Votre météo par ville

Méteren : Damien Herreman, le bio écologique et social

05-06-2024

Actualité

C’est tout frais

Installé depuis 2019 sur la ferme familiale, les Vergers de Méteren, Damien Herreman l’a convertie en bio. Une décision portée par des convictions et une réussite due à un sens inné de l’entrepreneuriat. Pourtant, devenir agriculteur était loin d’être une vocation.

À Méteren, Damien Herreman réinvente la ferme familiale. © R. T.

« Moi ? Je ne voulais pas du tout être agriculteur », confie Damien Herreman, 37 ans, quand on l’interroge sur ce qu’il voulait faire plus jeune. Depuis, il a bien changé d’avis et est, depuis 2019, la cinquième génération à cultiver les Vergers de Méteren. Ce qui a tout changé ? La conversion en bio de l’exploitation par conviction écologique et sociale.

Australie et imprimerie

« J’ai passé un bac STT (sciences techniques tertiaires), à Arras, puis j’ai eu un BTS en informatique et en développement d’application de gestion que j’ai approfondi avec une année de licence professionnelle en commerce B to B à Lille, rembobine-t-il. Reprendre la ferme n’était pas dans mes projets. J’avais vu mon père vivre de la vente à la grande distribution, avec des prix toujours plus bas et des contraintes toujours plus importantes. Il se levait le matin pour perdre le moins possible… Et il nous a toujours dit, à ma sœur et moi, qu’on pouvait faire ce que l’on voulait et qu’il ne fallait pas faire de l’agriculture si ça ne nous intéressait pas ! »

Alors après avoir obtenu sa licence, il part six mois en Australie avec un « working holiday visa », comprenez un visa de travail. « J’ai pris un van et j’ai fait le tour du pays en travaillant de ferme en ferme. J’ai beaucoup fait de la récolte d’oranges. Là-bas, on est payé au rendement, alors autant dire que lorsqu’on récolte des pommes depuis tout petit, on a un bon rendement ! », raconte Damier Herreman.

De retour en France, il est embauché comme commercial dans une entreprise du secteur de l’imprimerie. Mais en 2016, il la quitte, « pour plusieurs raisons mais principalement parce que j’en avais fait le tour. Je me demandais ce que j’avais vraiment envie de faire… » C’est là que, celui qui ne voulait pas être agriculteur, reconsidère la question.

Challenge

« Le bio était en pleine croissance et il y avait eu pas mal de scandales dans l’agroalimentaire… Je voulais faire un travail qui ait du sens. J’ai alors demandé à ma compagne l’autorisation de devenir agriculteur puis je suis allé voir mon père. Je lui ai dit que je voulais reprendre l’exploitation. Il n’a pas sauté de joie, plaisante Damien Herreman. Il y avait la surprise et les lacunes techniques qui le questionnaient… Puis je lui ai dit que je voulais convertir en bio. Et là il a dit “challenge”. »

Damien Herreman passe alors un BPREA (brevet professionnel responsable d’entreprise agricole) et travaille en parallèle comme salarié agricole avec son père, avant d’inverser les rôles.

À lire aussi: Basile Decrock, le nouveau maraîcher de Wavrin

« On a amorcé la conversion pendant mon BPREA. On s’était donné cinq ans pour que l’ensemble de l’exploitation soit converti ou en cours de conversion. Finalement on l’a fait en deux ans. » Et ce, grâce à beaucoup de motivation mais aussi à une révision des assolements. « On faisait des fruits à pépins, sur quatre hectares, et une trentaine d’hectares était en grandes cultures : céréales, pommes de terre, betteraves… Or, ce sont des cultures compliquées à passer en bio, surtout sur des petits volumes. » L’assolement a donc été revu : 15 ha de blé, 5 de haricots verts, 5 de petits pois et 4 de maïs.

