènes du monde de l’agro-industrie notamment sont prêts à mettre de l’argent pour créer des contenus. Nous développons aussi des abonnements collectifs, destinés aux lycées.

Vous relayez sur le site les vidéos d’agriculteurs Youtubeurs. Est-ce votre façon de leur redonner la parole ?

Oui. C’était indispensable. Si à un moment ils ont pris leur téléphone pour faire des vidéos, c’est bien qu’il y avait un malaise quelque part. C’est chouette ce qu’ils font, tous. J’ai vite compris que Thierry Bailliet (un agri-youtubeur de Loos-en-Gohelle (59), ndlr) était l’une des figures de proue du mouvement.

Après Au nom de la terre, quels sont vos projets ?

Ça prend trois ans, en moyenne, de tourner un documentaire. Mon prochain film concernera les biocarburants, source de catastrophes en Malaisie et Indonésie. C’est terrible, de brûler des forêts primaires et de chasser des paysans de leurs terres pour mettre de la nourriture dans les bagnoles alors qu’on sait faire des moteurs à hydrogène…

Je ne suis pas pour revenir à une agriculture rétrograde. J’ai grandi dans une ferme conventionnelle où on faisait les choses le mieux possible. Mais il faut préserver l’agriculture familiale française, pour ne pas aller vers une agriculture de firmes. C’est aussi l’unique façon pour les territoires de tirer leur épingle du jeu. C’est cette conviction qui me guide pour CultivonsNous.tv.

Lucie De Gusseme

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