Votre météo par ville

Élevage : Lucie et Arnaud Bailleul, écolos du champ au frigo

08-06-2023

Actualité

Élevage

Propriétaire de la ferme biologique des Trois Vallées, à Troisvaux, le couple transforme et commercialise ses propres produits frais. Avec la promesse d’une agriculture responsable et d’une empreinte carbone maîtrisée.

Arnaud et Lucie Bailleul © M.L.

À première vue, on ne saurait deviner ce qu’il se trame en face de l’église du petit village de Troisvaux, dans le Pas-de-Calais. Pas un bruit, pas une once d’agitation, à peine une odeur de lait frais qui trahit la présence d’un laboratoire de transformation alimentaire. Un coup d’œil par la fenêtre et surprise : des machines dernier cri fonctionnent à plein régime, empotant une ribambelle de yaourts.

Bio de père en fils

Le laboratoire appartient à la ferme des Trois Vallées, elle-même propriété d’Arnaud Bailleul, 39 ans, de son épouse Lucie, 38 ans, et de son frère aîné Sylvain, 42 ans.

L’exploitation, composée de 90 hectares et d’une soixantaine de vaches laitières, est en agriculture biologique depuis 1998.

“C’était une volonté de mes parents”, précise Arnaud.

À l’époque, père et mère, dont l’agriculture n’était pas le premier métier, sont confrontés aux premières campagnes qui dénoncent les “agriculteurs pollueurs” et s’interrogent sur leurs pratiques.

D’autant que le père, qui sous-loue alors une parcelle pour y cultiver des pommes de terre, rentre souvent malade. Lorsqu’Arnaud devient associé de la ferme en 2011, “la question de repasser en conventionnel ne se pose même pas”, insiste le père de famille.

Pour les vaches, pas d’antibiotiques mais des séances d’acuponcture qu’il prodigue lui-même, des huiles essentielles conseillées par le vétérinaire et de l’homéopathie, “très efficace”.

Penser le yaourt de demain.

“Le préventif aussi est crucial”, détaille Arnaud : avant et après chaque traite, les griffes sont soigneusement lavées et désinfectées.

La médecine douce, certes moins onéreuse, s’avère chronophage, si bien que le couple préfère s’en tenir à 60 vaches, quand il pourrait en élever une centaine.

“Parfois, on nous accuse de gâcher des terres et de ne produire que trop peu”, regrette Arnaud. Que répondre alors ? “Que dans certains pays, en bio, on produit plus de 12 tonnes de matières sèches pour un hectare”, s’exclame l’agriculteur.

“Et surtout, que nous ne sommes pas destinés à nourrir toute la planète, mais le local”, ajoute Lucie d’une voix douce.

Objectif : être locavore et autonome

Le couple estime le bio aujourd’hui trop permissif : “En Europe, le cahier des charges n’est plus très contraignant. On peut administrer jusqu’à trois traitements par vache et par an”, précise Arnaud.

Alors, afin d’“aller plus loin” dans leurs convictions écologiques, les Bailleul œuvrent à réduire leur bilan carbone, en devenant les plus autonomes possible.

Deux tiers de l’assolement de la ferme sert ainsi à nourrir les animaux, par un système de pâturage tournant et dynamique, afin que l’herbe reste jeune et fortement lactogène. Un séchoir en grange permet aussi de sécher plus de 300 tonnes de foin par an. Enfin, les infrastructures se sont récemment équipées en panneaux solaires.

Côté culture, Arnaud et Sylvain font du maïs, du blé, des petits pois pour Bonduelle, des racines d’endives, des pommes de terre Norabio.

“Tout en biologique évidemment ! La polyculture associée à l’élevage bio, c’est formidable en termes de valeur ajoutée”, s’enthousiasme Arnaud, qui concède “que de la technique est nécessaire”. Ingénieur agronome, lui a été diplômé de l’Institut supérieur d’agriculture (ISA) de Lille.

3 000 litres transformés chaque semaine

La ferme des Trois Vallées doit surtout son succès à la transformation, à domicile, de son propre lait. Au sein du laboratoire d’une quarantaine de mètres carrés, la patronne, c’est Lucie. Elle n’a jamais voulu travailler en élevage : à l’ISA, où elle a rencontré Arnaud, elle s’était, d’ailleurs, spécialisée en agroalimentaire.

“Ma belle-mère a toujours dit qu’elle serait ravie qu’une de ses belles-filles reprenne le labo, explique Lucie. Alors j’ai fini par me lancer.”

La mère d’Arnaud a commencé l’activité en 2001, transformant à l’époque 10 000 litres de lait par semaine, en fromage, beurre, et autres produits frais.

Lorsque Lucie reprend le flambeau en 2009, elle choisit de se spécialiser davantage et de ne plus transformer que 3 000 litres hebdomadaires.

Adieu le fromage, place aux yaourts nature ou aromatisés, aux yaourts au coulis de fruits, aux crèmes dessert, au riz au lait…

Avec toujours une attention particulière portée à la provenance de chaque ingrédient : le riz vient de Camargue, le sel de Guérande, les abricots du Gard… Seules les myrtilles ont traversé les frontières : “Mais elles sont transformées en France”, assure le couple.

La moitié des produits vont à la restauration collective alentour et l’autre moitié est vendue dans les supermarchés du coin, avec des prix allant de 2,50 à 3,50 euros les quatre yaourts.

L’affaire fonctionne si bien que les Bailleul emploient désormais quatre salariés, dont deux au laboratoire, un commercial et un chauffeur livreur.

Invitation à la ferme

En 2018, le couple prend un nouveau tournant en intégrant le réseau “Invitation à la ferme“, qui réunit 42 producteurs de lait bio et transformé à domicile.

