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Portrait. L’héritière d’Albert

20-03-2019

Actualité

Les rencontres

Il est des suites plus difficiles à prendre que d’autres. La succession d’Albert Masurel à la tête de la Maison de l’élevage du Nord est de celles-là. Portrait de Laetitia Billes, celle qui occupe son fauteuil avec brio depuis l’été dernier.

Laetitia Billes. © DR.

Salon international de l’agriculture, mardi 26 février 2019. Dans le joyeux brouhaha qui règne sur le ring bovin du hall 1, c’est l’heure pour les bestiaux du Nord de défiler avec fierté. Par habitude, on guette la longue silhouette d’Albert Masurel sur la sciure et sa voix grave dans le micro. Mais – surprise ! – une petite silhouette brune s’avance, tête penchée sur le côté et paume tendue devant elle, elle se lance d’une voix juvénile mais ferme dans la litanie des races locales.

Dans son tailleur noir, elle slalome entre les bêtes – ballet bien rodé – meublant d’une voix de maîtresse les transitions entre bleue du Nord et mouton boulonnais, entre éleveurs endimanchés et politiciens empressés. Nouvelle directrice de la Maison de l’élevage du Nord, animatrice de la rouge flamande et de la bleue du Nord, Laetitia Billes, âgée de 26 ans, vient de faire ses premiers pas sur le ring.

Sur le moment, impossible de lui parler. Avec la bleue du Nord superstar, trop de choses doivent être immédiatement gérées. « J’étais un peu stressée, nous confie Laetitia Billes quelques jours plus tard, mais j’avais préparé. Le plus dur, c’était de se lancer… Et puis, durant ma formation j’ai fait pas mal d’animations. Je savais déjà parler en public. »

Argentine, Chili, Suède… et Lille

Née à Paris, Laetitia Billes passe son enfance entre la capitale et la Bretagne, puis s’installe en Lorraine pour ses études. Fille d’un salarié chez Orange et d’une ex-journaliste à Ouest-France, elle sait très tôt qu’elle veut travailler avec les animaux. Adepte de l’équitation depuis l’âge de trois ans, elle entame, après son bac S, des études de vétérinaire, puis se réoriente vers l’agronomie. Elle n’hésite pas à faire quatre ans de prépa pour avoir l’école qui lui convient. Ce sera l’Ensaia (École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires) de Nancy, où elle rencontre son conjoint, originaire du Nord.

En 2017, elle fait un an de césure et part à l’étranger. « Je savais que je voulais travailler en élevage mais je ne savais pas trop où. Alors j’ai trouvé des stages sur internet et j’ai postulé. Je voulais faire le plus de trucs possibles ! » Ses recherches la mènent en Argentine, au Chili, en Suède… et à Lille. En Argentine, elle travaille en laboratoire, à l’équivalent local de l’Inra. Elle assure, durant trois mois, le suivi qualité de la viande en fonction de la durée de pâturage, puis intègre une station expérimentale où elle suit un troupeau de bovins durant deux mois et demi. En Suède, c’est un ranch qui élève chevaux et vaches qu’elle intègre pour un semestre.

Ses trois derniers mois de césure la mènent à la Maison de l’élevage du Nord à Lille, où elle étudie la création d’une filière steak haché de race rouge flamande. Elle repart ensuite pour un an à Nancy, terminer son cursus et obtenir son diplôme, la carte d’Albert Masurel en poche. Pour son stage de fin d’études, de mars à fin août 2018, retour dans le Nord sur la « flamande ». Cette fois-ci, il est question de la création de fromage. « Mais c’était aussi un tuilage pour prendre la succession d’Albert Masurel, parti en retraite le 1er juillet », retrace la jeune directrice. Elle est définitivement embauchée le 1er septembre 2018.

Envisager l’après-Albert

Si ses parents, qui ne sont pas issus du monde agricole, ont parfois du mal à comprendre ce qu’elle fait exactement, « ils ont été très fiers pour moi que la bleue du Nord soit l’égérie du SIA », sourit-elle. Ses stages internationaux lui servent-ils quotidiennement ? « Mon quotidien au labo argentin était assez loin de ce que je fais aujourd’hui. En revanche, en exploitation, j’ai appris des techniques qui me servent beaucoup : l’évaluation des reproducteurs, les notes morphologiques, le suivi de reproduction, la préparation des vaches à l’insémination, faire le suivi d’un troupeau ou celui du pâturage tournant dynamique… »

Et quand arrive l’inévitable question de savoir s’il n’est pas trop difficile de remplacer un « monument » du monde de l’élevage comme son prédécesseur, elle ne se défile pas : « Si, bien sûr. Albert Masurel est extrêmement compétent, très connu, et a notamment des qualités rédactionnelles hors normes… Mais il a toujours été bienveillant avec moi. Sans compter qu’il nous donne encore des coups de main de temps en temps, même s’il ne travaille plus avec nous. Il est devenu une sorte de consultant. »
Son credo ? « J’essaie de faire mon travail quotidien le mieux possible. Et puis, les éleveurs me font un accueil encourageant. Ils me laissent le temps de faire mes preuves. La part de relations humaines dans mon poste est tellement importante que, de toute façon, ça ne sert à rien de forcer les choses… Ils ont besoin de temps pour cerner ma façon de travailler. » Voilà qui est dit.

Lucie De Gusseme 

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