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24-03-2022

Tempête Eunice : La détresse des maraîchers

Réuni le 18 mars au Jardin de Blandine, à Bondues, un collectif de maraîchers dévastés par la tempête Eunice a lancé un cri d’alerte et un appel à l’aide.

Un collectif de maraîchers des Hauts-de-France s’est réuni à Bondues pour alerter sur les conséquences des dégâts d’Eunice, devant les serres dévastées du Jardin de Blandine. © L. T.

Bâches arrachées, serres envolées, cultures balayées : la tempête Eunice est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de maraîchers déjà fragilisés par la météo catastrophique de 2021.

Lire aussi : Tempête Eunice : un appel aux bénévoles a été lancé

La facture est très lourde. Dans les Hauts-de-France, « 100 fermes sont touchées, 100 000 m² de serres et 10 hectares détruits, 1 million d’euros de chiffre d’affaires perdu, 1 million d’euros de dégâts et 500 000 euros de main-d’œuvre pour réparer », additionne Justine Bertoux, maraîchère à Audembert (62). Réunis en collectif, la Confédération paysanne, le réseau des Amap, Initiatives paysannes, le Civam (Centre d’initiative pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) et Bio en Hauts-de-France alertent sur les conséquences de la tempête : « On est en train de perdre notre chiffre d’affaires de l’année. »

Appel à l’aide d’urgence aux politiques

Les services décentralisés de l’État et le ministère de l’Agriculture ont été rapidement sollicités. Les réponses tardent à venir ou ne satisfont pas le collectif, qui en appelle à la solidarité nationale. Parmi les demandes « à mettre en œuvre dans les plus brefs délais » : le déclenchement du plan de calamités agricoles, l’octroi d’une aide d’urgence, le déploiement d’une aide pour dégager les débris, la prise en charge des cotisations MSA, le versement anticipé des primes PAC et une concertation associant la profession, les assurances, les banques et la MSA.

Installé à Quesnoy-sur-Deûle (59), Gauthier a perdu 300 m², ce qui met en péril ses cultures de printemps, mais pas seulement. « On va prendre du retard sur les futures cultures, le gros manque à gagner sera réparti sur deux à trois ans », s’inquiète-t-il. Justine en appelle à l’intelligence collective : « La seule aide que nous ayons reçue depuis la tempête est celle des citoyens. Nous avons besoin des politiques. »

« Les élus locaux n’ont pas toutes les cartes », regrette Patrick Delebarre, maire de Bondues. Éric Bocquet, sénateur du Nord, propose d’appuyer les demandes du collectif auprès du préfet, du ministre, et d’interpeller le président de Région. « La Métropole Européenne de Lille va prendre sa part », ajoute Jean-François Legrand, vice-président en charge de l’agriculture de la Mel, citant, entre autres, la mise à disposition de bennes et d’aides.

Le temps presse

Estelle a échappé à la tempête. Solidaire, elle rappelle que les maraîchers sont indispensables, « capables sur de petites fermes de nourrir des familles avec une alimentation de qualité et respectueuse de l’environnement, de créer des emplois non délocalisables, de produire en quantité, en étant économes en énergie et de participer à nourrir le monde ». 

Un paradoxe aujourd’hui, quand certains maraîchers peinent à nourrir leur famille avec l’argent que leur rapportent leurs cultures.

Le temps presse. Il est déjà trop tard pour les cultures de printemps et d’été. « Il y a un délai de trois mois pour avoir de nouvelles serres. On les espère en septembre pour les cultures d’hiver », conclut Justine.  

Louise Tesse

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