Les coûts sont mutualisés : le packaging des yaourts, par exemple, est commun à tous, avec, sur l’opercule un calcul précis de l’empreinte carbone du produit. 1,53 kg pour un yaourt des Trois Vallées, contre 2,4 kg pour un yaourt industriel.

“On a pu aussi mutualiser les problèmes” sourit Lucie, qui s’est longtemps heurtée, seule, à des couacs de machinerie et de production. “Avec le réseau, on peut être sûr que quelqu’un a déjà rencontré ce problème avant nous, et tout se résout très vite”, ajoute-t-elle.

“Invitation à la ferme” fonctionne sur le principe de décision collective. Les nouveaux parfums, notamment, sont choisis en groupe.

En ce moment, une gamme “probiotique” est en expérimentation au sein des Trois Vallées et de deux autres fermes, afin de déterminer si les rentrées en caisse suivront. “On expérimente, on s’interroge beaucoup“, confie Arnaud.

La “question de l’année” est celle de la poudre de lait, qui donne au yaourt sa texture, mais constitue le principal polluant du processus de transformation.

Au sein du réseau, on cherche des protéines alternatives“, poursuit l’agriculteur, toujours à la recherche du “yaourt de demain”.

Lucie et Arnaud Bailleul en quatre dates

2011. Arnaud devient associé de la ferme, après y avoir travaillé trois ans en tant que salarié.

2017. Construction du nouveau bâtiment d’élevage, avec le séchoir en grange.

2018. Entrée dans le réseau “Invitation à la ferme”.

2019. Après dix ans en tant que salariée, Lucie devient à son tour associée de la ferme.

Marion Lecas

Lire aussi : Élevage : Claire et Philippe Geneau de Lamarlière, auprès des vaches

Facebook Twitter LinkedIn Google Email
Noël autrement (4/4). De garde avec les soignants
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Noël autrement (3/4). Une fête aux accents d’ailleurs
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Émilie roibet, itinéraire d’une reconversion bien pensée
Architecte paysagiste de formation, Émilie Roibet a quitté ses bureaux lillois pour créer sa ferme florale "À l'ombr [...]
Lire la suite ...

Une Cuma qui a le sens de l’accueil
Localisée à Bois-Bernard, la Cuma " L'accueillante " est confrontée aux départs en retraite de ses membres, souvent [...]
Lire la suite ...

DOSSIER ÉNERGIE. À la centrale de Lens, le bois devient énergies
Unique dans la région, par son genre et sa taille, la centrale de cogénération de Lens produit à la fois de l'élect [...]
Lire la suite ...

Inondations : après la pluie, se reconstruire
Une semaine après les premières crues, le Pas-de-Calais tente d'émerger peu à peu, malgré la menace de nouvelles in [...]
Lire la suite ...

Inondations : 50 millions d’euros pour les collectivités sinistrées
Le chef de l'État en déplacement à Saint-Omer et à Blendecques, le mardi 14 novembre, a annoncé un plan d'aide pou [...]
Lire la suite ...

À la ferme du Major, “on crée de l’énergie”
La ferme d'insertion du Major, à Raismes, emploie 40 hommes et femmes éloignés de l'emploi pour leur permettre, en ac [...]
Lire la suite ...

Jean-Marie Vanlerenberghe : « L’attentat à Arras a souligné les failles du dispositif »
Ancien maire d'Arras et doyen du Sénat, Jean-Marie Vanlerenberghe réclame « une réponse ferme » mais dans le resp [...]
Lire la suite ...

Changer de goût et agir pour le futur
Plus saine, plus durable, plus accessible, l'alimentation de demain doit répondre à d'innombrables défis. À l'occasi [...]
Lire la suite ...

Retour sur la première édition du championnat international de la frite
Le premier championnat international de la frite s'est déroulé à Arras le samedi 7 octobre 2023. Soleil et ambiance [...]
Lire la suite ...

Jean-Paul Dambrine, le patron sensas’
Il est l'icône de la frite nordiste. À 75 ans, Jean-Paul Dambrine, fondateur des friteries Sensas et président du jur [...]
Lire la suite ...

Quatre lycéennes d’Anchin à la conquête de l’Andalousie
Iris, Angèle, Louise et Eulalie, lycéennes à l'Institut d'Anchin, ont passé trois semaines caniculaires près de Sé [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Nord, plusieurs nuances de rose, plusieurs nuances de bleu : l’éparpillement façon puzzle
Avec 11 sièges à pourvoir, c’est le département à renouveler le plus grand nombre de sièges derrière Paris : le [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Pas-de-Calais, la droite (presque) unie, la gauche en ordre dispersé et l’éventualité du Rassemblement National :
Pour les prochaines élections sénatoriales, les gauches ne font pas bloc dans le Pas-de-Calais. La droite, elle, table [...]
Lire la suite ...

Bois de la Chapelle. La bière fermière qui profite… aux bovins
Installé à Torcy, Aymeric Hubo produit ses bières avec l'orge de la ferme. Depuis 2020, le brasseur de 36 ans élève [...]
Lire la suite ...

Supplément Terres en Fête : 31 mai 2024

Numéro 361 : 19 avril 2024

Numéro 366 : 24 mai 2024

Dunkerquois : Francis Vermersch, sur tous les fronts, l’homme de tous les combats
Champion de l'engagement, Francis Vermersch superpose les casquettes. À presque 70 ans, l'homme aspire désormais à pa [...]
Lire la suite ...

Terres en défis : à vos marques, prêts, partez !
Pour l'édition 2024 de Terres en Fête, le Savoir Vert des agriculteurs a mis au défi les écoles des Hauts-de-France. [...]
Lire la suite ...

Au cœur des terres

#terresetterritoires