Et sur un hectare, Damien Herreman développe des fraises sous serre et fait des tests. « C’est un peu ma parcelle “recherche et développement” ! On a fait des courges, là on a créé une nouvelle serre pour cultiver des tomates, de la salade… Sur le verger, on tente actuellement de faire des pêches et des poires et on a aussi lancé des cerisiers ! »

La diversification, une obligation

En plus de ces changements de production et de mode de production, Damien Herreman, sans doute conduit par ses expériences dans le commerce, réfléchit à un moyen de ne plus dépendre de la grande distribution et de diversifier les débouchés. «  Je décide d’avoir trois voies de commercialisation avec au maximum un intermédiaire. »

Première voie : la vente directe au magasin qu’il a ouvert sur la ferme. « On y trouve une partie de mes produits, principalement ceux issus de la “recherche et développement” et mes jus de fruits que je fais moi-même. Mais on revend aussi des produits d’autres producteurs bios et de l’artisanat local et écoresponsable. »

Seconde voie : les revendeurs « éthiques. Je travaille, par exemple, avec “Comment ça vrac “ou le magasin bio de Bailleul ». Enfin, troisième voie : la coopérative Norabio.

Écologie, économie, social

« Je l’avoue, l’année avant de m’installer et la première année d’exploitation, j’ai eu des gros doutes. Même si j’avais observé mon père, je n’avais pas réalisé la quantité de travail. Mais je ne regrette rien car j’apprends tous les jours et je suis convaincu par ce que je fais. Pour moi, le bio repose sur trois piliers : l’écologie, l’économie et le social. »

L’écologie, pour des raisons évidentes, l’économie car « on produit un peu plus de valeur » et le social car « on crée de l’emploi ». Pour l’économie, si aujourd’hui toute la ferme est labellisée bio, la période de transition aurait pu être compliquée. « Elle l’a été, mais j’ai été contacté par deux étudiants : Stéphane Delabassé et Maxime Durand, qui avaient pour envie d’aider les agriculteurs en transition comme moi. Ils ont fait des marchés avec mes jus surtout, puis ils sont arrivés avec une étiqueteuse, etc. Depuis ils ont créé les marques Transition et Pour demain, qui permettent aux agriculteurs en transition vers le bio de pouvoir vendre leurs produits à un prix plus rémunérateur qu’en conventionnel. Honnêtement, cela m’a bien aidé. »

Côté social, Damien Herreman, dans sa soif de partager mais aussi et surtout d’apprendre, embauche deux apprentis et accueille régulièrement des stagiaires. « Pour le magasin, j’ai aussi des gestionnaires de magasin. Elles connaissent les produits, gèrent les commandes… », bref elles sont indispensables.

Damien Herreman a aussi eu trois filles, aussi est-il temps « de savoir s’arrêter. Tout ce qui est expérimentations, projets, etc., je ralentis un peu, sourit-il. On va pérenniser ce que l’on a et continuer à faire en petite quantité mais en grande qualité. » 

Damien Herreman en quatre dates

2010. Après avoir obtenu une licence professionnelle de commerce B to B, il part six mois en Australie.

2016. Il quitte son travail dans le secteur de l’imprimerie et se lance dans un brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA).

2019. Il reprend officiellement Les Vergers de Méteren.

2022. Il ouvre sur la ferme son magasin de producteurs et artisans locaux.

Eglantine Puel

Facebook Twitter LinkedIn Google Email
Noël autrement (4/4). De garde avec les soignants
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Noël autrement (3/4). Une fête aux accents d’ailleurs
À l'approche de Noël, nous sommes allés à la rencontre de personnes qui célèbrent cette fête de manière différe [...]
Lire la suite ...

Émilie roibet, itinéraire d’une reconversion bien pensée
Architecte paysagiste de formation, Émilie Roibet a quitté ses bureaux lillois pour créer sa ferme florale "À l'ombr [...]
Lire la suite ...

Une Cuma qui a le sens de l’accueil
Localisée à Bois-Bernard, la Cuma " L'accueillante " est confrontée aux départs en retraite de ses membres, souvent [...]
Lire la suite ...

DOSSIER ÉNERGIE. À la centrale de Lens, le bois devient énergies
Unique dans la région, par son genre et sa taille, la centrale de cogénération de Lens produit à la fois de l'élect [...]
Lire la suite ...

Inondations : après la pluie, se reconstruire
Une semaine après les premières crues, le Pas-de-Calais tente d'émerger peu à peu, malgré la menace de nouvelles in [...]
Lire la suite ...

Inondations : 50 millions d’euros pour les collectivités sinistrées
Le chef de l'État en déplacement à Saint-Omer et à Blendecques, le mardi 14 novembre, a annoncé un plan d'aide pou [...]
Lire la suite ...

À la ferme du Major, “on crée de l’énergie”
La ferme d'insertion du Major, à Raismes, emploie 40 hommes et femmes éloignés de l'emploi pour leur permettre, en ac [...]
Lire la suite ...

Jean-Marie Vanlerenberghe : « L’attentat à Arras a souligné les failles du dispositif »
Ancien maire d'Arras et doyen du Sénat, Jean-Marie Vanlerenberghe réclame « une réponse ferme » mais dans le resp [...]
Lire la suite ...

Changer de goût et agir pour le futur
Plus saine, plus durable, plus accessible, l'alimentation de demain doit répondre à d'innombrables défis. À l'occasi [...]
Lire la suite ...

Retour sur la première édition du championnat international de la frite
Le premier championnat international de la frite s'est déroulé à Arras le samedi 7 octobre 2023. Soleil et ambiance [...]
Lire la suite ...

Jean-Paul Dambrine, le patron sensas’
Il est l'icône de la frite nordiste. À 75 ans, Jean-Paul Dambrine, fondateur des friteries Sensas et président du jur [...]
Lire la suite ...

Quatre lycéennes d’Anchin à la conquête de l’Andalousie
Iris, Angèle, Louise et Eulalie, lycéennes à l'Institut d'Anchin, ont passé trois semaines caniculaires près de Sé [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Nord, plusieurs nuances de rose, plusieurs nuances de bleu : l’éparpillement façon puzzle
Avec 11 sièges à pourvoir, c’est le département à renouveler le plus grand nombre de sièges derrière Paris : le [...]
Lire la suite ...

Élections sénatoriales : dans le Pas-de-Calais, la droite (presque) unie, la gauche en ordre dispersé et l’éventualité du Rassemblement National :
Pour les prochaines élections sénatoriales, les gauches ne font pas bloc dans le Pas-de-Calais. La droite, elle, table [...]
Lire la suite ...

Dans les coulisses : Le Fournil bio, fournisseur de pain des Jeux olympiques
Créé en 1996, le Fournil bio est aujourd'hui dirigé par Florent Leroy. Le pari ? Faire du pain 100 % bio, et le plu [...]
Lire la suite ...

Marc Dufumier : « L’agroécologie est avant tout un concept scientifique »
Celui qui était un productiviste convaincu prône un changement urgent des pratiques agricoles, s'appuyant sur l'agroé [...]
Lire la suite ...

Législatives 2024 : Quels sont les programmes ?
À une semaine du premier tour des élections législatives anticipées, prévu le 30 juin 2024, retrouvez en huit point [...]
Lire la suite ...

Législatives 2024 : Quels programmes pour la sécurité intérieure ?
À une semaine du premier tour des élections législatives anticipées, prévu le 30 juin 2024, retrouvez les programme [...]
Lire la suite ...

Législatives 2024 : Quels programmes pour l’immigration ?
À une semaine du premier tour des élections législatives anticipées, prévu le 30 juin 2024, retrouvez les programme [...]
Lire la suite ...

Législatives 2024 : Quels programmes pour le logement ?
À une semaine du premier tour des élections législatives anticipées, prévu le 30 juin 2024, retrouvez les programme [...]
Lire la suite ...

Au cœur des terres

#terresetterritoires